6 avril 2025
24 décembre 1999

Renversement du président Henri Konan Bédié en Côte d'Ivoire

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde


Général Robert Guéi

À la suite d'une tentative du président Henri Konan Bédié de prolonger son mandat présidentiel par une réforme constitutionnelle, la Côte d'Ivoire est secouée par un coup d'État militaire qui permet à l'ancien général Robert Gueï de prendre le pouvoir. Ce renversement entraînera une longue période d'instabilité politique.

Ancienne colonie française, la Côte d'Ivoire était considérée comme un pays prospère et paisible. Toutefois, l'arrivée au pouvoir du président Henri Konan Bédié, en 1993, attise les tensions. En 1995, il met sur pied une politique raciale fondée sur « l'ivoirité », établissant une distinction entre les Ivoiriens de souche et les « étrangers ». Cette politique lui permet d'écarter de l'élection présidentielle Alassane Ouattara, un opposant politique, en évoquant son origine burkinabé. Cette décision suscite la colère de l'opposition. Par la suite, le président démet le général Robert Gueï de ses fonctions, ce dernier refusant d'envoyer l'armée contre les groupes d'opposition. Le 24 décembre 1999, une vague de mécontentement chez des militaires est à l'origine d'un coup d'État qui permet à l'ancien général de renverser le président et de prendre le contrôle du pays. Un Comité national de salut public est formé et Gueï fait la promesse de respecter le système démocratique en tenant des élections le plus tôt possible. Pour sa part, le président déchu fuira vers le Togo, puis vers la France. Le général Gueï tiendra sa promesse et une élection présidentielle aura lieu en Côte d'Ivoire le 26 octobre 2000. Le président sortant s'inclinera finalement dans la controverse devant Laurent Gbagbo du Front populaire ivoirien.

Dans les médias...

Pierre Prier, « Les coulisses du coup d'État »

«...L'histoire du putsch reste à écrire. Le général, qui affirmait encore avoir été coopté par les mutins à la suite d'une action spontanée, a été vu à Paris, en visite privée, une quinzaine de jours avant le renversement du pouvoir. Une coïncidence, peut-être. Mais les milieux du renseignement militaire, qui connaissent bien l'Afrique et ses hommes, pouvaient difficilement ignorer le mécontentement de l'armée. Ni les rumeurs qui couraient à Abidjan et à Paris. Depuis des semaines, l'un des ministres ralliés répétait prophétiquement en privé : « ce qui pourrait nous sauver, c'est une intervention des militaires ». De nombreux « Houphouëtistes », nostalgiques de l'ancien président, pourraient bien avoir lâché Bédié il y a quelque temps déjà. Quoi qu'il en soit, le coup d'Etat en douceur représente un véritable séisme pour l'Afrique francophone. Sans heurt ou presque, sans un mort, un pouvoir « stable » s'est effondré, salué par une condamnation de principe de la France, véritable « service minimum » de la protestation. Henri Konan Bédié n'a sans doute rien vu venir. Enfermé dans ses certitudes, dans son arrogance, disent certains de ceux qui le connaissent, l'ex-président s'est cru chef d'Etat dans les années 70. « Grandi dans l'ombre d'Houphouët-Boigny, il avait voulu imiter son modèle », dit un observateur. »

Le Figaro (France), 27 décembre 1999, p. 1 et 2.

Karine Gantin, « Que devient le modèle ivoirien »

«...Quel que soit l'angle sous lequel est examinée l'actualité récente, la chute du président Bédié n'a rien de démocratique. Et si la société ivoirienne s'est assez vivement manifestée par divers mouvements politiques et sociaux au cours des derniers mois (défilés pro-Ouattara, grèves massives d'étudiants, boycott des livraisons de cacao par les planteurs en colère), ce n'est pas cette société, demeurée passive ces jours derniers, mais seulement une poignée de soldats mutins, qui a renversé le régime. Les espoirs démocratiques exprimés ne sont pourtant pas infondés. D'abord, le Comité de salut public mis en place n'est pas isolé politiquement, mais au contraire, au cours d'un réseau de connexions, de plus en plus dense, qui le relie aux différentes sphères politiques, ethniques, sociales. Sans compter sa promesse de mettre rapidement en place un gouvernement provisoire multipartite. Mais surtout, après la lente dérive xénophobe des derniers mois, orchestrée par l'ex-président Bédié, la population ivoirienne se trouve à nouveau rassemblée dans une perspective pluriethnique, - et en est visiblement ravie. »

L'Humanité (France), 27 décembre 1999, p. 11.

Stéphane Dupont, « Côte d'Ivoire : un coup d'État surprise met à bas sans peine un régime discrédité »

«...Peu aimé, en quête d'un projet susceptible de lui apporter le soutien inconditionnel des ethnies chrétiennes du centre et du sud du territoire dont il était issu, Henri Konan Bédié avait fini par faire de l'« ivoirité » et de la suspicion à l'égard des populations musulmanes du Nord un véritable fonds de commerce. Une exacerbation des tensions ethniques - toujours latentes - qui aurait pu conduire à une guerre civile. Le président destitué donnait de plus en plus l'impression de vouloir se maintenir au pouvoir coûte que coûte, de n'aller aux urnes qu'avec l'assurance de l'emporter. A la grande satisfaction de ses innombrables conseillers et de ses ministres, souvent accusés de détournements de fonds publics et de corruption. Une petite clique, aux postes de commandes depuis souvent plus d'une décennie et bien décidée à continuer à profiter le plus longtemps possible du système, sans se soucier outre mesure de l'intérêt national. »

La Croix (France), Les Échos (France) 27 décembre 1999, p. 6.

Donald G. McNeil jr., « Ivory Coast's Leader Offers Signs of Democratic Revival »

«...French leaders portrayed Mr. Bedie as the first major casualty of France's new policy of nonintervention in its former African colonies. Long after England, Portugal and Belgium had given up doing so, France had been willing to use troops to thwart coups and tribal fighting, and to instruct its central bank to bolster currencies. Because it was relatively stable and prosperous, Ivory Coast, along with Senegal and Gabon, was viewed as a cornerstone of French policy toward its former colonies. But even though Mr. Bedie enjoyed support in the inner circle of President Jacques Chirac, there was a worry that his policies could split the country and set off a civil war. In the end, he was offered the minimum: protection from mobs, a dignified getaway and an offer of asylum in France. « There's no longer any question of interfering in internal political debates, no longer any question of maintaining this or that leader against the popular will, » said Charles Josselin, the French minister of cooperation. This could be interpreted, he added, as « a signal » to African leaders « who don't respect democratic rights. »»

New York Times (États-Unis), 28 décembre 1999.

Gouvernance et gouvernement [ 24 décembre 1999 ]

Pays Niveau de démocratie Chef de l'État Chef du gouvernement
flagCôte d'IvoireFaibleRobert GuéiRobert Guéi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

Profil Gouvernants Démocratie Partis politiques
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