3 avril 2025
12 mai 2002

Élection d'Amadou Toumani Touré à la présidence du Mali

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde


Amadou Toumani Touré

Après l'élection présidentielle controversée de 1997, le président Alpha Oumar Konaré décide de respecter la Constitution et ne se représente pas au scrutin de 2002. La victoire est alors remportée par Amadou Toumani Touré, un candidat indépendant qui a été un artisan de la chute du régime autoritaire de Moussa Traoré en 1991.


Résultats du scrutin

Le président Alpha Oumar Konaré, chef d'État du Mali depuis 1992, décide de se conformer à la Constitution et de ne pas solliciter un troisième mandat à la tête du pays. Si le scrutin présidentiel de 1997 s'était déroulé sur fond de tension, celui de 2002 est plus calme. Le parti de Konaré, l'Alliance pour la démocratie au Mali, se fracture à cause de dissensions sur la succession du chef. C'est finalement Soumaïla Cissé, un ex-ministre des Finances, qui est choisi comme candidat, mais après la décision de l'ex-premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta de claquer la porte pour fonder sa propre formation. D’autre part, la présence d’Amadou Toumani Touré comme candidat indépendant suscite l'intérêt. Ce général à la retraite a présidé la transition entre le régime de Moussa Traoré et l'implantation du régime démocratique. Au total, 24 candidats sont sur les rangs. Le premier tour (28 avril 2002) ne donnant la majorité absolue à aucun des candidats, un second tour oppose Touré (28,7 % des voix) et Cissé (21,3 %). Soutenu par les islamistes lors du premier tour, Keïta (21 %) se dit convaincu de cas de fraudes, mais il ne demande pas à ses partisans de manifester et soutient Touré au second tour. Les résultats de ce deuxième scrutin, tenu le 12 mai 2002, ne sont dévoilés que le 16. Cissé, malgré une campagne à l’« occidentale » en sillonnant le pays en hélicoptère, ne peut rivaliser avec son adversaire. Il obtient 35 % des voix, contre 65 % pour Touré, puis déplore un climat de tricherie, où les rancœurs personnelles ont davantage marqué la campagne que les projets de société. D’ailleurs, si le taux de participation a été de 38,8 % au premier tour, il a plafonné à 30 % au second, conséquence selon certains des accusations de fraude massive entourant le décompte des voix du 28 avril.

Dans les médias...

Christophe Ayad, « Touré, la force tranquille du Mali »

«...Pendant la campagne, ATT est apparu comme un homme au-dessus des partis : un atout dans un pays où la multiplication des formations politiques - pas moins de 80 - cache mal la domination de l'Adéma, un géant malade de la corruption et miné par les querelles d'ambition. Celui qui se voit en «président arbitre» aura besoin d'un consensus général pour redonner espoir aux Maliens, tenaillés par la pauvreté et déçus par la démocratie. Plus de deux Maliens sur trois vivent au-dessous du seuil de pauvreté; le système éducatif est miné par les grèves à répétition et c'est presque une décennie blanche que viennent de vivre écoliers et étudiants. Chaud partisan de l'annulation de la dette et de l'unification africaine, ATT est un adepte du franc-parler, un peu à la manière du Président sénégalais Wade. «Nous souffrons vraiment de notre manque d'expertise. Nous sommes incapables d'utiliser plus de 40 % des fonds qui nous sont alloués pour le développement. Et la fuite des cerveaux n'arrange rien, déclarait-il ainsi au quotidien suisse le Temps. Il y a, en Europe, des intérêts politiques énormes à poser les conditions du développement du continent africain. Il faut maintenant, en Afrique, des interlocuteurs valables pour les organisations internationales.». »

Libération (France), 17 mai 2002, p. 8.

Brigitte Breuillac, « Élection présidentielle au Mali : tour de rattrapage pour la démocratie »

«...Le débat d'idées est réduit à sa plus simple expression. Les médias ne cherchent guère à l'alimenter, radios et journaux privés se faisant le plus souvent les porte-parole de leaders politiques et n'hésitant pas à recourir, au besoin, à l'injure. Résultat : la campagne électorale a été caractérisée par l'absence d'un débat sur les programmes. Pour cette élection présidentielle, « la partie se joue autour de l'image et de la personnalité des candidats », analyse Gaoussou Drabo, le directeur du quotidien gouvernemental L'Essor. Au second tour, deux styles s'affrontent. Soumaïla Cissé, politique issu du sérail de l'Adéma et ancien ministre, se retrouve face au général Amadou Toumani Touré, dit « ATT », un militaire fort de son prestige d'ancien chef d'État qui, après la transition ayant suivi la chute du général Traoré, a rendu le pouvoir aux civils. Que le général « ATT », qui a pris sa retraite de l'armée l'an dernier, se situe aujourd'hui en dehors des partis ne surprend guère. Cela est même un atout décisif aux yeux de certains. « Les Maliens doivent aller aujourd'hui vers un homme non politique, un homme de consensus et d'union », estime Fatoumata Siré Diakité, la présidente de l'Association malienne pour le progrès et la défense des droits des femmes. »

Le Monde (France), 11 mai 2020, p. 3.

Thierry Oberle, « Amadou Toumani Touré, le général démocrate »

«...Au Mali, Alpha Oumar Konaré, qui a été réélu en 1997, est décidé à ne pas se représenter. Son organisation, l'Adéma, est usée par l'exercice du pouvoir. Une voie royale s'ouvre à ATT (Touré) qui semble même bénéficier du soutien discret du président sortant. En septembre dernier, le général abandonne définitivement son uniforme. Il se présente en rassembleur se situant à la manière d'un de Gaulle au-dessus des partis. L'élection n'est qu'une formalité. Amadou Toumani Touré rafle la mise en menant campagne sur des thèmes sociaux. Ses électeurs placent en lui leurs espoirs de meilleures conditions de survie. Mais le fort taux d'abstention traduit le désenchantement de la population. Plus de deux électeurs sur trois ne sont pas allés voter au second tour, dans un pays où deux habitants sur trois vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Sur le plan économique, le nouveau président va être confronté à la baisse des investissements étrangers directs. Il espère relancer la tendance en se présentant en champion de la bonne gouvernance et en interlocuteur crédible des organisations internationales. Le « soldat de la démocratie », pour qui l'« opposition n'est pas un élément du décor qu'on tolère, mais l'élément essentiel du système », est paradoxalement, malgré sa large victoire, à la recherche d'une majorité. Car des élections législatives sont prévues en juillet et ATT n'a pas derrière lui une grande formation politique. »

Le Figaro (France), 18 mai 2002, p. 3.

Xavier Harel, « Au Mali, la démocratie veut confirmer son enracinement »

«...Inutile de se plonger dans les programmes pour distinguer les deux hommes : ils se ressemblent trop. ATT fait figure de grand favori. Ses détracteurs, comme ses partisans, soulignent que cela fait dix ans qu'il est en campagne ! Dix années consacrées à des causes humanitaires. Mais son aura, il la doit au fait d'avoir rendu les clés du pouvoir aux civils après avoir renversé le dictateur Moussa Traoré, en 1991. Sa médiation dans plusieurs conflits en Afrique centrale a fini d'étoffer sa stature internationale. [...] Pour Mohamed Maïga, journaliste à l'Indépendant, si la démocratie s'installe au Mali, c'est que les "gens se sont battus jusqu'au sang pour l'obtenir" (les manifestations étudiantes contre Moussa Traoré, au début des années 90, avaient fait plus de 300 morts). Le directeur du bureau malien de l'Agence française de développement (AFD), revenu au Mali après avoir parcouru l'Afrique pendant quinze, ans se dit "frappé par la maturité politique" du pays. "Il se passe vraiment quelque chose ici." »

La Tribune (France), 10 mai 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 12 mai 2002 ]

Pays Niveau de démocratie Chef de l'État Chef du gouvernement
flagMaliIntermédiaireAmadou Toumani TouréAhmed Mohamed Ag Hamani

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

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