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4 février 2020

La fin d'une dynastie pour l'Inde?


Lili Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
2020
Adoption d’un plan de confinement en Inde dans le contexte de la crise de la covid-19

mai
2019
Réélection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Bharatiya Janata Party de Narendra Modi

août
2018
Début d’inondations dévastatrices en Inde

avril
2014
Élection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Parti Bharatiya Janata de Narendra Modi

avril
2009
Tenue d'élections législatives en Inde

novembre
2008
Attentats terroristes à Bombay, en Inde

avril
2004
Tenue d'élections législatives en Inde

janvier
2001
Tremblement de terre dévastateur à Gujarat, en Inde

septembre
1999
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
1998
Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

février
1998
Tenue d'élections législatives en Inde

avril
1996
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
1991
Assassinat de l'ex-premier ministre indien Rajiv Gandhi

novembre
1989
Élection d'un gouvernement du Front national en Inde dirigé par V. P. Singh

décembre
1984
Tragédie industrielle à Bhopal, en Inde

octobre
1984
Assassinat de la première ministre indienne Indira Gandhi

janvier
1980
Élection du parti du Congrès d'Indira Gandhi en Inde

octobre
1979
Attribution du prix Nobel de la paix à mère Teresa de Calcutta

mars
1977
Élection du Parti Janata en Inde

Au printemps 2019, les Indiens ont été appelés à voter pour leur prochain gouvernement. Leur pays ayant une population de 1,3 milliard d'habitants, les élections en Inde sont considérées comme l'un des plus « grands exercices démocratiques jamais entrepris dans l'Histoire du monde (1) ». Le gouvernement met en place près d'un million de bureaux de vote, afin d'élire les 543 députés. Au sein de la troisième économie d'Asie, on observe un taux de participation de 66 % pour les élections de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien (2).

Une affaire de famille

Le parti du Congrès, qui a été fondé en 1885, est le plus ancien parti politique depuis que l'Inde a acquis son indépendance en 1947. Il est aussi celui qui a été dirigé par la dynastie Nehru-Gandhi pendant plusieurs décennies (3). Rahul Gandhi, qui a fait campagne en 2019, avait donc une certaine pression étant donné la réputation de ses prédécesseurs.

En effet, trois membres de cette famille ont accédé au poste de premier ministre de l'Inde. Jawaharlal Nehru, son arrière-grand-père, a été le premier premier ministre de l'Inde à la suite de l'indépendance. De 1947 à 1964, sa grand-mère, Indira Gandhi, a aussi occupé ce poste, ce qui a fait d'elle la première femme à la tête du gouvernement. Ensuite, son père, Rajiv Gandhi, a été premier ministre de 1966 à 1977 et de 1980 à 1984, alors que sa mère, Sonia Gandhi, était la présidente du parti de 1984 jusqu'au moment où elle passa le flambeau à Rahul (4). Indira Gandhi a été assassinée le 31 octobre 1984 lorsqu'elle était à son bureau et Rajiv Gandhi est mort en 1991 à la suite d'une explosion causée par une bombe pendant sa campagne électorale dans l'État de Tamil Nadu (5).

Le second échec de l'héritier

Rahul Gandhi est le plus récent membre de la lignée Nehru-Gandhi à avoir fait campagne pour devenir premier ministre. En fait, c'est en 2004 que l'homme de 49 ans a été élu pour la première fois à la chambre basse dans la circonscription d'Amethi, dans le nord de l'État d'Uttar Pradesh. Un siège prestigieux puisque plusieurs membres de sa famille l'ont déjà occupé. En 2013, il est devenu vice-président du parti du Congrès pour remplacer sa mère, en 2017, afin de devenir le prochain premier ministre (6). Rahul Gandhi a été réélu dans cette même circonscription en 2009 et en 2014 (7). La lignée familiale a été touchée par l'échec de Gandhi en 2019, puisque ce siège lui appartenait depuis les années 1960.

Toutefois, toujours comme président du parti du Congrès, il décide de refaire campagne en 2019. Gandhi s'est alors donné comme mission « de rajeunir une formation usée par sa longévité et de la ramener au pouvoir (8) ». Le parti du Congrès a basé sa campagne sur les échecs du parti au pouvoir de Narendra Modi depuis 2014. Selon Gandhi, le Bharatiya Janata Party (BJP) n'aurait pas respecté ses promesses électorales. Outre ces reproches, le parti du Congrès a insisté sur les besoins économiques de l'Inde. Gandhi « a promis une garantie de revenu minimum pour les Indiens pauvres et a déclaré qu'il travaillerait à protéger la diversité de l'Inde face aux menaces des hindous de droite (9) ».

Une dynastie célèbre prend fin

L'Inde est considérée comme la plus grande démocratie au monde avec près de 900 millions d'électeurs. Cette proportion de personnes éligibles à voter représente les populations des États-Unis et de l'Union européenne rassemblées. Les Indiens avaient du 11 avril au 19 mai 2019 pour voter. Pour gagner les élections, le parti gagnant doit obtenir 272 sièges sur 543 (10). Les résultats de la campagne de 2019 font du BJP de Narendra Modi le gagnant avec 353 sièges, tandis que le parti du Congrès en a obtenu 102, et les autres partis 87. Le BPJ a obtenu beaucoup plus que la majorité à la Lok Sabha (11), mais sa principale opposition reste encore le parti de Rahul Gandhi.

Cette défaite de Gandhi est double, car il a perdu le prestigieux siège de la circonscription d'Amethi. Elle signifie aussi que Gandhi ne deviendra pas le quatrième membre de sa lignée à « diriger la plus grande démocratie du monde (12) ». Cet échec éveille des souvenirs douloureux pour Gandhi. Lors de sa première campagne électorale, en 2014, l'héritier avait perdu pour la première fois, puisque son parti avait obtenu seulement 44 sièges sur 543 (13). C'est à ce moment que le BPJ avait repris le pouvoir.

À la suite des élections de 2014, trois raisons principales étaient ressorties pour expliquer cette défaite. Premièrement, Rahul Gandhi s'est fait reprocher de ne pas avoir été en mesure « d'imposer l'image d'un chef de campagne galvanisant son camp (14) », mais surtout d'être apparu « hésitant, gauche et surtout mal préparé (15) ». Deuxièmement, il n'était pas d'accord pour attaquer son adversaire Narendra Modi, comparativement à celui-ci qui ne s'est privé pour le faire. Troisièmement, l'évocation de l'assassinat de sa grand-mère, Indira Gandhi, a semblé le désarmer. Cet évènement avait causé la mort de 3000 personnes à New Delhi à la suite d'importantes émeutes anti-Sikhs (16).

Ces motifs ont refait surface à la suite des élections en 2019. Cette deuxième défaite a même soulevé des questions sur le leadership de Gandhi. L'éditeur politique du Caravan magazine, Hartosh Singh Bal, a déclaré que la campagne de Gandhi fût un désastre et qu'il n'avait pas pu rejoindre la population comme l'a fait Modi (17). De plus, le porte-parole d'un parti à Lucknow, Brijendra Kumar Singh, a quant à lui expliqué cet échec par les mauvais choix de stratégies pendant la campagne. Il a aussi mentionné que la lignée Nehru-Gandhi commençait à être remise en question. Comme quoi Gandhi serait à sa position non pas par mérite, mais bien grâce à son nom (18).

Gandhi a finalement quitté son poste de président de l'opposition officielle le 3 juillet 2019 (19). Sa mère Sonia Gandhi a été élue chef par intérim du parti du Congrès, jusqu'à temps qu'un successeur pour Rahul soit trouvé (20).

Médiagraphie

(1) Agence France-Presse, « Inde : début des plus grandes élections de l'Histoire », Le Soleil, [En ligne], 11-04-2019, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(2) Agence France-Presse, « Dernier jour des législatives en Inde, après un scrutin hors normes de six semaines », Le Monde, [En ligne], 19-05-2020, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(3) News Agencies, « Sonia Gandhi returns to lead India's beleaguered Congress party », Aljazeera, [En ligne], 11-08-2019, [hyperlien] (Page consulté le 01-02-2020)

(4) BBC News, « Rahul Gandhi : The rise of India's political scion », [En ligne], 24-05-2019, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(5) Suri, Manveena, « Rahul Gandhi resigns as India's Congress party leader after crushing defeat », [En ligne], 03-07-2020, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(6) Loc.cit.

(7) News Agencies, « Rahul Gandhi loses Amethi seat in the biggest upset of 2019 polls », Aljazeera, [En ligne], 23-05-2019, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(8) Agence France-Presse, « Inde : Rahul Gandhi rend les rênes du Congrès », L'Orient-Le jour, [En ligne], 03-07-2019, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(9) Suri, Manveena, op.cit.

(10) Aljazeera, « Indian elections 2019 », [En ligne], [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(11) Associated Press, « India's ruling party takes 303 of 542 seats in election win », An-Nahar, [En ligne], 25-05-2019, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(12) News Agencies, « Rahul Gandhi loses Amethi seat in the biggest upset of 2019 polls », op.cit.

(13) Suri, Manveena, op.cit.

(14) Loc.cit.

(15) Loc.cit.

(16) Loc.cit.

(17) Agence France-Presse, « India elections : What next for Rahul Gandhi and his Congress? », Aljazeera, [En ligne], 24-05-2019, [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(18) Pandey, Geeta, « Rahul Gandhi : Is this the end of the Gandhi dynasty? », BBC News, [En ligne], [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(19) News Agencies, « Rahul Gandhi resigns as leader of India's opposition Congress », Aljazeera, [En ligne], [hyperlien] (Page consultée le 01-02-2020)

(20) News Agencies, « Sonia Gandhi returns to lead India's beleaguered Congress party », op.cit.



Dernière modification: 2020-02-10 10:12:47

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