Marche pour les droits civiques à Washington
Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Martin Luther King
Des centaines de milliers d'Américains, en grande majorité de race noire, participent à une marche à Washington afin de réclamer des autorités politiques la reconnaissance de leurs droits civiques. Un des leaders du mouvement, le pasteur Martin Luther King jr., prononce alors un vibrant discours qui restera gravé dans les mémoires.
Au cours des années 50 et 60, la contestation contre les politiques ségrégationnistes encore en vigueur dans plusieurs États américains devient de plus en plus active. De nombreuses manifestations non-violentes sont organisées, dont une, le 28 août 1963, qui attire environ 250 000 personnes dans la capitale du pays, Washington. Même si la majorité des participants sont des Africains-Américains, des gens de race blanche prennent également part à la marche dont quelques dizaines de membres du Congrès ainsi que des personnalités du monde artistique (Paul Newman, Marlon Brando, etc.) Une des figures de proue du mouvement, le pasteur noir Martin Luther King jr., prononce devant le monument Lincoln un vibrant discours (« I Have a Dream ») qui fera époque. Avec d'autres leaders noirs, il rencontre ensuite le président John F. Kennedy. Ce dernier décédera en novembre 1963, mais son successeur, Lyndon B. Johnson, fera adopter en 1964 le « Civil Rights Act » rendant la ségrégation illégale. L'action de King lui méritera le prix Nobel de la Paix en 1964. (Voir : J'ai fait un rêve)
Dans les médias...
Alain Clément, «L'indifférence de la majorité des Américains»
«...Un autre phénomène frappe l'observateur au soir de la grande démonstration d'unanimité et de dignité morale dont il a été le témoin. Il sait qu'elle n'aura pas d'influence directe sur le Congrès. Mais en aura-t-elle davantage sur la mentalité du pays, dont, en définitive, dépendent les réactions du Congrès ? La démonstration du 28 août, par son caractère profondément religieux, interracial, interconfessionnel, n'avait rien d'exclusivement «noir» : un bon dixième des militants intégrationnistes rassemblés au Lincoln Memorial avaient la peau blanche. Par delà l'intégration, c'est à des «Etats-Unis plus unis» qu'en appelèrent leurs dirigeants. Leur appel fut répercuté par la plupart des autorités religieuses de Washington, qui «s'engagèrent» très sincèrement aux côtés de leurs frères de couleur. Or que s'est-il passé au niveau de leurs fidèles, à de rarissimes exceptions près ? Washington a fait le vide devant la manifestation. Il n'y a certainement pas un millier des ses habitants qui aient été même effleurés par l'idée de rejoindre ses rangs, spontanément, sans autre objectif que de «manifester» sa foi de chrétien ou son idéal égalitaire de citoyen américain.»
Le Monde (France), 30 août 1963.
Albert-Paul Lentin, «Une bataille longue et dure»
«...«Accorder et garantir»... Ces deux mots n'ont pas été employés au hasard. Leur sens est précis. Il ne s'agit pas seulement pour les dirigeants des grandes organisations noires d'obtenir la réaffirmation de principes qui, après tout, sont déjà inscrits dans la Constitution américaine et auxquels le président Kennedy, par son nouveau projet de loi sur les droits civiques, vient de donner un contenu et un champ d'application plus concrets. Il s'agit aussi d'imposer l'application réelle et universelle, en dépit du particularisme des États, de ces principes. La «marche sur Washington» en ce sens n'est qu'un point de départ. Elle ouvre une bataille qui sera longue et dure, car le décalage est grand dans les démocraties formelles entre les principes et les faits, les idéaux et les réalités, et en Amérique, dans la lutte contre la discrimination raciale, tout est à faire ou presque. Cette bataille va désormais peser lourdement sur toute la vie politique américaine.»
Libération (France), 29 août 1963.
M. P. Dean, «Quand Washington accueille 200,000 Noirs...»
«...À l'issue de la Marche des Noirs à Washington, les grandes sociétés de télévision ont demandé à des membre du Congrès si cette manifestation géante aurait une influence sur le vote des législateurs. La réponse presque unanime a été que s'il y avait eu de la violence au cours de la marche, les législateurs bien que disposés envers la cause des Noirs, auraient voté contre elle, mais comme tout s'est déroulé dans le calme, la manifestation ne modifierait d'aucune façon l'attitude des membres du Congrès. En d'autres mots, les Noirs peuvent changer un de leurs amis en ennemi mais il leur est impossible de changer un ennemi en ami même s'ils démontrent, comme ce fut le cas hier, qu'ils peuvent s'organiser et obéir à leur propre discipline. La Marche avait pour but de prouver que les Noirs savent agir, au besoin avec modération. Ils l'ont prouvé et cela ne leur a rien valu auprès du Congrès. Néanmoins Ils sont contents. Je leur ai parlé. La réaction du Congrès ne les intéresse pas. Ils n'ont pas «marché» pour impressionner les Blancs mais pour se prouver à eux-mêmes qu'ils pouvaient le faire.»
La Presse (Québec, Canada), 29 août 1963, p. 5.
S.A., «Civil Rights : The March's Meaning»
«...It was informal, often formless -yet it somehow had great dignity. It had little of the sustained suspense of an astronaut shoot or a national political convention -but it built, despite moments of boredom and restlessness- to an emotion-draining climax. It probably changed few minds that had already been made up; the chances were that integrationists would remain integrationists and segregationists would remain segregationists. It was in the probable effects on the conscience of millions of previously indifferent Americans that the march might find its true meaning. The possibility of riot and bloodshed had always been there; and in the U.S.'s «open society» they would have been plainly visible for the whole world to see. But the marchers took that chance, and the U.S. took it with them. No one who saw the proceedings could come to any other conclusion than that those scores of thousands of marching Negroes were able to accept the responsibilities of first-class citizenship.»
Time (édition canadienne), 6 septembre 1963, pp. 15-16.
Gouvernance et gouvernement [ 28 août 1963 ]
Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
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![]() | Élevé | Lyndon B. Johnson |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).