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30 janvier 1972

Manifestation à Londonderry (Bloody Sunday), en Irlande du Nord

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Edward Heath

Une marche organisée par la Northern Ireland Civil Rights Association (NICRA) pour protester contre les mesures d'internement arbitraire tourne à la tragédie lorsque des soldats britanniques ouvrent le feu sur les manifestants, causant 13 morts et 14 blessés.

Les catholiques et les protestants d'Irlande du Nord sont profondément divisés sur la question de l'unification politique à la République d'Irlande (EIRE) dont la population est majoritairement catholique. Le débat se radicalise à la fin des années 60 et 70, provoquant de nombreux affrontements et l'intervention de l'armée britannique. Le 30 janvier 1972, des parachutistes ouvrent le feu lors d'une marche organisée par le mouvement pour les droits civiques et tuent 13 manifestants (« Bloody Sunday »). Malgré la promesse d'une enquête, la situation s'envenime. L'ambassade britannique à Dublin est incendiée et une autre marche attire 30 000 catholiques à Drury. Le 24 mars, le premier ministre britannique, Edward Heath, suspend le Parlement d'Irlande du Nord et impose l'autorité de Londres pour un an par l'intermédiaire du secrétaire d'État William Whitelaw. La violence se poursuivra malgré une tentative d'apaisement et la signature d'un accord à Sunningdale, en décembre 1973, entre Britanniques et représentants d'Irlande du Nord et du Sud.

Dans les médias...


Georges Henein, «Le feu aux poudres»

«...Comme dans les tragédies shakespeariennes, l'Angleterre contemple avec étonnement une flaque de sang. Ce sang -celui des catholiques irlandais hostiles à la présence britannique en Ulster- ses soldats l'ont fait couler, le 30 janvier, dans une fusillade aveugle (...) Londonderry a mis le feu à un tonneau de poudre oublié là depuis cinquante ans. L'Angleterre avait cru se débarrasser du problème en accordant à la majorité des Irlandais indépendance et souveraineté. Il en restait, dans le Nord, un demi-million à ses trousses. Comme toutes les partitions, celle de l'Irlande a engendré non pas des résignés, mais des révoltés. «Les Anglais à la porte ! hurlaient, mercredi, les gens de Dublin. Le Sud et le Nord ne font qu'un.» Pour M. Heath, au moment où il s'engage en Europe, la guérilla irlandaise est un combat de retardement, une bataille du passé. Il ne peut se permettre de sacrifier le bon renom de l'Angleterre dans une guerre des deux Irlandes. Il lui en coûterait beaucoup trop de la gagner.»

L'Express (France), 7 au 13 février 1972, p. 26.

René Backmann, «Treize morts qui changent l'histoire»

«...Les conséquences immédiates de la mort de treize jeunes catholiques, le dimanche 30 janvier, à Londonderry, sous les balles des parachutistes britanniques, ont été relativement mineures : le retrait de l'ambassade d'Irlande à Londres est symbolique et les Anglais feront, aux frais d'ailleurs du gouvernement irlandais, reconstruire leur ambassade à Dublin, entièrement détruite par le feu, le 1e février, sous les huées de la foule. Mais, ce qui a changé vraiment, c'est l'attitude des Irlandais jusqu'à présent non engagés, dont la fusillade de Londonderry a enfin cristallisé l'opinion. La foule de trente mille personnes qui suivait la destruction de l'ambassade, à Merrion Square, comme on aurait suivi un match de football, n'était pas composée de militants de l'I.R.A. Il y avait là des bourgeois, des travailleurs encadrés par leurs syndicats, des étudiants, des apolitiques pour qui les morts de Londonderry avaient eu enfin le mérite de rendre actuel et immédiat un conflit qui, jusqu'à présent, était lointain : psychologiquement, la conséquence est incalculable et rend plus probable un dénouement dramatique et rapide du conflit. Il y a des morts qui changent l'histoire.»

Le Nouvel Observateur (France), 7 février 1972, p. 28.

Jean-Claude Leclerc, «Le «massacre» de Londonderry»

«...Les interventions dramatiques du premier ministre de l'Eire ne doivent pas faire illusion. Ce n'est plus seulement la paix dans le nord de l'île que le gouvernement de Dublin cherche à rétablir avec de plus en plus d'inquiétude, c'est sa propre stabilité qu'il tente de protéger. Il est probable en effet que l'IRA a depuis dimanche gagné du terrain non seulement en Ulster mais, non moins significativement, dans l'Irlande «libre». Tout comme Londres s'enlise avec ses troupes dans cette portion du Royaume-Uni, Dublin glisse imperceptiblement mais irrésistiblement vers la même fondrière derrière les pas des «terroristes». Si aucun État ne peut intervenir d'autorité dans le drame actuel, il faut souhaiter que les trois capitales immédiatement intéressées, tout en pressant la formulation d'une solution politique, accepte d'en confier la mise en application à d'autres «forces de l'ordre». Autrement, la haine gagnant partout du terrain, il ne sera plus possible de vivre dans les Six comtés : l'Irlande et la Grande-Bretagne devront faire place aux réfugiés de l'une et l'autre communauté.»

Le Devoir (Québec, Canada), 1e février 1972, p. 4.

Éditorial

«...Why do the British not pack up and withdraw their troops? The question comes up repeatedly. Why not let Catholics and Protestants settle it among themselves, since both seem to have such enthusiasm for street warfare? The first answer is that a civilized government does not leave its people, however misguided, at each others' mercy. The second and longer answer is that Britain could not stomach the local regime that would emerge. It seems altogether likely that the Protestant two-thirds would win, under the most repressive and violent kind of leadership. It would be the South African principle of governance brought home with the additional confidence of a true numerical majority at the polls. Another possibility is direct rule from London, abolishing the Protestant-dominated provincial government of Northern Ireland. There is not much doubt that the Protestants would react violently at this threat to their supremacy. But that danger will have to be confronted eventually in any case, and affairs appear to have reached a state in which any action is better than none.»

The Washington Post (États-Unis), 5 février 1972.

Gouvernance et gouvernement [ 30 janvier 1972 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIEdward Heath

Irlande
ÉlevéEamon de ValeraJohn (Jack) Mary Lynch

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1967 - 1977



mars
1970
Proclamation de la République de Rhodésie

juin
1970
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement conservateur dirigé par Edward Heath

juin
1970
[Résultats] Élections législatives

janvier
1972
Déclenchement d'une grève des mineurs au Royaume-Uni

mars
1972
Suspension du Parlement d’Irlande du Nord et entrée en vigueur de l’administration directe par Londres

janvier
1973
Entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark dans la CEE

février
1974
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

février
1974
[Résultats] Élections législatives

octobre
1974
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

octobre
1974
[Résultats] Élections législatives

juin
1975
Référendum au Royaume-Uni sur le maintien de l’adhésion à la Communauté économique européenne

juin
1976
Proclamation de l'indépendance des îles Seychelles

décembre
1977
Remise du prix Nobel de la paix à Amnistie internationale


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