4 avril 2025
21 avril 1993

Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde


Le 21 avril 1993, la population du Brésil participe à un référendum à deux volets. Elle doit choisir, d’une part, entre une monarchie et une république et, de l’autre, entre un système présidentiel ou parlementaire. Les Brésiliens se prononcent à 66 % en faveur de la république et à 56 % pour un régime présidentiel.

En raison de la dette du pays, de la corruption et de l’inflation croissante, une assemblée constituante est formée au Brésil en février 1987. Tenue peu de temps après la fin d’un régime autoritaire, cette assemblée implique tous les partis politiques qui doivent participer à la rédaction d’une nouvelle Constitution qui sera adoptée le 2 septembre 1988. Un engouement pour le retour à la monarchie se fait sentir. Par exemple, pour Antônio Henrique Bittencourt da Cunha Bueno, un ancien député de Sao Paulo et secrétaire d’État à la culture, la solution aux problèmes du pays est de ramener la monarchie, puisque sous le règne de Pedro II (1831-1889) le pays avait connu une stabilité économique. Une pétition recueille rapidement un grand nombre de signatures, permettant le dépôt d’un amendement au Congrès le 29 octobre 1987. Quelques mois plus tard, le 17 mars 1988, l’assemblée constituante vote pour la fin du décret interdisant tout référendum sur la question monarchique. C’est ce qui permet la tenue du référendum le 21 avril 1993. Plus de dix millions de Brésiliens sont alors conviés aux urnes. Ils doivent décider du régime et du système politique de leur pays en choisissant d’abord entre une monarchie ou une république, et ensuite entre un système présidentiel ou parlementaire. Lors de la divulgation des résultats, le mouvement monarchiste subit un revers décisif. En effet, 66 % des Brésiliens sont en faveur du maintien de la république, alors que 56 % d’entre eux optent pour un régime présidentiel. Environ 20 % des bulletins de vote, un nombre élevé, sont nuls ou blancs. Les résultats, qui sont favorables au statu quo, font perdre au monarchiste da Cunha Bueno son siège de député fédéral. Le prince Pierre-Gaston d’Orléans-Bragance interdit même la poursuite des activités politiques des mouvements monarchistes. Lors des élections législatives de novembre 1994, le Mouvement monarchiste brésilien n’obtiendra que 4 sièges sur 513.

Dans les médias...

Édouard Bailby, « Président, parlement ou roi? »

«...La campagne électorale, en tout cas, a fait voler en éclats la traditionnelle dichotomie entre gauche et droite au Brésil. Tous les courants de pensée se retrouvent au sein des trois courants qui traversent le pays. La discussion oppose ainsi des alliés traditionnels. Un des cas les plus significatifs est celui qui oppose actuellement Orestes Quércia, ancien gouverneur de l’État de Sao Paulo, président du Front présidentialiste, à Luis Antonio Fleury Filho, parlementariste, ancien gouverneur du même État. Mais le débat au plan national rassemble aussi de vieux rivaux. Deux choses, néanmoins, sont certaines. Selon un sondage de la Fédération des industries de Sao Paulo (FIESP), puissante organisation patronale, neuf chefs d’entreprise sur dix seraient favorables au parlementarisme. Mieux encore : 243 députés sur 503 sont favorables au régime parlementaire ainsi que 46 sénateurs sur 81. »

Jeune Afrique (France), 15 au 21 avril 1993, p. 32-33.

Estelle Breyer, « Favelas au quotidien »

«...Cette minorité silencieuse, privée de tout, est constituée en majorité de gens de couleur. Ils ont voté parce que c’est obligatoire au Brésil, mais pour le reste ils sont peu dans les bidonvilles à formuler une opinion publique. Dans la banlieue nord encore moins qu’ailleurs : la misère y est extrême et les espoirs bien réduits. […] Les voix royalistes, qui ont recueilli 12 % des voix, ne sont pas en reste par rapport aux votes parlementaires (25 %). Une façon de démontrer qu’ici comme ailleurs, quand le peuple a faim, c’est le plus démagogue qui gagne. Et les monarchistes, entre leurs querelles de succession, ont su se retrouver pour mener campagne. Visites de favelas, souvent très conviviales, avec la presse, gentiment invitée aux réjouissances. De leur côté, les parlementaires, plutôt soutenus par les jeunes et les intellectuels, n’ont pas su faire passer le message. De toute façon, ici comme dans tout le pays, la moitié des gens ignoraient la signification du scrutin. Trop compliqué, trop loin des préoccupations quotidiennes. »

Le Nouvel Afrique-Asie (France), juillet-août 1993, p. 42-43.

Hautin Guiraut Denis, « Brésil, le scrutin du 21 avril : Le pays doit choisir entre la monarchie, un régime parlementaire et le système présidentiel en vigueur »

«...Le courant présidentialiste regroupe pratiquement l'ensemble des leaders politiques et les chefs des principaux partis du pays. Ses dirigeants ont insisté sur la conquête démocratique qu'a représentée le suffrage universel direct pour la désignation du chef de l'Etat, depuis l'élection en 1989 de M. Fernando Collor de Mello, et sur la tradition présidentielle du Brésil. Les monarchistes, enfin, ont mené une campagne marquée par les querelles dynastiques de la famille impériale, divisée y compris sur le rôle du futur roi. En fait, la campagne du référendum a surtout constitué un galop d'essai pour les futurs candidats à l'élection présidentielle qui se tiendra dans moins de deux ans, en novembre 1994. C'est l'une des raisons pour lesquelles le chef de l'Etat, M. Itamar Franco, a tenu à préciser qu'il ne serait " en aucun cas l'otage des résultats du référendum ". Sa succession est pourtant clairement envisagée dans les couloirs du Congrès où certains parlementaires n'hésitent pas à évoquer la nécessité d'une élection présidentielle anticipée. »

Le Monde (France), 21 avril 1993, p. 5.

S.A., « Brazil’s Voters Cast A Crowning Blow »

«...Don’t change the system; change the people. That’s the message Brazilians sent last week in a national plebiscite on the form of their government. Preliminary tallies showed voters favoring the present presidential system – which they borrowed from the U.S. more than a century ago – over a parliamentary option by 2 to 1. And republicans roundly defeated those favoring a revival of Brazil’s 19th century monarchy, 66 % to 11 %. Most telling, however, was the fact that those who either boycotted the compulsory election or spoiled their ballots totaled nearly 40 million of the country’s 90 million eligible votes. With inflation soaring to nearly 30% a month, many Brazilians apparently felt the plebiscite was missing the point. »

Time (États-Unis), 3 mai 1993, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 21 avril 1993 ]

Pays Niveau de démocratie Chef de l'État Chef du gouvernement
flagBrésilIntermédiaireItamar Augusto Cautiero Franco

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

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