Décès de Zhou Enlai
Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Zhou Enlai
Le décès de Zhou Enlai provoque des mouvements populaires qui aiguisent les luttes entre les deux factions du Parti communiste chinois (PCC). Premier ministre chinois depuis 1949, le défunt était un allié de Mao Zedong sur plusieurs points.
Dès l'annonce de la mort de Zhou Enlai due à un cancer, la population porte spontanément des couronnes et des fleurs blanches au monument aux Héros du peuple, sur la place Tian'anmen. Un million de personnes se rassemblent pour voir le cortège emportant son corps. Lors des funérailles au Palais de l'Assemblée du peuple, c'est Deng Xiaoping et non Mao, lui-même trop affaibli par la maladie pour être présent, qui prononce l'éloge. Les semaines qui suivent le décès de Zhou Enlai donnent lieu à un affrontement entre les deux factions présentes dans le parti. Les «ultra-gauchistes», hostiles à Zhou et à Deng, tentent, dans un texte du 27 mars paru à la une d'un journal de Shanghai, de minimiser la mémoire de l'homme, associé à la «voie capitaliste». La publication de cette attaque des «ultra-gauchistes» provoque à son tour des manifestations dans plusieurs villes du pays. Même si aux premiers jours d'avril, pendant la Fête des morts, quelque deux millions de personnes étaient venues sur la place pour honorer à nouveau le disparu qui jouissait d'une estime populaire, la faction gauchiste, dominante au Bureau politique, interdit les rassemblements et réprime les manifestants en procédant à une centaine d'arrestations. Bien que cette épreuve de force soit marquée dans l'immédiat par une défaite de Deng, tenu responsable de cet incident «contre-révolutionnaire», elle est souvent considérée comme le début de la fin pour les «ultra-gauchistes», défenseurs de l'héritage de la révolution culturelle.
Dans les médias...
Étienne Manac'h, « Le patricien en Sandale »
«...On le voyait partout. Il était mêlé à tout ce qui était important. Si le président Mao formulait la doctrine. Chou En lai la transformait en actes concrets de l'Histoire. Le difficile dialogue avec l'Union Soviétique, la confrontation avec l'Amérique, la mission à Wuhan pour mettre fin à l'anarchie intérieure, c'était toujours Chou En Lai. Je m'étonnais toujours qu'il fût infatigable. « C'est par le travail, me répondait il, qu'on garde sa force et sa santé. » (...) D'autres comme moi, pourront célébrer son intelligence. Maurice de Couve de Murville. Pierre Mendès France, bien d'autres encore, ont eu l'occasion de l'apprécier au cours de franches discussions sur les problèmes les plus divers, et ils s'en souviennent certainement. Nul, je crois ne met en doute la lucidité de cet esprit. Que d'illustres personnalités ont visité la Chine qui ne lui arrivent pas à la cheville ! »
Le Monde (France), 10 janvier 1976, p. 4.
S.A., « La mort d'un homme et la poursuite d'une politique »
«...Si Mao Tsé-toung, aujourd'hui âgé de quatre-vingt-deux ans, continue à contrôler toute la politique chinoise, il est certain que depuis quelques années, cette politique était d'abord l'affaire de Chou En-laï. Il a su faire revenir au premier plan certains dirigeants écartés par la révolution culturelle, dont Teng Hsiao-ping, premier vice-Premier ministre qui, normalement, devrait lui succéder. Mais Teng a soixante et onze ans. Il appartient à la génération de ces vétérans de la révolution dont Mao et Chou sont les plus illustres représentants. En outre, si les éléments radicaux qui ont appuyé la révolution culturelle ont accepté la « modération » de Chou-En laï, ils sont susceptibles de créer des difficultés au successeur que celui-ci s'est désigné. De plus, Teng Hsiao-ping n'a ni la souplesse ni le charme de Chou. (...) Dans l'ombre prestigieuse de Mao se nouent sans doute des intrigues pour la succession du chef du gouvernement. Mais à Pékin les choses mûrissent lentement et la mort de Chou En-laï ne devrait entraîner aucun changement spectaculaire dans l'immédiat. La politique chinoise elle-même n'a pas d'autre voie que celle que Chou lui a tracée. »
Jeune Afrique (France), 23 janvier 1976, p. 53.
Georges Vigny, « Chou En Lai ou la fin de l'obscurité »
«...Si jumelage a jamais signifié plus qu'association sans être intégration, c'est bien dans cette communauté de pensée MAO-CHOU qu'on en trouve la plus éloquente illustration. Mao pensait la Chine, mais c'est Chou qui faisait la Chine, donnant du contenu à la théorie, l'adaptant au delà même de la pensée originelle aux réalités concrètes et luttant pour que cette pensée prévale. (...) c'est le même Chou En Lai qui a rendu possible le dégel entre Pékin et Washington ; cet homme qui disait de Henri Kissinger que c'est le seul Américain capable de parler trente minutes sans rien livrer de sa pensée. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si la disparition de Chou En Lai entraînera un changement de stratégie de Pékin vis-à-vis de Moscou et de Washington. (...) Peut-on dire (...) du dégel sino-américain qu'il est irréversible ? Apparemment, oui. (...) C'est en ce sens que l'hommage rendu hier par Richard Nixon prend toute sa signification. Voulant sans doute rappeler qu'il n'est pas seulement l'homme du Watergate mais aussi celui de la réconciliation avec la Chine., M. Nixon a déclaré que Chou En Lai restera l'homme « qui a aidé à mettre fin à l'obscurité ». »
Le Devoir (Québec, Canada), 9 janvier 1976, p. 4.
Gilles Boyer, « La mort de Chou En Lai »
«...La Chine avec la mort de Chou En Lai, perd un leader d'une exceptionnelle valeur. Si Mao Tsé Toung a pris depuis le début du régime une figure véritablement mythologique, d'ailleurs soigneusement orchestrée pour galvaniser les masses, Chou En Lai n'a cessé à travers les péripéties houleuses survenues en Chine depuis vingt-six ans d'être le second du « grand timonier ». La révolution, c'est bien connu, dévore ses propres enfants ; considérés tour à tour comme numéro 2 dans le régime et successeurs éventuels de Mao, Lin Piao et So chi, devenus « traîtres » du jour au lendemain, connurent cette dure loi. Sorte de Talleyrand du régime Chou En Lai y échappa, même si au cours de la révolution culturelle il ne fut pas exempt des excès idéologiques des gardes rouges. (...) La mort de Chou En Lai, conjuguée au vieillissement des leaders chinois en postes, laisse planer toutes les interrogations quant à l'orientation future du régime. D'autant plus que l'Empire du milieu, qui représente le quart de l'humanité, risque sous la poussée d'une nouvelle génération de leaders révolutionnaires d'accentuer son sino-centrisme. Sans le rejeter complètement, on peut penser que Chou En Lai savait tempérer au moment propice. »
Le Soleil (Québec, Canada), 10 janvier 1976, p. 4
S.A., « Tough new man in Peking »
«...Yet Chou's death raises important questions about China's future. How long will the succession he so patiently stage-managed endure ? Will Teng (Hsiao Ping) and his fellow bureaucrats carry on Chou's moderate policies ? Most important of all to those outside China, will Chou's belief in cautious détente with the US, Japan and Western Europe, and his remitting hostility toward the Soviet Union continue to guide foreign policy ? As long as Chou remained alive, even gravely ill on hospital bed, the policies pursued by Teng Hsiao Ping bore the stamp of the Premier's authority. For many world statesmen - notably including Henry Kissinger - Chou personified what they would like China to be : reasonable, flexible, nonaggressive. With the Premier's death, China lost half of the remarkable team that symbolized the People's Republic both to its own people and to those outside. Now only Mao remains, mentally alert at 82 but frail slack-jawed and slurred of speech. (...) »
Time (édition canadienne), 19 janvier 1976, p. 22.
Gouvernance et gouvernement [ 8 janvier 1976 ]
Pays | Niveau de démocratie | Chef de l'État | Chef du gouvernement |
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![]() | Faible | Zhu De | Hua Guofeng |
Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).