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25 novembre 2007

Cristina Kirchner : Madame Guillotine ou « poupée courageuse »?


Charles-Antoine Millette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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Rejet de la décriminalisation de l’avortement par un vote du Sénat argentin

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2007
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2001
Démission du président argentin Fernando de la Rua

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2001
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mars
1976
Renversement de la présidente Isabel Peron en Argentine

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

juillet
1975
Démission du ministre argentin José Lopez Rega

Après avoir été élue présidente de l'Argentine le 28 octobre 2007, Cristina Fernandez de Kirchner remplacera son mari et actuel président, Nestor Kirchner, le 10 décembre prochain. Péroniste dans l'âme, cette avocate et sénatrice de 54 ans fera face à de nombreux défis dès le début de son mandat.

Appuyée par la province de Buenos Aires, « fief traditionnel des péronistes » (1), Mme Kirchner s'est vue abandonnée par les grandes villes où domine la classe moyenne. Pour que son gouvernement soit des plus efficaces, elle devra faire de l'économie son principal cheval de bataille, tout en renforçant les institutions démocratiques.

Une économie « dopée au soja »

Après avoir subi une forte crise économique au tournant du 21e siècle, l'Argentine a rapidement remonté la pente. Ce pays est aujourd'hui considéré comme le 8e producteur d'aliments au monde (2). Son économie basée sur la culture du soja a permis le remboursement, en 2006, d'une dette de 9,5 milliards de dollars contractée auprès du Fonds monétaire international (FMI) (3). Cette abondance en ressources agricoles contribue à l'enrichissement de l'Argentine: « Se présentant comme l'un des greniers du monde, l'Argentine profite d'un contexte international favorable, avec les prix élevés des matières premières qui remplissent de devises les caisses de l'État » (4).

Cette situation n'a pas que de bons côtés. Le taux d'inflation, qui se chiffre à 8,6% (5), ne cesse de grimper en raison d'un contexte économique ressenti pour la première fois depuis 60 ans (6): depuis 5 ans, la croissance se situe autour de 9% annuellement (7). Pour contrôler l'inflation, qui « commence sérieusement à inquiéter les Argentins » (8), la nouvelle présidente « souhaite négocier un "pacte social" avec les milieux d'affaires et les syndicats » (9).

Cependant, comme le remarquent certains analystes, cette prospérité n'est qu'éphémère (10). La relance des investissements étrangers est donc le premier défi de taille auquel fera face la nouvelle présidente. Pour attirer les investisseurs en Argentine, elle passa la majeure partie de sa campagne électorale aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine.

Les clivages socio-économiques feront aussi de la présidence de Mme Kirchner un véritable défi, car selon des chiffres officiels « les 10 % d'Argentins les plus riches gagnent trente-cinq fois plus que les 10 % des plus pauvres [...] » (11). Le travail au noir devra aussi être ciblé: 40% des travailleurs participent à l'économie parallèle, et ce, sans protection sociale (12). La classe moyenne argentine, qui n'appuya visiblement pas la présidente lors des élections, « réclame notamment une meilleure qualité des institutions démocratiques, des systèmes d'éducation, de santé et des transports en commun » (13).

Regagner la confiance du peuple

Mme Kirchner devra redonner le goût de la politique aux Argentins. Le taux de participation aux élections d'octobre 2007 (73%) fut le plus bas enregistré depuis 1928 (14). De plus, 70% des Argentins se disent désintéressés par la campagne électorale (15). Même les observateurs internationaux affirment que « la campagne s'est déroulée sans la passion de scrutins antérieurs » (16).

Le lien marital unissant Cristina et Nestor Kirchner complique les choses. Lorsque M. Kirchner était au pouvoir, sa femme, et non pas son cabinet, était son conseiller le plus proche (17). Le couple, considéré comme « un magnifique animal bicéphale » (18), complote, selon les Argentins, pour assurer son hégémonie. Quand M. Kirchner annonça qu'il ne se représenterait pas pour un deuxième mandat aux élections d'octobre: « [...] many interpreted it as a ploy by the couple to try to alternate terms and occupy the nation's top office for as long as 16 years » (19).

La très chic et très glamour Mme Kirchner - parfois surnommée la « poupée courageuse » - devra aussi faire face au défi que pose sa personnalité. Lors d'une mutinerie en Patagonie, Mme Kirchner a déclaré : « Je ne sortirai jamais sans parfum, ni maquillage, même si les marines américains viennent me chercher! » (20). De plus, son image de « fashionista » - sac à main Gucci, tailleur Dior et Versace - entre en contradiction avec son discours populiste, alimenté par ses convictions péronistes. Cependant, sa féminité ne semble pas être un handicap. Aux yeux de l'ex-candidate à la présidence française Ségolène Royal, qui a visité l'Argentine cet automne, sa coquetterie serait plutôt un avantage: « Elle est en train d'inventer une nouvelle alliance entre la capacité à exercer une autorité [...] et à garder en même temps sa féminité » (21).

La deuxième femme élue présidente en Amérique latine, après Michelle Bachelet en mars 2006, devra affronter une autre épreuve décisive au cours de son mandat. Selon Christine Legrand, « le test sera la relation avec le président vénézuélien Hugo Chavez, bête noire de Washington, avec lequel M. Kirchner a tissé des liens étroits » (22). Les yeux des Américains seront donc rivés sur Mme Kirchner. Ils s'intéresseront sans doute de près à sa relation avec le président Chavez.

Surnommée « Madame Guillotine », à cause de son caractère implacable, de son audace et du fait qu'elle n'a pas la langue dans sa poche (23), Cristina Kirchner « ne bénéficiera [...] d'aucun état de grâce » (24). Mais qui sait? Peut-être que l'ex-première dame de l'Argentine triomphera, sortant le pays une fois pour toutes des troubles socio-économiques découlant de la crise des années 2000.




Références:

(1) ANONYME. « Défis argentins », Le Monde, [En ligne], 30 octobre 2007, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(2) LEGRAND, Christine. « Argentine : le salut par le soja », Le Monde, [En ligne], 29 octobre 2007, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(3) Loc. cit.

(4) ANONYME. op. cit.

(5) Loc. cit.

(6) LEGRAND, Christine. « Cristina Kirchner, première femme élue à la présidence de l'Argentine », Le Monde, [En ligne], 29 octobre 2007, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(7) LEGRAND, Christine. « Cristina Kirchner favorite pour succéder à son mari à la présidence argentine », Le Monde, [En ligne], 28 octobre 2007, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(8) UBERTALLI, Olivier. « Argentine: Cristina Kirchner vogue vers la victoire », La Presse, [En ligne], 27 octobre 2007, http://www.cyberpresse.ca/article/20071027/CPMONDE... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(9) ANONYME. op. cit.

(10) Loc. cit.

(11) Loc. cit.

(12) Loc. cit.

(13) Loc. cit.

(14) Loc. cit.

(15) UBERTALLI, Olivier. op. cit.

(16) LEGRAND, Christine. « Cristina Kirchner favorite pour succéder à son mari à la présidence argentine ».

(17) REEL, Monte. « Argentina's First Lady Wins Presidency by Wide Margin », Washington Post, [En ligne], 29 octobre 2007, http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/artic... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(18) UBERTALLI, Olivier. « Cristina Kirchner : la «poupée courageuse» d'Argentine », La Presse, [En ligne], 17 octobre 2007, http://www.cyberpresse.ca/article/20071017/CPMONDE... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(19) REEL, Monte. op. cit.

(20) UBERTALLI, Olivier. « Amérique du Sud: le pouvoir au féminin nargue le machisme latino », La Presse, [En ligne], 31 octobre 2007, http://www.cyberpresse.ca/article/20071031/CPMONDE... (Page consultée le 23 novembre 2007).

(21) Loc. cit.

(22) LEGRAND, Christine. « Cristina Kirchner, première femme élue à la présidence de l'Argentine ».

(23) UBERTALLI, Olivier. « Cristina Kirchner : la «poupée courageuse» d'Argentine ».

(24) ANONYME. op. cit.

Dernière modification: 2007-11-30 08:27:21

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