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30 novembre 2008

La compagnie Gazprom, le bras droit du Kremlin


Maxiem-Rock Claessens Rivest
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Dans nos économies mondialisées, le secteur énergétique occupe une place prépondérante dans les priorités des gouvernements. Ce secteur fait souvent l'objet de convoitise, surtout en ce qui a trait plus spécifiquement aux hydrocarbures. En effet, ceux-ci sont souvent au coeur d'enjeux politiques, économiques et stratégiques. Certaines entreprises exploitant ces ressources ont même des recettes annuelles dépassant celles de plusieurs pays dans le monde.

La Russie compte parmi les plus grands producteurs et exportateurs d'hydrocarbures au monde. En 2006, le pétrole et les produits miniers constituaient tout près de 73% du total de ses exportations, ce qui correspond à 207 217 000 000 de dollars, soit approximativement 27 % du produit intérieur brut (PIB) (1).

L'importance de Gazprom dans l'économie russe

Gazprom est une entreprise russe qui fait le commerce des gaz naturels depuis 1954. Elle détient le monopole du gaz naturel en Russie. Sa production gazière dépasse largement les 90 % de la totalité du gaz russe produit (2). Son importance est primordiale dans l'économie russe puisque cette entreprise représente à elle seule 7% du PIB. Cette compagnie est également le cinquième producteur de pétrole en Russie depuis son alliance avec la compagnie Rosneft. En 2008, ses réserves gazières atteignent 17% des réserves mondiales et 60 % des réserves russes(3). Sa production annuelle de gaz est de l'ordre de 556.0 bcm. D'autre part, les réserves pétrolières détenues par Gazprom Neft, issue de l'alliance entre Gazprom et Rosneft, sont évaluées à 4,5 milliards de barils, tandis que sa production annuelle s'élève à plus de 32 700 000 tonnes de pétrole(4).

La compagnie exporte principalement ses ressources en Europe et dans la région du Caucase. Ses principaux clients en Europe sont l'Allemagne, la France, la Turquie, l'Italie, la Hongrie et la Grande-Bretagne. L'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan sont les trois pays qui importent le plus de gaz russe pour ce qui est de la région du Caucase. Par contre, la majorité de ce que Gazprom produit est consommée à l'intérieur de ses frontières. Cependant, le deux tiers de ses revenus provient de ses exportations. Sur les marchés boursiers, Gazprom est la troisième compagnie ayant le plus de valeur, derrière Exxonmobil et Shell, en terme de capitalisation boursière. La différence entre ces deux compagnies et Gazprom est que celles-ci exportent la majorité de ce qu'elles produisent. En 2006, les profits nets de Gazprom avoisinaient les 343 680 000 000 de roubles (5).

Dans l'avenir, Gazprom aimerait étendre son marché à l'Asie et à l'Amérique, en plus d'accroître son influence en Europe. Cette stratégie d'internationalisation se traduit par plusieurs comportements. Tout d'abord, il semble que Gazprom tente de gonfler ses exportations. De plus, l'entreprise fait l'acquisition d'actifs en augmentant ses investissements directs à l'étranger. Finalement, Gazprom essaie de diversifier l'origine de ses réserves ainsi que celles de sa production.

Selon Catherine Locatelli du Courrier des pays de l'Est (6), plusieurs raisons expliquent cette stratégie d'internationalisation. Elle note que l'entreprise, à la suite des différends vécus avec l'Ukraine, n'apprécie plus le fait que ses exportations passent sur le territoire d'un autre pays. C'est pourquoi la compagnie tente de faire passer son gaz sous la mer Baltique pour augmenter son efficacité et pour réduire cette dépendance à l'Ukraine. Puisque la demande pour le gaz est si élevée, notamment en Chine, cette diversification des marchés permettra de faire grimper la demande et la valeur de cette ressource. De cette façon, Gazprom et le gouvernement russe pourront par le fait même augmenter leur influence et leur contrôle sur les acheteurs.

Une arme au service de l'État

Avant 2005, le gouvernement russe détenait 38,1% des actions de la compagnie. En 2005, le gouvernement russe, avec Vladimir Poutine à sa tête, a fait de Gazprom un élément important de ses politiques énergétiques en faisant l'acquisition de 51 % des parts de l'entreprise. En 2006, Gazprom et Rosneft ont ensuite créé une alliance pour permettre à Gazprom, qui concentrait ses activités sur la production gazière, de faire son entrée dans le marché du pétrole. Tous ces changements montrent la volonté du gouvernement de prendre en main le secteur énergétique et l'importance qu'il lui accorde.

De 1999 à 2003, il y avait véritablement un lobby à l'intérieur du Kremlin, assez fort pour contester certaines dispositions ou pour adopter des lois favorables aux grandes compagnies pétrolières. Cependant, le président Vladimir Poutine a entrepris un certain ménage en ordonnant l'arrestation de l'homme le plus riche au monde, Mikhaïl Khodorkovsky, propriétaire de la société Ioukos, la plus grande compagnie pétrolière de Russie, et de Platon Lebedev, un des principaux actionnaires. Son objectif était d'envoyer un message qui signifiait que seul le gouvernement allait décider des règles du jeu en matière d'énergie.

David Buckrell et Arnaud Dubien, respectivement consultant à PFC Energy et chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste des questions relatives à la Russie et à la Communauté des États indépendants (CEI), croient que ces arrestations étaient aussi dues au financement des partis d'opposition par la société Ioukos(7). Ils évoquent aussi des critiques dirigées par celle-ci à l'endroit de Poutine, ainsi que des rapprochements avec les Etats-Unis qui allaient à l'encontre des volontés du Kremlin. Ioukos voulait également libéraliser le secteur du gaz en Russie, ce qui aurait fortement nui à Gazprom et son monopole. En plus de tout cela, Ioukos, qui est le quatrième plus grand pétrolier au monde, était en négociation avec ExxonMobil et ChevronTexaco pour que ces entreprises participent au capital de l'entreprise. Tous ces comportements ont mené à la reprise en main du secteur énergétique par Vladimir Poutine qui ne voulait pas que les Etats-Unis se mettent le nez dans l'économie russe.

Il est permis de penser que les objectifs du Kremlin de réaffirmer sa puissance et d'utiliser l'arme du gaz pour arriver à ses fins passent par les intérêts de Gazprom. Lorraine Millot, du journal Libération, écrit à ce sujet en 2005 : «Le fait que Vladimir Poutine ait nommé deux proches à la tête de Gazprom, Alexei Miller et Dmitri Medvedev, fait penser que l'entourage même du Président profite de la manne gazière, soit pour s'enrichir personnellement, soit pour financer des activités politiques.»(8) À l'époque, Poutine était encore à la tête du pays tandis que Dmitri Medvedev, le président actuel, travaillait pour Gazprom. Alexei Miller, le président de Gazprom, travaillait à l'époque avec Poutine lorsque celui-ci était responsable des relations extérieures de la mairie de Saint-Petersbourg.

Bref, on constate que les dirigeants de la compagnie sont liés de très près au gouvernement. Le démantèlement du quatrième plus grand pétrolier au monde, ainsi que les liens étroits entre les leaders du gouvernement et les dirigeants de la compagnie, donnaient un certains nombres d'indices sur la relation entre le gouvernement et cette compagnie. Mais la stratégie d'internationalisation de la compagnie, qui concorde avec la volonté du gouvernement d'utiliser l'arme du gaz pour réaffirmer sa puissance, révèle avec plus de poids que Gazprom est un instrument du gouvernement russe (9).




Références:

1- Perspective Monde, Outils pédagogique de grandes tendances mondiales depuis 1945, école de politique appliquée, Faculté des lettres et sciences humaines, [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/Co... (consulté le dimanche 30 novembre 2008)

2- BIGGAR, Darryl, «Le secteur du gaz naturel», Revue sur le droit et la politique de la concurrence, ED. de l'OCDE, Volume 4, Février 2002, [En ligne], http://www.cairn.info.ezproxy.usherbrooke.ca/searc... (page consultée le 23 novembre 2008)

3- Gazprom in question and answer, reserves, [En ligne] http://eng.gazpromquestions.ru/index.php?id=8, (page consultée le 30 novembre 2008)

4- Gazprom Neft, business, Production and Exploration, [En ligne], http://www.gazprom-neft.com/business/production/, (page consultée le 30 novembre 2008)

5- Gazprom annuel report 2006, [En ligne], http://www.gazprom.com/documents/Report_Eng.pdf, (page consultée le 30 novembre 2008)

6- LOCATELLI, Catherine, «Les stratégies d'internationalisation de Gazprom», Le Courrier des pays de l'Est, no 1061, Mars 2007, [En ligne], http://www.cairn.info.ezproxy.usherbrooke.ca/searc... (page consultée le 23 novembre 2008)

7- BUCKRELL, David et DUBIEN, Arnaud, «Énergie et politique dans la Russie de Poutine», Revue internationale et stratégique, no 54, Février 2004, [En ligne], http://www.cairn.info.ezproxy.usherbrooke.ca/searc... (page consultée le 23 novembre 2008)

8- MILLOT, Lorraine, «Les milliards évaporés de Gazprom», Libération, no. 7502, quotidien première édition, économie, jeudi, 23 juin 2005, p. 18.

9- BUCKRELL, David et DUBIEN, Arnaud, op.cit.

Dernière modification: 2008-12-05 08:48:03

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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