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30 décembre 2018

Élections générales en République démocratique du Congo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Les Congolais sont appelés aux urnes afin d’élire leur président. C’est Félix Tshisekedi de la coalition Cap pour le changement (CPC) qui l’emporte avec 38,6 % des voix. Ce résultat, qui annonce la première alternance démocratique en République démocratique du Congo (RDC), est cependant fort contesté par les opposants au futur président.

La RDC n’a connu que quatre présidents au cours de son histoire, dont Laurent-Désiré Kabila (1997-2001) et son fils Joseph, qui est à la tête de l’État depuis 2001. Ce dernier gagne les élections de 2006 et 2011 qui sont contestées par l’opposition. Celles de 2016 sont reportées à plusieurs reprises, alimentant les critiques à l’endroit du président, accusé de réprimer l’opposition et de diriger un régime corrompu. Le 8 août 2018, Kabila annonce finalement qu’il ne sera pas candidat, respectant ainsi la limite de deux mandats consécutifs fixée par la Constitution. Le président appuie Emmanuel Ramazani Shadary du Front commun pour le Congo, mais celui-ci est devancé dans les sondages par Félix Tshisekedi et l’homme d’affaires Marti Fayulu de la coalition Lamuka (Réveille-toi). Ce dernier a le support de plusieurs opposants à Kabila, notamment l’ex-vice-président Jean-Pierre Bemba. Après un dernier report, les élections présidentielle, législatives et aux assemblées provinciales ont lieu le 30 décembre 2018. Tshisekedi l’emporte avec 38,6 %, contre 34,8 % pour Fayulu. Ce dernier et ses partisans remettent en question la légitimité du scrutin. Même la Conférence épiscopale nationale du Congo conteste les résultats, ce que des fuites confirmeraient. Aux yeux de plusieurs observateurs, le président Kabila, jugeant la défaite de Shadary inévitable, aurait pactisé avec Tshisekedi afin de barrer la route à Fayulu. En retour, on croit que le chef de l’État sortant, qui siège à vie au Sénat, pourrait influencer le gouvernement, contrôler les pouvoirs régaliens (armée, justice, Affaires étrangères, etc.) et même aspirer de nouveau à la présidence en 2023. C’est d’ailleurs la coalition Front commun pour le Congo, celle derrière le candidat désigné par Kabila, qui détiendra la majorité à l’Assemblée nationale avec 350 sièges sur 500. Le président promet que cette alternance politique par les urnes, une première dans l’histoire de la RDC, se fera sans heurts.

Dans les médias...


Patricia Huon, « Le Congo demeure plongé dans l’incertitude »

«...La pression est montée d'un cran, ces derniers jours, sur la Céni (Commission électorale nationale indépendante), que de nombreux Congolais perçoivent comme étant sous les ordres du chef de l'État. Jeudi, la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), qui disposait de 40 000 observateurs à travers le pays, a rendu ses conclusions. L'abbé Donatien Nshole, porte-parole des évêques, « constate que les données en sa possession […] consacrent le choix d'un candidat comme président de la République » . C'est une mise en garde. Par ces mots, la Cenco affirme connaître le vainqueur de l'élection présidentielle, et être en mesure de le prouver si les résultats officiels devaient ne pas correspondre au « choix que le peuple congolais a clairement exprimé » . L'Église catholique a joué un rôle central dans la médiation de la crise politique et jouit d'un important pouvoir de mobilisation. Le pouvoir le sait. La majorité présidentielle a accusé les évêques d'intoxiquer la population et de préparer un soulèvement. La Commission électorale est la seule institution autorisée à donner des tendances ou résultats partiels. Mais le nom de Martin Fayulu, un ancien homme d'affaires, candidat d'un regroupement de partis d'opposition, circule de la rue jusqu'aux ambassades. La vraie question est la voie que vont emprunter les autorités. »

La Tribune de Genève (Suisse), 7 janvier 2019, p. 12.

Tanguy Berthemet, « RD Congo : à Kinshasa, le vote est une course d’obstacles »

«...alors que les fameuses machines à voter semblent remplir leur devoir, au moins dans les grandes villes, le problème est né des listes électorales. Dans le quartier de Limite, fief de l'opposition, près de la moitié des bureaux de vote ne les ont pas reçues à la mi-journée. Derrière les grilles fermées de l'école de Bandeko, la foule d'électeurs frustrés s'échauffe. Jean-Claude Kaminda se fait même menaçant. « Si on ne peut pas voter, on ne se laissera pas faire. On veut nous voler mais on créera du désordre. » Un officiel tente de le calmer, en vain. Cette colère après la pluie pourrait déboucher sur un tout autre mauvais temps. Ni l'opposition ni le pouvoir ne semblent envisager la défaite et, selon plusieurs ONG, le risque de violence est élevé si des tentatives de fraudes devaient être relevées. Dimanche, nul n'était encore en mesure d'apprécier la sincérité du scrutin au travers de l'immense Congo. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a mis sur pied une vaste mission d'observation, conservait le silence, ne publiant que des communiqués techniques. « Il est trop tôt. Nous ne voudrions pas que nos mots soient pris pour paroles d'Évangile », affirme l'abbé Nsholé, le secrétaire de la Cenco. Dimanche soir, quatre personnes, dont un policier, un agent électoral et deux civils, ont été tuées dans la province du Sud-Kivu (est). »

Le Figaro.fr (France), 30 décembre 2018.

Agence France-Presse, « RDC : dans l’attente des résultats, les enjeux d’une élection historique »

«...Un observateur averti relève plusieurs enjeux qui concerne toute l'Afrique centrale où les alternances sont tout autant rarissimes: « le respect du vote des électeurs, ne plus opposer stabilité et démocratie alors qu'elles sont complémentaires, cesser de penser que l'Afrique ne serait pas mûre pour la démocratie...». Spécialiste de l'Afrique centrale, le chercheur français Thierry Vircoulon ne se fait aucune illusion: quoi qu'il arrive, c'est le « dauphin » du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary, qui va être proclamé vainqueur par la Céni. Une fois devenu président, il devra cohabiter avec son prédécesseur l'ex-président Kabila, à qui la Constitution réserve un siège de sénateur à vie. « L'importance des élections du 30 décembre 2018 ne réside donc pas dans l'alternance présidentielle tant attendue mais dans la possible création par ceux qui veulent prolonger leur pouvoir d'un bicéphalisme problématique et incertain », a écrit M. Vircoulon dans un article récent. L'expert envisage plusieurs scénarii, jusqu'au renversement de Ramazani Shadary par Joseph Kabila s'il s'émancipe trop vite comme le président Joao Lourenço en Angola, qui a succédé en 2017 à Jose Eduardo dos Santos, au pouvoir pendant 38 ans, et qui a rapidement pris ses distances vis-à-vis de son ancien mentor et promis de débarrasser le pays de la corruption généralisée reprochée à ses proches. »

La Croix (France), 6 janvier 2019.

Célian Macé, « République démocratique du Congo : Tshishekedi, une « concession » dans l’espoir d’une transition? »

«...La contestation des résultats a été brutalement réprimée : deux policiers et deux civils sont morts en marge des manifestations. A Kisangani, les protestataires ont également été dispersés à coups de grenades lacrymogènes. Dans l’ensemble, pourtant, le pays n’a pas connu l’éruption de violence généralisée que prédisaient les observateurs les plus pessimistes de ce pays traumatisé par des conflits armés dévastateurs. L’Église catholique, acteur incontournable de la vie politique congolaise, a tenté d’apaiser les passions. Sa réaction a été à la fois implacable - «Les résultats tels que publiés par la Céni ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation à partir des bureaux de vote et des dépouillements», a tranché son porte-parole, l’abbé Donatien Nsholé - et conciliante - «Nous prenons acte des résultats qui, pour la première fois dans l’histoire récente de notre pays, ouvrent la voie à l’alternance au sommet de l’Etat.» Les évêques, qui avaient déployé 40 000 observateurs le jour du vote pour surveiller le scrutin, appellent «tout le monde à faire preuve de maturité civique et surtout à éviter tout recours à la violence». »

Libération (France), 10 janvier 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 30 décembre 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Congo (rep. dem.)
IntermédiaireJoseph KabilaBruno Tshibala

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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