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25 octobre 1997

Accession de Denis Sassou-Nguesso à la présidence de la République du Congo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Denis Sassou-Nguesso

Après quatre mois de combats intenses et meurtriers, le président de la République du Congo, Pascal Lissouba, est renversé en octobre 1997. Le 25, l'ex-président Denis Sassou-Nguesso lui succède. La lutte armée se poursuivra toutefois avant qu'un accord de paix ne soit conclu à Brazzaville le 29 décembre 1999.

Les élections multipartites de 1992 et 1993 marquent un virage démocratique en République du Congo. Des différends majeurs avec l'opposition s'expriment cependant après les législatives de 1993. Les leaders de l'opposition contestent la légitimité du président Pascal Lissouba et de son Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS). Les milices de l'ex-président Denis Sassou-Nguesso (Cobras) et de Bernard Kolélas (Ninjas) entrent en lutte avec Lissouba qui compte pour sa part sur les Cocoyes et des Zoulous. Des conflits armés ont lieu, faisant des milliers de morts. Sassou-Nguesso continue sa lutte. À l'approche de l'élection présidentielle de juillet 1997, les troupes gouvernementales font une offensive contre les Cobras de Sassou-Nguesso dans la capitale, Brazzaville. Malgré des pourparlers de paix, le conflit s'intensifie, faisant des morts et des dizaines de milliers de déplacés. Des Français et des Américains interviennent même pour évacuer des ressortissants menacés par le conflit. Le gouvernement profite de l'appui des Ninjas de Kolélas, qui devient premier ministre en septembre. Sassou-Nguesso obtient pour sa part le soutien de troupes et d'avions angolais qui font peser la balance en sa faveur. En octobre, Lissouba quitte son poste et le pays alors que Brazzaville, devenue un champ de bataile, et Pointe-Noire passent aux mains des forces de Sassou-Nguesso. Ce dernier se proclame président le 25 octobre. Il abroge la Constitution de 1992, forme un Conseil national de transition et parle de tenir des élections, sans préciser d'échéance. Une accalmie est suivie par la reprise de combats sanglants avec les milices de l'opposition. Le gouvernement reprendra graduellement le contrôle du pays avant qu'une entente de paix ne soit signée à Brazzaville le 29 décembre 1999.

Dans les médias...


Arnaud de La Grange, « Le retour du général président »

«...Après l'« agression inqualifiable » du président Lissouba, qui a envoyé la force publique à son domicile, il lance ses Cobras dans la bataille. Aussitôt, le camp gouvernemental l'accuse d'être soutenu par Elf qui trouverait ses prélèvements sur la rente pétrolière plus raisonnables et l'Élysée. Ces soutiens restent à prouver. Dans ces troubles conflits, les fantasmes rivalisent avec la désinformation. Nul doute cependant que l'ex-camarade président a gardé à Paris de solides soutiens. « On préfère discuter avec ce général aux idées structurées plutôt qu'avec Pascal Lissouba, le fumeux professeur en génétique aux réactions imprévisibles », reconnaît un « consultant » français proche du dossier. Une chose est certaine : pour faire pièce aux « mercenaires israéliens, ukrainiens et aux guérilleros de l'Unita » engagés aux côtés de Lissouba, Sassou-Nguesso a trouvé de précieux alliés au Tchad et en Angola. Sa victoire militaire doit beaucoup à la générosité du président Dos Santos. Son talent d'organisateur a fait le reste. Après Matthieu Kérékou au Bénin et Didier Ratsiraka à Madagascar, Sassou-Nguesso est le troisième des « présidents rouges » débarqués par les processus démocratiques du début de la décennie à retrouver le pouvoir. Mais Kérékou et Ratsiraka sont arrivés par les urnes. Sassou-Nguesso, lui, vient de conquérir Brazzaville par les armes. Contraint et forcé, affirme-t-il. Il lui reste à montrer ce qu'il compte faire de sa victoire. »

Le Figaro (France), 17 octobre 1997, p. 3.

Vincent Hugueux, « Le brut et les truands »

«...Remportée par Denis Sassou Nguesso, la guerre du Congo a vu s'affronter mercenaires, francs-maçons et conseillers en image. Avec, en filigrane, un enjeu colossal: le magot pétrolier. Quel lien mystérieux peut bien unir, au son du canon, un stratège pétrolier, un mercenaire franco-serbe, un pilote d'hélicoptère kirghiz, un fantassin angolais, un dignitaire franc-maçon, un conseiller en communication et un tailleur sénégalais? Quel théâtre, fût-il d'ombres, ose encore héberger une troupe aussi étrange? Bienvenue dans le marigot congolais, au confluent de l'Afrique d'hier, dont on connaît les maux, et de l'Afrique de demain, dont on devine les angoisses. Quatre mois durant, tandis que sur l'avant-scène tonnaient les armes, cette faune bigarrée s'est agitée dans la coulisse. Pour l'ex-président Denis Sassou Nguesso (« DSN »), victorieux de son successeur, Pascal Lissouba, voici venue l'heure du triomphe militaire. Et pour les autres celle des comptes: Brazzaville dénombre à grand-peine ses morts (de 5 000 à 10 000), Paris soupèse les mérites de la non-ingérence et Elf s'échine à préserver son pactole. Quant aux marchands de vent et d'images qui peuplent les antichambres des potentats du continent, ils boivent au prochain contrat. À commencer par ceux qui, au Congo, ont misé sur le bon cheval de retour. »

L'Express (France), 23 octobre 1997, p. 99.

Béchir Ben Yahmed, « Ce que je crois »

«...Alors qu'au Niger, le général Maïnassara, qui n'a pourtant pas fait tuer, a vu se dresser contre son coup d'État, un peu partout et d'abord à Paris - au nom de la démocratie bafouée - , bien des oppositions, Sassou, lui, a été reconnu, à Washington et à Paris, comme le nouveau chef avant même que Lissouba ait quitté le pays et que lui-même ait été intronisé par les institutions de son choix. Pétrole ? Savoir-faire ? Lassitude ? Les trois à la fois, sans doute. Et l'impression - justifiée - que le Congo va avoir à sa tête un chef expérimenté, connu à l'intérieur et à l'extérieur, qui a commis, dans le passé, des erreurs, mais a beaucoup appris. N'a-t-il pas confié, dans Jeune Afrique du 21 au 27 mai 1997, à Sennen Andriamirado : « J'ai beaucoup changé ! » De fait, la victoire acquise, que voit-on ? Un homme qui procède avec circonspection, dit les mots et fait les gestes que l'on attend d'un chef, évite (presque tous) les excès, se comporte comme l'homme d'État qu'il semble être devenu. Dommage que pour en arriver là, le Congo, pays de violence, ait dû en passer par cinq mois de folie...»

Jeune Afrique (France), 20 octobre au 4 novembre 1997, p. 5.

Francis Laloupo, « Lendemains de victoire »

«...Non seulement Lissouba n'a pas la réputation d'être un idéaliste révolutionnaire capable de susciter l'adhésion des consciences africaines, mais encore les interlocuteurs du dirigeant congolais ont fini par s'inquiéter définitivement de l'agitation « diplomatique » d'un homme qui prenait des airs de petit Néron pour lequel le pouvoir valait bien l'embrasement des Grands Lacs. La crise congolaise, devenue juste avant la fin de la guerre un véritable bourbier, se nourrissait des délires les plus inattendus... Les singuliers contours de ce conflit, de même que le contexte qui l'a nourri, ont amené la communauté internationale à afficher une sorte de « compréhension » à l'égard de Sassou Nguesso, adversaire armé d'un président qui rappelait jusqu'à plus soif qu'il avait été « démocratiquement élu ». Une telle attitude des nations fera date dans la mesure où elle fixe, de manière informelle, le principe selon lequel une élection, fut-elle démocratique, ne constitue pas un blanc-seing accordé à un homme pour justifier tous ses égarements. Et ce, d'autant moins encore si celui qui est au pouvoir provoque de lui-même, par ses actes et sa politique, une rupture morale avec ceux qui l'ont élu. Pascal Lissouba, malgré son « élection », en est arrivé à rendre la primauté de son pouvoir rédhibitoire aux yeux d'une communauté internationale qui, avec un exceptionnel empressement, a pris acte, quelques heures seulement après la victoire de Sassou Nguesso, de la primauté de ce dernier. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), novembre 1997, p. 9.

Gouvernance et gouvernement [ 25 octobre 1997 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Congo
FaibleDenis Sassou-NguessoBernard Kolélas

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1987 - 2007



août
1992
Élection de Pascal Lissouba à la présidence de la République du Congo

octobre
1997
Accession de Denis Sassou-Nguesso à la présidence de la République du Congo


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