Assouplissement majeur de la politique « zéro covid » en Chine
Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde
La politique rigide des autorités chinoises (« zéro covid ») pour contrer la pandémie de covid-19 suscite des tensions croissantes, entraînant des manifestations d’envergure en novembre 2022. Le gouvernement réagit en mettant fin à certaines mesures contraignantes le 7 décembre 2022.
Dès le début de la pandémie, en 2020, la Chine adopte une politique « zéro covid » rigide et sévère. Les frontières sont contrôlées de près et on procède au confinement de villes importantes, voire de régions. De plus, les tests sont nombreux et les cas identifiés, de même que les gens ayant été en contact avec eux, sont mis rapidement en quarantaine. Cette stratégie semble porter des fruits. Selon les chiffres divulgués, les pertes de vie, dont il est difficile de connaître l’étendue exacte, seraient restreintes. En 2022, on observe une recrudescence de cas et de mortalité. Des analystes l’attribuent à des sous-variants d’Omicron. Ils en voient aussi la cause dans des vaccins moins efficaces que ceux utilisés par les Occidentaux, où les barrières ont été assouplies, ainsi que dans une protection individuelle moins répandue, ce qui limite l’immunité. La Chine persiste avec sa politique « zéro covid », une décision qui suscite une grogne croissante. Plusieurs manifestations ont lieu en novembre. Les protestataires ciblent les mesures restrictives, mais certains vont plus loin et affichent publiquement leur colère à l’endroit du président Xi Jinping. Les autorités réagissent en apportant des assouplissements. Le 7 décembre, ils vont plus loin en réduisant les confinements et les périodes de quarantaine à la maison. Les tests de masse sont également abandonnés. Aux yeux des observateurs, cette nouvelle approche serait une réaction aux tensions sociales, mais aussi à la situation économique. Selon ses données, la Chine affiche pour 2022 un taux de croissance de 5,5 %. Les confinements joueraient un rôle dans cette performance modeste par rapport aux attentes. La levée de la stratégie « zéro covid » porte un espoir de relance. Elle suscite néanmoins certaines craintes, par exemple sur les risques accrus de contagion et sur l’effet qu’ils auraient sur un système de santé déjà fragilisé.
Dans les médias...
François Balloux, « Fin du zéro covid en Chine : conséquences et risques pour une population peu immunisée »
«...Étant donné le faible niveau d’immunité en Chine, une forte augmentation du nombre de cas pourrait probablement entraîner un grand nombre d’hospitalisations et conduire à un nombre dramatique de décès. Si nous supposons que 70 % de la population chinoise est infectée au cours des prochains mois, et que 0,1 % des personnes infectées meurent (une estimation prudente du taux de mortalité de l’omicron dans une population peu exposée au SARS-CoV-2), un calcul simple suggère que le nombre de décès pourrait frôler le million. Une modélisation de l’université Fundan (Shanghai) arrivait à un chiffre de 1,55 million. À ce stade, la Chine ne peut pas faire grand-chose pour éviter un nombre important de cas et de décès. Toute campagne de vaccination axée sur les personnes les plus vulnérables est toutefois toujours susceptible d’être bénéfique. Les services de santé chinois sont assez fragiles et la pénurie de lits en soins intensifs représente une vulnérabilité particulière. Une levée progressive des restrictions comme l’ont fait d’autres pays est une option pour tenter d’« aplanir la courbe » et éviter que son système sanitaire ne soit débordé. »
The Conversation (France), 18 décembre 2022.
Frédéric Lemaître, « Attention, l’économie chinoise va repartir! »
«...la gestion de l’épidémie de Covid-19 par les autorités n’a pas été parfaite, tant s’en faut. Elle a reposé sur un contrôle totalitaire de la population qui a été efficace sur le plan sanitaire les deux premières années avant de montrer ses limites et de se voir de moins en moins bien accepté par les Chinois. On peut également reprocher aux autorités de ne pas avoir pensé l’après-zéro Covid, qui, pourtant, s’imposait depuis l’arrivée du variant Omicron, au début de l’année 2022. Mais les Chinois n’ont pas forcément envie de renverser Xi Jinping pour autant. Le plus probable est que les mécontents vont profiter de la réouverture des frontières et de la délivrance de visas pour émigrer, mais que l’immense majorité des Chinois va s’habituer à vivre avec le Covid-19 comme le reste de la planète. Le principal enjeu pour le pouvoir est maintenant la reprise de l’économie. Celle-ci, selon les experts, devrait être progressive. Mais les milieux d’affaires sont dans les starting-blocks. « Je n’arrête pas de recevoir des coups de téléphone. Tout le monde veut venir en Chine » , témoigne un diplomate du sud de l’Europe. »
Le Monde (France), 18 janvier 2023, p. 30.
François Brousseau, « Xi Jinping pris au piège du « zéro covid »
«...Cette méthode (zéro covid) a fonctionné pendant environ un an et demi, deux ans, alors que les nouvelles vagues devenaient moins virulentes en Occident et que les vaccins commençaient à augmenter de façon visible le degré d’immunité collective. Mais rien n’y faisait : Pékin maintenait le cap, malgré un changement évident, hors de Chine, de la nature de la pandémie et des réponses qu’elle suscitait. Derrière cette obstination dans le maintien du zéro COVID, il y a aussi un phénomène idéologique. La volonté de prouver que notre système est le meilleur. Avec aussi, dans le cas de Xi Jinping, un élément supplémentaire : la hantise de perdre la face. On l’a vu par exemple dans le refus obstiné d’importer les vaccins à ARN messager, qui ont pourtant gagné la partie contre les vaccins chinois. Autre élément : l’absence de campagnes de vaccinations systématiques. Ce qui a priori paraît étonnant dans un pays aussi autoritaire et supposé discipliné que la Chine. »
Radio-Canada (Québec, Canada), 30 novembre 2022.
Gouvernance et gouvernement [ 7 décembre 2022 ]
Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
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![]() | Faible | Xi Jinping | Li Keqiang |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).