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9 février 1984

Décès du leader soviétique Iouri Andropov

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Iouri Andropov

Quinze mois après qu’il ait succédé à Leonid Brejnev, le secrétaire général du Comité central du Parti communiste soviétique (PCUS), Iouri Andropov, décède le 9 février 1984 des suites d’une longue maladie. Celui qui est élu pour le remplacer, le septuagénaire Konstantin Tchernenko, est un vétéran du PCUS perçu comme un leader de transition.

La mort de Leonid Brejnev, le 12 novembre 1982, met fin à son règne de plus de 16 ans à la tête du Comité central du PCUS, l’instance politique la plus élevée du pays. Konstantin Tchernenko, un proche du défunt, est considéré comme un de ses successeurs potentiels. C’est cependant Iouri Andopov, un ex-président du KGB, le principal service de renseignement du pays, qui accède au pouvoir. Celui-ci a joint le PCUS en 1939 et occupe par la suite une foule de postes, dont celui d’ambassadeur en Hongrie ou moment de l’insurrection écrasée de 1956. Andropov devient secrétaire général dans un contexte tendu sur le plan international, avec le retour de la guerre froide avec les États-Unis de Ronald Reagan. Sur le plan intérieur, il veut revigorer l’économie en s’attaquant à des problèmes minant la productivité des travailleurs soviétiques (corruption, alcoolisme, absentéisme, etc.). L’état de santé d’Andropov est toutefois sujet à spéculations. Il se fait discret à partir d’août 1983, n’apparaissant même pas lors des importantes cérémonies commémorant la révolution du 25 octobre 1917. Il meurt le 9 février 1984, après un court règne d’environ 15 mois. Quatre jours de deuils sont décrétés alors que des représentants d’une centaine de pays se déplacent à Moscou pour les funérailles, le 14 février. Une rencontre a lieu entre le vice-président des États-Unis, George Bush, et Konstantin Tchernenko, qui a été élu le 13 février pour succéder à Andropov comme numéro 1 du régime. Le vice-premier ministre chinois Wan Li assiste également aux funérailles. Le 2 mars, Tchernenko, qui à 72 ans est considéré comme un leader de transition, prononce un discours télévisé. Il souhaite poursuivre le travail d’Andropov en politique intérieure et de meilleures relations avec la Chine et les États-Unis. Tchernenko manquera cependant de temps. Il décède le 10 mars 1985, un an après son arrivée au pouvoir.

Dans les médias...


Alain Besançon, « Mort d’un cadavre »

«...Andropov, d’abord, a présidé à une innovation politique importante : l’engagement massif et direct du pouvoir soviétique dans le terrorisme international. Ses services ont fourni à celui-ci un appui logistique, des refuges, des camps d’entraînement, des armes. Ils ont déterminé de concert certaines cibles. L’attentat contre le Pape a été la plus spectaculaire. Andropov, ensuite, a relevé le niveau de peur et de haine dans la vie quotidienne soviétique. Il a fermé plus hermétiquement les frontières. Il a édicté des lois stipulant qu’il n’y a pas de loi. Ainsi celle qui autorise le chef d’un camp de concentration à prolonger la peine d’un détenu. Il a créé des bureaux de district du K.g.b. afin de « rapprocher le K.g.b. du peuple », comme l’écrit Michel Heller («Est-Ouest », décembre 1983). Il a créé dans la milice des sections politiques qui surveillent la milice, laquelle surveille les citoyens. Il a haussé le degré de haine routinière contre l’« impérialisme américain » et le « sionisme juif ». Enfin, Andropov a créé un léger appel d’air dans le Parti en épurant une fraction des cadres supérieurs. Cela ouvre une carrière aux ambitieux, fait trembler les gens en place, et réjouit la masse des sujets qui aime voir tomber les têtes. Andropov a donc serré la vis et pressé le citron : à cela se borne le bilan de celui que l’Occident avait salué comme un grand libéral et comme un réformateur. »

L’Express (France), 24 février 1984, p. 29.

S.A., « Un règne ébauché »

«...Arrivé au sommet de la hiérarchie communiste à l’âge de soixante-huit ans, Iouri Andropov ne pouvait être qu’un secrétaire général de transition. Du moins était-il en droit d’espérer rester assez longtemps au pouvoir pour rompre avec les mauvaises habitudes prises dans les dernières années du règne de Brejnev, le laisser-aller et la corruption de l’économie. Voulait-il aller plus loin, promouvoir une réforme en profondeur du système sclérosé qui empêchait le développement des forces productives mais dont les fondateurs du communisme avaient fait un dogme? La question restera sans réponse. Les décisions prises par Iouri Andropov depuis qu’il avait succédé à Leonid Brejnev en novembre 1982 ne plaident pas pour une réponse positive. Sans doute le secrétaire général devait-il compter avec la vieille garde des apparatchiks qui auraient certainement préféré voir le vieux Tchernenko au secrétariat général, mais rien, dans ses propres déclarations, ne confirmait cette volonté réformatrice dont ses thuriféraires le gratifiaient lors de son avènement. La campagne de discipline, la reprise en main idéologique, la lutte incessante contre les dissidents et les contestataires, laissent plutôt penser que Iouri Andropov, qui avait dirigé pendant quinze ans le KGB, faisait plus confiance aux méthodes administratives et policières qu’à une libéralisation même timide. »

Le Monde (France), 11 février 1984, p. 1.

Jean-Claude Leclerc, « Youri V. Andropov »

«...Le vieillissement, sinon la crise latente, qui caractérise le Kremlin depuis plusieurs années, va donc continuer de marquer le leadership soviétique. Certes, la direction du grand État socialiste est d’abord collégiale, et ne dépend plus, comme sous Staline, de la volonté d’un seul homme. Mais la succession n’est pas pour autant plus facile à résoudre. À la fois pour consolider son pouvoir et implanter son orientation, Youri V. Andropov, tout en ménageant l’équipe déjà en place, avait lancé une campagne contre la corruption et le laxisme dans la machine de l’État et l’appareil du parti, et ouvert les portes du pouvoir supérieur aux technocrates des plus jeunes générations. On ne saura jamais si ce mouvement visait à de profonds changements dans la société soviétique, ou simplement à la consolidation d’un nouveau pouvoir. Les écoles divergent. Pour certains, Andropov restait un exécutant; pour d’autres, il fut élu en raison du bref mandat qu’il pouvait supporter, en attendant que la vieille garde se succède à elle-même. »

Le Devoir (Québec, Canada), 11 février 1984, p. 14.

John Kohan et al., « End of a Shadow Regime »

«...Whatever misgivings they might have had about him, after watching Brezhnev’s painful, protracted decline, many had hoped that Andropov, at 69, would project an image of strength and vigor. But soon after taking office, he too displayed the tell-tales signs of serious illness and completely disappeared from public view for his final 175 days in power. Muscovites who strolled in the streets last weekend appeared pensive and subdued as they paused to watch workmen drape red and black banners from public buildings and hang hammers-and-sickle flags trimmed in black from lampposts. There were few open displays of grief. Andropov was neither loved nor hated by most of his countrymen, and would be remembered less for what he had done than for what he had left undone. He was unable to carry through his modest efforts to revive the economy. Though he had made some headway in invigorating the party bureaucracy, he may have left behind a Politburo divided along generational lines. The late Soviet leader had kept his nation’s military strong, but his countrymen now felt more threatened than ever. At their bluntest, Muscovites reflected that in death Andropov had at least spared them further months in which they would wait and wonder how long the Soviet Union could be governed by a shadow leader. »

Time (États-Unis), 20 février 1984, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 9 février 1984 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
FaibleVassili KouznetsovNikolai Tikhonov

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1979 - 1989



juillet
1980
Boycott des Jeux olympiques de Moscou par des pays occidentaux

novembre
1982
Décès du leader soviétique Leonid Brejnev

février
1984
Décès du leader soviétique Iouri Andropov

mars
1985
Accession de Mikhaïl Gorbatchev à la tête du Parti communiste soviétique

novembre
1985
Ouverture du Sommet de Genève entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan

février
1986
Ouverture du XXVIIe Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique

avril
1986
Explosion d'un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl

décembre
1989
Rencontre entre le pape Jean Paul II et le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev


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