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12 octobre 2008

Crise financière : la solution américaine laisse les Français perplexes


Emmanuel Choquette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 3 octobre 2008, le Congrès des États-Unis, composé des sénateurs et des membres de la Chambre des représentants du gouvernement, approuve un plan d'urgence visant à endiguer la crise financière qui affecte durement les marchés américain et mondiaux. Cette stratégie, mise en oeuvre par le secrétaire du Trésor américain Henry Paulson, prévoit l'injection de 700 milliards de dollars (US) dans les systèmes boursiers et bancaires du pays.

Malgré l'adoption du plan Paulson, les marchés financiers demeurent instables et plusieurs indices boursiers, notamment ceux de New York, de Londres et de Moscou, accumulent les chutes record(1). L'économie européenne est également touchée par la crise. Les banques, ainsi que les compagnies d'assurance européennes, essuient de lourdes pertes(2). La France n'échappe pas à la tourmente : l'indice CAC-40, indicateur de performance de la bourse française, subit son plus fort recul depuis son apparition en 1988(3). De l'avis de plusieurs observateurs et experts français, la manoeuvre interventionniste du gouvernement des États-Unis ne parvient pas à rassurer les marchés.

La peur au coeur du système

Dans le quotidien Libération, André Orléan, professeur à l'École d'économie de Paris, note que la dimension systémique de la crise diminue l'efficacité des interventions(4). L'économiste, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), affirme que la gravité de la situation est telle qu'il est actuellement impossible de localiser les éléments perturbateurs du système financier(5).

Libération souligne que les actions ciblées des gouvernements, américain ou européens, donnent peu de résultats en raison du climat de peur qui subsiste. Selon le journal, « [l]es banques centrales sont impuissantes car le problème, c'est la peur, [...] [e]t on n'arrête pas la peur avec des baisses de taux d'intérêt surprise »(6).

Jacques Attali, ex-conseiller de l'ancien président socialiste de la France, François Mitterrand, estime que le plan Paulson constitue une menace à l'intégrité du gouvernement américain. Il craint que le rachat massif d'actions en baisse, effectué par la Banque Fédérale américaine, ne transforme Washington en « une annexe de Wall Street » (7). Attali ajoute que le marché et la démocratie devraient évoluer au même rythme. Sans souhaiter un retour au « dirigisme national », il allègue qu'en Europe, le marché possède une longueur d'avance sur la démocratie(8). Selon lui, il est donc plus facile de créer une monnaie unique européenne que d'établir une démocratie universelle sur le continent(9).

Les limites du « laisser-faire »

D'autres analystes affirment que le plan Paulson illustre les limites du « laisser-faire ». Aux yeux de certains, l'implication directe du gouvernement américain dans la dynamique de l'offre et de la demande démontre l'importance d'inclure l'État dans la logique du marché. Le quotidien parisien Le Monde rapporte ainsi la position de l'actuel président de la France, Nicolas Sarkozy, qui serait désormais en faveur d'un plus grand encadrement de l'économie par l'État(10). Le journal français observe en outre que le contexte actuel favorise le retour en force du keynésianisme, une approche développée par l'économiste John Maynard Keynes (1883-1946) qui place l'État au coeur du développement économique(11). Le Monde constate un regain de popularité pour les théories de Keynes, lesquelles s'étaient avérées efficaces pour contrer la Grande Dépression de 1929.

Les adeptes de l'interventionnisme demeurent tout de même perplexes face aux bonnes intentions des élites politiques. Ils redoutent que des mesures comme celles adoptées dans le plan Paulson ne servent qu'à « privatiser les profits et socialiser les pertes »(12). De son côté, Jacques Attali admet qu'en bout de ligne, « c'est soit le contribuable, par le biais de l'augmentation des impôts, soit le consommateur, victime de la restriction du crédit, soit l'épargnant, dont les fonds seront rognés par l'inflation », qui fera les frais de la crise(13). Attali souligne cependant que le retour à un climat de confiance sur les marchés exige « des mesures exceptionnelles, mais réalisables » (14).




Références:

(1) AFP. « La crise bancaire provoque un effondrement général des Bourses mondiales », Le Point, [En ligne], 6 octobre 2008, http://www.lepoint.fr/actualites-economie/lundi-no... page consultée le 10 octobre 2008.

(2) Loc. cit.

(3) Loc. cit.

(4) LOSSON, Christian. « Pourquoi ça va plus mal ? Pourquoi passe-t-on d'une crise de confiance à une sorte de crise de défiance », Libération, no 8531, 9 octobre 2008, p. QU02.

(5) Loc. cit.

(6) Loc. cit.

(7) L'EXPRESS. « Jacques Attali, Alain Minc et la crise financière », [En ligne], 7 octobre 2008, http://www.lexpress.fr/actualite/economie/jacques-... page consultée le 10 octobre 2008.

(8) Loc. cit.

(9) Loc. cit.

(10) HOPQUIN, Benoît. « La revanche de Keynes », Le Monde, 2 octobre 2008, section Horizons, p.22.

(11) Loc. cit.

(12) Loc. cit.

(13) L'EXPRESS. Op. cit.

(14) Loc. cit.

Dernière modification: 2008-10-17 08:27:11

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