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30 mai 2015

Les États-Unis confrontés à la menace nord-coréenne


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Au cours de la dernière année, les observateurs de la scène internationale ont concentré leur attention sur la menace de l'État islamique (EI) au Moyen-Orient. Néanmoins, la menace représentée par la Corée du Nord est tout aussi préoccupante, sinon plus. Si l'EI est un facteur de déstabilisation au Moyen-Orient, la Corée du Nord menace non seulement la sécurité de la Corée du Sud et du Japon, mais aussi de la Chine et des États-Unis.

La Corée du Nord joue un rôle de perturbateur en Asie de l'Est, et ce, depuis la fin de la Guerre de Corée en 1953. Mais entre-temps, ce régime s'est doté d'une des plus puissantes armées du monde et dispose de l'arme atomique. Les experts américains estiment que le régime nord-coréen qui possède déjà 20 ogives nucléaires en disposera une centaine en 2020.

Le progrès réalisé par la Corée du Nord dans le développement de son programme de missiles est très préoccupant. Les autorités américaines estiment que Pyongyang dispose de missiles KN-08 très mobiles et a récemment testé son premier lanceur sous-marin de missiles balistiques. Le régime nord-coréen a donc la capacité de menacer physiquement même les États-Unis.

D'ailleurs, Pyongyang déclare régulièrement qu'elle est disposée à lancer une attaque préventive contre les États-Unis. L'année dernière, la Corée du Nord a menacé de «faire exploser» la Maison-Blanche dans le cadre d'une simulation vidéo d'une attaque sur les États-Unis. Ces déclarations menaçantes ne peuvent plus être considérées comme de simples bravades.

Les préoccupations américaines se sont fortement accrues depuis décembre 2011, alors que le jeune Kim Jong-un, âgé de seulement 28 ans, a succédé à son père Kim Jong-il. Depuis, il ne se passe pas un mois sans que nous n'assistions à de nouvelles provocations nord-coréennes, que cela soit par le lancement de nouveaux missiles balistiques, des tirs de roquettes et d'artillerie ou des menaces ouvertes d'attaques militaires.

Le caractère provocateur et imprévisible des menaces de Kim Jong-un rend la situation encore plus difficile à gérer. Son attitude est perçue par beaucoup d'observateurs comme étant pour le moins irrationnelle. Et cette politique imprédictible transparait non seulement en politique extérieure, mais aussi en politique intérieure.

Depuis son accession au pouvoir, Kim Jong-un a procédé à une série de purges. Après avoir éliminé plusieurs hauts dirigeants, Kim Jong-un a fait en 2013 exécuter Jang Song Thaek, son oncle et mentor, qui était considéré comme le numéro 2 du régime, pour haute trahison. Le jeune leader a alors qualifié ce dernier de paria criminel et de contre-révolutionnaire.

En mars et avril 2015, Kim Jong-un a ordonné l'exécution de 15 hauts fonctionnaires, y compris deux vice-ministres. Mais l'oblitération de Hyon Yong-Chol par un canon antiaérien devant des centaines de spectateurs est l'incident qui a attiré le plus l'attention. Hyon, un général qui était devenu ministre de la Défense en juin 2014, a été exécuté sans procès, deux jours après son limogeage, pour s'être assoupi durant un discours de Kim Jong-un.

Le régime de terreur instauré par Kim Jong-un diffère de celui de son père et son grand-père. Si ces deux derniers recouraient périodiquement à des purges, celles-ci servaient simplement à écarter du pouvoir des membres de l'élite jugés déloyaux. Par contre, Kim Jong-un se montre impitoyable contre toute personne qu'il soupçonne de déloyauté. Il a ainsi fait exécuter des centaines de hauts dirigeants.

À la manière de Joseph Staline, Kim Jong-un cherche à consolider son emprise sur le pouvoir en recourant à la terreur. Ce faisant, il démontre que son régime ne tolérera aucune dissidence politique. Mais cette politique augmente paradoxalement le potentiel d'instabilité dans le pays en affaiblissement la viabilité du régime de l'intérieur.

Être un haut dirigeant en Corée du Nord est devenu de plus en plus dangereux. Si certains analystes y perçoivent dans les purges la preuve d'une agitation au sein de l'élite dirigeante et un refus de Kim Jong-un d'accepter toute apparente de contestation de son leadership, d'autres y décèlent un comportement déglingué sociopathe. En somme, Kim Jong-un souffrirait peut-être du syndrome de Caligula, ce jeune empereur psychopathe qui, grisé par son pouvoir absolu, a développé un régime de terreur à l'encontre de l'élite romaine.

Jusqu'en 2011, la communauté internationale pouvait compter sur la Chine pour tempérer les humeurs belliqueuses nord-coréennes. Mais sous la gouvernance de Kim Jong-un, le régime nord-coréen rejette les pressions de Beijing qui l'incite à se dénucléariser et à adopter une politique de réformes. L'exécution de Chang Song-thaek, un partisan d'une ouverture partielle, fut la réponse de Kim Jong-un aux pressions chinoises. La Chine dispose donc d'une influence limitée sur Pyongyang.

Par son comportement erratique, la Corée du Nord est passée en trois ans du statut de nuisance régionale exotique à un danger pour la paix mondiale. Une imprudence ou une erreur de calcul de la part Kim Jong-un pourrait dégénérer un conflit armé ayant des conséquences apocalyptiques. Les États-Unis ont donc raison de se préoccuper de la situation.



Dernière modification: 2015-07-13 15:23:58

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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