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17 septembre 2013

Bulgarie : des élections précipitées qui se terminent dans l'impasse politique


Jade Bilodeau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2013
Tenue d’un référendum sur l’énergie nucléaire en Bulgarie

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

janvier
2007
Entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union européenne

novembre
1989
Chute du régime de Todor Jivkov en Bulgarie

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

août
1975
Signature à Helsinki d'un accord sur la sécurité en Europe

mai
1955
Signature du pacte de Varsovie

octobre
1947
Annonce de la fondation du Kominform

Au-delà de toute attente, le parti des Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (Gerb) est arrivé en tête des élections législatives du 12 mai 2013. Rappelons qu'un mouvement de contestation massif en janvier 2013 a forcé la démission du premier ministre le 20 février, plongeant ainsi le pays dans une campagne électorale sous de fortes tensions sociales. Le scrutin a donc été devancé de deux mois en raison de cette vague de protestations.

Économie, pauvreté et corruption : un trio explosif

L'économie bulgare n'est guère reluisante. Le pays peine à atteindre une croissance économique de 0,8 %, ce qui en fait le plus pauvre de l'Union européenne (1). L'augmentation de 20 % des coûts de l'électricité, qui a été ressentie entre décembre et janvier, a été l'élément déclencheur de la grogne populaire. La rue dénonçait alors la pauvreté dans laquelle baigne le pays. Pour illustrer la situation, le taux de chômage atteint 11,9 %, mais augmente chez les 15-25 ans avec un taux de 30 %. Le salaire moyen se situe aux alentours de 360 euros par mois. Chez les retraités, la pension est de 150 euros. La facture d'électricité s'élevant alors à 100 euros par mois, on comprend mieux pourquoi la hausse de l'électricité a été un dur coup pour les Bulgares dans une période pour le moins difficile.

De plus, des allégations de corruption fusent de toute part. La population exigeait donc la démission du premier ministre, mais plus que cela, elle demandait la dissolution des partis politiques en place (2). La situation du pays est à un point tel qu'une série d'immolations par le feu ont eu lieu chez les manifestants, faisant 6 victimes. Selon le politologue Tsvetozar Tomov, il est possible que les problèmes actuels en Bulgarie soient dus à une mauvaise transition démocratique : « Les gens protestent contre le modèle du pouvoir, un mélange d'économie, de criminalité et de politique et ce cocktail issu de l'effondrement du régime totalitaire [en 1989] trouve son expression dans tous les partis (3). »

Un retour aux urnes précipité ?

La formation Gerb a obtenu 30,5 % des votes contre 26,6 % pour le Parti socialiste, et 11,9 % pour le Mouvement pour les droits et liberté (MDL), représentant la minorité turque et musulmane. Les ultranationalistes d'Ataka ont quant à eux recueilli 7,3 % des suffrages. Ces résultats se traduisent par 97 sièges pour le parti de l'ex-ministre-président Boïko Borissov, 84 pour les socialistes et 36 pour le MDL. Le parti Gerb ne jouit toutefois pas d'une majorité parlementaire (4). Or, la possibilité d'une coalition était presque impossible, puisque les partis adverses lui étaient pour le moins hostiles (5).

Nombre d'orientations et d'engagements ont été proposés par les partis afin de séduire l'électorat. Pour le parti Gerb, la stabilité économique était un enjeu majeur (6). Pour ce faire, il prévoyait s'inspirer du modèle allemand, consistant à ne pas dépenser plus que ce que l'on gagne, ce qui se traduit par la poursuite de mesures d'austérité, du moins pour les trois années à venir. Le maintien de l'impôt à un taux unique de 10 % (flat tax) pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les entreprises étaient des propositions de cette formation de centre droit.

Le Parti socialiste proposait plutôt un plan pour redorer la confiance envers l'élite politique. Il comprenait cinq points essentiels : l'élaboration de lois pour encadrer l'exécutif, pourvoir à un plus grand soutien aux municipalités les plus pauvres, améliorer l'environnement des affaires et des entreprises nationales, investir davantage dans la lutte contre le chômage chez les jeunes et, enfin, donner accès aux contrats de privatisation des grandes entreprises.

Aucun parti ne semble avoir convaincu la population. Cela est d'autant plus vrai que, même après la prise du pouvoir par les socialistes le 29 mai, les manifestations se sont poursuivies durant l'été (7). Force est de constater que les problèmes sont beaucoup plus profonds et qu'un remaniement du fonctionnement des institutions semblerait nécessaire pour redorer l'image de la classe politique. D'ailleurs, les Bulgares pourraient bien retourner aux urnes dans les prochains mois.






Références:

(1) FONDATION ROBERT-SCHUMAN, « Bulgarie: vers un deuxième mandat de Boïko Borissov ? », Centre de recherches et d'études sur l'Europe, [En ligne], 15 avril 2013, http://www.robert-schuman.eu/fr/oee/1432-bulgarie-... (Page consultée le 13 septembre).

(2) loc. cit.

(3) RADIO-CANADA, « Bulgarie : le mouvement de contestation se durcit », [En ligne], 24 juillet 2013, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (Page consultée le 13 septembre).

(4) Le MONDE.FR, « Blocage électoral confirmé en Bulgarie », [En ligne], 15 mai 2013, http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/15/bl... (Page consultée le 13 septembre 2013).

(5) LE TÉLÉGRAMME, « Bulgarie. Des élections sous la pression de la rue », Eureka.cc, France, 13 mai, p.1GE2 (Page consultée le 14 septembre).

(6) FONDATION ROBERT SCHUMAN, op. cit.

(7) AFP, « Bulgarie : après le siège du parlement, le mouvement de protestation se durcit », Eureka.cc, [En ligne], 24 juillet 2013(Page consultée le 20 septembre).

Dernière modification: 2013-10-14 14:12:40

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