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23 avril 2018

Démission du président arménien Serzh Sargsyan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

La volonté de l’ex-président arménien Serzh Sargsyan de continuer à diriger le pays comme premier ministre provoque un mouvement de contestation populaire. Il même à sa démission, le 23 avril 2018, et à l’accession à ce poste de Nikol Pashinyan, un leader de l’opposition qui s’engage à tenir des élections précipitées.

Après avoir été premier ministre de 2007 à 2008, puis président de 2008 à 2018, Serzh Sargsyan doit renoncer à ce poste après deux mandats afin de respecter la Constitution. Il redevient premier ministre le 17 avril 2018. Ce geste suscite le mécontentement, car depuis les changements à la Constitution, approuvés par référendum le 6 décembre 2015, c’est maintenant le chef de gouvernement qui détient les pouvoirs les plus importants. Face à ce qu’elle perçoit comme un coup de force de Sargsyan, l’opposition se mobilise. Des foules énormes se réunissent pour protester contre cette manœuvre, mais aussi contre la corruption et des politiques néolibérales qui ne jugulent ni le chômage ni les inégalités. Les contestataires, auxquels se joignent des militaires non-armés, font des sit-in, des grèves et de la désobéissance civile, demandant plus de libertés ainsi que des ouvertures démocratiques. Des arrestations sont effectuées. Mais face à la pression, le gouvernement du Parti républicain d’Arménie (PRA), qui domine la vie politique, libère des opposants politiques, dont un de leurs leaders, l’ex-éditeur de journaux et activiste Nikol Pashinyan de l’alliance libérale Way Out. Le 23 avril 2018, Sargsyan démissionne en reconnaissant ses torts. Après l’intérim de Karen Karapetyan du PRA, Pashinyan devient premier ministre le 8 mai à la suite d’un vote de 59-42 des parlementaires. Des scènes de liesse éclatent à travers le pays, notamment sur le Square de la République, dans la capitale Yerevan. Pashinyan devra cependant composer avec une assemblée à majorité du PRA. De plus, le nouveau chef de gouvernement, qui promet de tenir des élections, s’engage à maintenir les liens avec Moscou, un allié traditionnel qui a des troupes stationnées en Arménie. Cette relation pourrait toutefois s’avérer délicate, plusieurs voix se faisant entendre pour un rapprochement accru avec l’Union européenne.

Dans les médias...


Amélie Poinssot, « Avec l’élection de Pachinian, « une nouvelle génération » émerge en Arménie »

«...Nikol Pachinian, cherchant à éviter la colère de Moscou, n'a pas fait usage de la rhétorique d'opposition Russie/UE. Il voulait aussi rester dans le cadre qu'il s'était fixé, à savoir la question de la démocratie et de la transparence à l'intérieur des frontières de l'Arménie. La population est dans l'attente de changements institutionnels, de restauration de la justice sociale : c'est à cela qu'il voulait répondre. Ce choix de ne pas jouer l'affrontement révèle aussi une grande habileté politique du personnage. [...] Le vote de ce mardi va être déterminant : si le Parlement ratifie le programme de Nikol Pachinian, ce dernier pourrait gouverner avec l'ancien parti dirigeant du HHK. Si son programme est rejeté, en revanche, il y aura des élections anticipées. Tout va dépendre de l'attitude du HHK, majoritaire : sera-t-il dans une approche constructive ? Les attentes de changement du côté de la population sont grandes, elle ne se contentera pas de beaux discours à la télé. Nikol Pachinian a une énorme responsabilité sur ses épaules et ne pourra pas se dérober. »

Mediapart (France), 7 mai 2018.

Richard Giragosian, « Une transition du pouvoir sans bouleversement géopolitique »

«...Saluons le fait qu'il [Sarkissian] s'est abstenu de recourir à la force pour rester au pouvoir. Il se pourrait cependant que cet exploit ne constitue que la partie la plus facile de la transition. Aujourd'hui, le pays doit trouver des compromis et mettre en place un nouveau gouvernement. Lors de cette « révolution de velours », à aucun moment la géopolitique n'est entrée en jeu. Ce point est notable étant donné la dualité de l'alliance stratégique avec la Russie et la permissivité inhabituelle de celle-ci. Tandis qu'aucun dirigeant de l'opposition ni aucun membre du gouvernement n'ont essayé de faire jouer la géopolitique il est fort étonnant qu'un chef loyal et soumis d'un petit pays ancré dans l'orbite russe n'ait pas été défendu par Moscou et n'ait pas tenté d'appeler la Russie à la rescousse. Contrairement à ce qui s'est passé en Ukraine ou en Géorgie, en Arménie, la transition ne repose pas sur une volte-face stratégique. Si, jusqu'à présent, les manifestations ont suivi un agenda local plutôt que géopolitique, il ne fait nul doute que des considérations stratégiques exerceront une influence sur le nouveau pouvoir à Erevan. »

Le Monde (France), 30 avril 2018, p. 23.

Sergueï Agafonov, « Arménie. Les dures perspectives du « réveil national »»

«...Ce cercle vicieux englobe tous les problèmes de ce petit pays exsangue où tout le monde sait tout sur tout le monde : le mal est partout, pas un secteur, pas un aspect de la vie qui ne soit pris dans ce cercle vicieux et rongé par la corruption. Toute tentative de changement et de recommencement va se heurter au fait que rien ne changera tout seul, mais qu'il n'y a par ailleurs ni les outils, ni les personnes pour le faire. Au reste, personne ne parle encore publiquement de cela en Arménie. Les gens croient sincèrement à la "relance" du pays et placent leurs espoirs dans les élections législatives anticipées. Le nouveau Premier ministre promet de réformer le système électoral, de mettre de l'ordre dans les listes (qui posent de nombreuses questions) et assure qu'après ce scrutin l'Arménie sera transfigurée. Les gens y croient sans réserve parce qu'ils n'ont aucune envie que tout reste "comme avant". C'est d'ailleurs ce sentiment qui fonde ce mouvement de protestation unique en son genre sur tous les plans, qui ressemble plus à une fête populaire. Son énergie est charmante. Mais cela n'efface pas les doutes sur l'avenir. Ces "lendemains de fête" qui ne seront, hélas, pas aussi formidables que la musique, les danses et les grillades auprès de barricades où s'affichait le slogan "Qu'ils s'en aillent?!" ...»

Ogoniok (Russie) dans Courrier international, 12 mai 2018.

Christian Makarian, « Arménie : la révolution douce »

«...[Pachinian] il est à la fois le porteur d'une aura - celle d'un homme qui se bat au nom des principes démocratiques depuis la première élection de Serge Sarkissian, en 2008, au prix d'affrontements qui firent alors dix morts - et le héraut d'une espérance - il a su braver le vieux système, pourtant parfaitement verrouillé, au nom des aspirations réformatrices de la jeunesse arménienne. Dans le feu de l'action, Pachinian se montre plutôt habile : il ne prend pas d'engagement chiffré et préfère mettre l'accent sur la fin de la corruption, la réduction des inégalités, la lutte contre les monopoles... [...] Son point fort reste son habileté à l'égard de la Russie. Il ne propose aucune remise en question du lien qui existe entre Moscou et Erevan, bien au contraire, il confirme les options stratégiques essentielles. A la différence des soulèvements populaires qui ont secoué la Géorgie, lors de la révolution des Roses (fin 2003), puis l'Ukraine (fin 2013 et début 2014), l'Arménie ne s'inscrit pas dans un renouvellement politique sur fond de sentiment antirusse; la contestation ne vise que la classe dirigeante au pouvoir depuis l'indépendance. Moscou a officiellement observé une forme de distance - tout en maintenant un contact étroit avec toutes les parties pour garder la main. Car l'Arménie reste très étroitement dépendante de la Russie. »

L’Express (France), 3 mai 2018.

S.A, « Armenia : Velvet Revolution, so far »

«...Mr Pashinian managed to personify Armenians' resentment against a corrupt elite. Donning Che Guevara-style fatigues, he went around the country on foot, preaching non-violent protest. By doing so, he decentralised the revolution, making it virtually impossible for the authorities to quash. In the capital he appealed to students and young people with no memories of the Soviet past, but a strong sense of dignity and justice. Mr Pashinian's brief detention doubled the size of the crowds in the streets, leading the prime minister to resign last week and perhaps making Mr Pashinian unstoppable. Crucially, the challenger avoided any subject such as ideology or geopolitics that could divide the country and antagonise Russia. Unlike the revolutions in Georgia in 2003 and in Ukraine in 2004 and again in 2014, which were fought under the slogans of joining Europe and NATO, Mr Pashinian talked strictly about internal matters like corruption and justice, which everyone can agree on. He made populist promises and pledged that Armenia will remain with Russia's security arrangements. Not a single European flag was waved in Yerevan and no slogan pronounced Armenia's European destiny. But the fear of mentioning Russia-related subjects only highlighted Russia's importance. »

The Economist (Royaume-Uni), 5 mai 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 23 avril 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Arménie
IntermédiaireSerzh SargsyanKaren Karapetian

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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