4 avril 2025
22 avril 1961

Putsch des généraux en Algérie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde


Maurice Challe

Après avoir combattu le Front de libération nationale (FLN) pendant sept ans, une partie des cadres de l'armée française s'objecte fermement au projet d'indépendance algérienne qui se dessine. En avril 1961, quatre généraux tentent de renverser le cours des événements en faisant un coup d'État.

Depuis le référendum du 8 janvier 1961, au cours duquel une forte majorité de Français (75%) se disent favorables à l'autodétermination de l'Algérie, des discussions ont cours entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la République algérienne, affilié au FLN. Les généraux français à la retraite Raoul Salan, André Zeller, Maurice Challe et Edmond Jouhaud rejettent fermement la possibilité d'une Algérie indépendante et se sentent trahis par les négociations secrètes de leur gouvernement. Le 21 avril 1961, ils effectuent un coup d'État et prennent le contrôle d'Alger. Le 22 avril, l'État d'urgence est décrété en Algérie. Le lendemain, le président Charles de Gaulle prononce un discours à la télévision dans lequel il implore les soldats algériens et français de s'opposer à ce coup orchestré par des généraux « fanatiques » qui « ne comprennent la Nation et le monde que déformés à travers leur frénésie ». Il évoque aussi l'article 16 de la Constitution française et se saisit de tous les pouvoirs. Il termine son discours en lançant : « Françaises, Français! Aidez-moi! ». Cet appel est entendu par de nombreux soldats qui refusent d'obéir aux putschistes. Progressivement, les alliés des généraux se rendent. Le 26 avril, le coup d'État échoue. L'article 16 reste toutefois en vigueur pendant cinq mois pour éviter un nouveau soulèvement. Un tribunal militaire condamnera Challe et Zeller à 15 ans d'emprisonnement. Ils seront amnistiés et réintégrés dans des fonctions militaires cinq ans plus tard. Quant à Salan et Jouhaud, ils prendront la fuite et joueront un rôle important au sein de l'Organisation armée secrète (OAS) qui utilise la violence afin que l'Algérie demeure française. Arrêtés, puis condamnés à mort, ils seront éventuellement amnistiés.

Dans les médias...

Daniel Pécaut, «Soldats et citoyens»

«...Qu'était en définitive cette nuit sinon une nuit des dupes si une fois encore seule l'imminence du danger avait pu chasser les ambiguïtés et si, le danger momentanément écarté, renaissaient les ambiguïtés ? Si après nous avoir fait connaître un instant la profondeur de la menace, on voulait ensuite et selon l'habitude nous faire croire à sa médiocrité ? Si la panique d'un appel au peuple se voyait après coup attribuer pour origine un «incident» voué à l'échec ? Nuit non seulement de provisoire victoire, mais aussi d'illusions, si le lendemain le pouvoir apercevant l'ampleur de la levée populaire craignait que d'alibi contrôlé l'opinion ne devînt consciente de ses forces et de ses droits, et s'il décidait en conséquence de tourner ses foudres autant dans sa direction que vers des mutins d'Alger ? La nuit d'alerte était achevée. Le gouvernement se reprenait. Son dialogue avec Alger passait à nouveau au-dessus de nos têtes. L'appui populaire était aussi vite écarté qu'il avait été brutalement convoqué. Ainsi se vérifiait une fois de plus le fait que l'opinion n'a le droit d'expression qu'au moment des crises dans la mesure même ou la dimension de ces crises la contraignent à venir, bon gré-mal gré, secourir un pouvoir défaillant.»

Esprit (France), juin 1961, p.1150.

S.A., «Les problèmes demeurent»

«...Le complot ne pouvait réussir que dans un pays paralysé, et ses chefs étaient au fond d'eux-mêmes décidés à ne rien faire qui risquât de tirer les Français de leur torpeur : il fallait que l'opération se déroule en douceur, il ne fallait pas trop réveiller une gauche endormie. Leur pari était que de Gaulle observait la même prudence et qu'ils pourraient ainsi se couler dans un régime qu'il aurait, en fait, préparé pour eux. Mais du même coup ils dictaient à de Gaulle la manoeuvre qui les obligeait aussitôt à céder : il suffisait à celui-ci de lancer au peuple un appel ambigu, pour qu'ils se trouvent devant une éventualité qu'ils avaient par avance refusée. Et du même coup encore, ils tiraient leur adversaire du mauvais pas qu'ils l'avaient forcé à hasarder contre eux : cet appel à l'aide pouvait rester lettre morte. Au terme de cette partie de poker, où personne ne voulait abattre son jeu, de Gaulle raflait la mise et se retrouvait avec les pleins pouvoirs.»

Les Temps modernes (France), avril 1961, pp. 1450-1451.

Gérard Filion, «Le temps travaille contre la paix»

«...La raison de cette dissidence provient probablement d'une différence de mentalité et de sentiment entre les soldats de carrière et les conscrits. Ces derniers sont pour la plupart des métropolitains. Ils font leur service militaire en Algérie par devoir plutôt que par goût. Ils souhaitent que cela finisse au plus vite pour retourner dans leur famille. Les soldats de carrière ressentent au contraire toute l'amertume d'une armée qui n'a fait que céder du terrain depuis l'évacuation du Vietnam. Elle garde rancune au général de Gaulle d'avoir détourné de sa fin l'émeute du 13 mai 1958 qui le porta au pouvoir. Ils sont incapables de comprendre que, devenu président de la Ve République, le général de Gaulle doit inspirer sa politique du bien supérieur de la France. Celle-ci est lancée dans une course au prestige qui s'accommode difficilement des embûches d'une guerre civile. L'affaire d'Algérie réglée, toutes les forces vives de la nation française seront lancées en avant pour placer le pays au premier rang de la technique, de l'activité économique, de l'expansion culturelle, du rayonnement sur toute l'Afrique française et dans le monde.»

Le Devoir (Québec, Canada), 26 avril 1961, p. 4.

S.A., «France : Era Ending»

«...The revolt's first effect abroad was not to raise French prestige but to lower it. An army that had wavered for four days before putting down open rebellion seemed hardly the kind De Gaulle needed to support its claim to grandeur. By the standards of stable democracies, France again looked alarmingly volatile, faction-ridden, subject to sudden upheavals. But the mutiny in Algeria was the last gasp of empire, staged by the men who had fought for and gradually surrendered that empire around the world. Their cause and battle cry, Algérie française, was dead, and the last obstacle had been cleared for peace talks with the Moslem rebel F.L.N. That the talks will end in independence is inevitable -and the revolt strengthened the F.L.N.'s hand, since France, disgusted at the white settler role in the revolt, is less willing than ever to fight a war for their cause. If Moslem Algeria should become a country where no Frenchman among the 1,000,000 now there could live in peace, the four-day mutineers, and the settlers who egged them on, would have their own important share of the blame.»

Time (édition canadienne), 5 mai 1961, p. 26.

Gouvernance et gouvernement [ 22 avril 1961 ]

Pays Niveau de démocratie Chef de l'État Chef du gouvernement
flagAlgérieLimitéinformation non-pertinente
flagFranceIntermédiaireCharles de GaulleMichel Debré

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

Profil Gouvernants Démocratie Partis politiques
flagflagflagflag
flagflagflagflag

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.