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10 novembre 2019

Démission du président bolivien Evo Morales

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Evo Morales

Après une attente de quelques jours suivant la tenue d’élections, le président Evo Morales est donné vainqueur avec 47,1 % des voix, contre 36,7 % pour son principal adversaire, Carlos Mesa de la Communauté civique. Ce résultat est cependant remis en doute par les opposants de Morales, entraînant sa démission et son départ de la Bolivie.

Evo Morales et le Mouvement vers le socialisme (MVS) adoptent des politiques résolument à gauche à la suite de leur accession à la tête de la Bolivie, en 2006. Morales est réélu en 2009 et 2014, entreprenant alors son dernier mandat selon la Constitution de 2009. En février 2016, le pays tient un référendum afin d’amender l’article limitant un président à deux mandats. Il est défait à 51,3 % contre 48,7 %. Toutefois, une décision du Tribunal électoral suprême (TES) invalide cette disposition en décembre 2017, permettant à Morales d’être de nouveau sur les rangs en 2019. À cette occasion, un candidat centriste, l’ex-président Carlos Mesa (2003-2005), fait campagne contre l’autoritarisme, la corruption et la mauvaise gestion de Morales. Ce dernier, maintenant âgé de 59 ans, défend son bilan, louant la stabilité et la croissance économique observées sous ses mandats. Un deuxième tour s’annonce, alors que les résultats partiels du premier, le 20 octobre, placent Morales en tête avec 45,3 % contre 38,2 % pour Mesa. Pour l’emporter au premier tour, un candidat doit récolter la majorité des voix ou plus de 40 % et détenir une avance de 10 points de pourcentage sur son opposant le plus proche. Cependant, après un délai prolongé qui alimente les suspicions, l’annonce du verdict final, reconnu par le TES le 24 octobre, donne Morales vainqueur avec 47,1 % des votes, son pire score en quatre présidentielles, et 36,5 % pour Mesa. Ce dernier ne reconnaît pas ce résultat et demande un deuxième tour. Des manifestations de colère, dont certaines violentes, éclatent. On tente même de lancer une grève générale. Des demandes pour un second tour émanent des États-Unis et de l’Union européenne, entre autres, alors que des pays comme Cuba et le Venezuela appuient Morales. Afin de dénouer l’impasse, ce dernier annonce un nouveau scrutin. Puis, le 10 novembre, il quitte la présidence, avant de s’exiler au Mexique.

Dans les médias...


Sophie Dutrey, « Evo Morales, l’agitateur épris de stabilité »

«...Les commentateurs ne se font pas prier pour souligner l'ironie : Morales l'agitateur, le pionnier qui a secoué la politique bolivienne - et pas qu'en mal - joue sa réélection sur la promesse... du non-changement. [...] Aux accusations de corruption et de clientélisme, Morales a opposé un bon bilan économique et social. En quatorze ans de gouvernance, la croissance moyenne a tourné à 4,9 %, la pauvreté a reculé de 60 à 34 %, et l'analphabétisme de 13,3 à 2,4 %. Des programmes de soutien ont été mis en place pour les retraités et les mères de jeunes enfants. Les indigènes, auparavant discriminés malgré leur majorité numéraire (ils représentent 62 % de la population) ont retrouvé leur place et leur fierté dans un État plurinational qui vante sa diversité ethnique. Les économistes soulignent toutefois que la croissance, annoncée à 3,9 % cette année, a bénéficié de la conjoncture, c'est-à-dire des cours élevés des matières premières sous son ère, et déplorent que la Bolivie n'ait pas suffisamment diversifié ses industries. Une grande partie de la croissance serait désormais soutenue par l'État via le secteur public. Autre épine dans le pied du candidat Morales, son mauvais bilan environnemental, cause pour laquelle il s'était pourtant fait connaître sur la scène internationale. Sa mauvaise gestion des feux de forêts en août et septembre, qui ont vu partir en fumée plus de deux millions d'hectares, semblait pouvoir lui coûter cher à l'heure du passage aux urnes. »

Le Figaro (France), 21 octobre 2019, p. 8.

Gaël de Santis, « Evo Morales marque le pas à la présidentielle »

«...Dimanche soir, Evo Morales espérait encore que les résultats des votes dans les zones rurales, encore non parvenus, lui soient favorables pour s'éviter l'épreuve d'un second tour, le 15 décembre. [...] Car celui-ci ne serait pas joué d'avance. Carlos Mesa, un libéral qui a déjà exercé la fonction de président bolivien entre 2003 et 2005 et responsable de la seconde guerre du gaz, cherchera à transformer le scrutin en un référendum pour ou contre Evo Morales. Il pourrait ainsi rallier les électeurs des deux candidats malheureux du premier tour : l'évangéliste Chi Hyun Chung, surnommé le « Bolsonaro bolivien », qui a convaincu 8,77 % des électeurs, et un autre candidat de droite, Oscar Ortiz, 4,47 %. Ce dernier a appelé sans ambiguïté à voter Mesa, tandis que Chi Hyun Chung s'est dit ouvert au dialogue avec Mesa... à condition d'en finir avec la défense de la « théorie du genre ». Il a en outre estimé que le cycle ouvert par Evo Morales en 2005 s'était achevé. Un facteur politique s'est montré déterminant dans ce scrutin : le vote des plus jeunes. 40 % des électeurs ont moins de 30 ans et n'ont aucun souvenir des politiques libérales menées par Carlos Mesa et consorts. »

l’Humanité (France), 22 octobre 2019, p. 17.

Alice Campaignolle, « En Bolivie, l’opposition se mobilise contre la réélection d’Evo Morales »

«...il semblerait que, fraude ou pas, le divorce entre Evo Morales et une partie de ses concitoyens soit consommé. C'est un ras-le-bol général qui s'exprime depuis quelques jours, et qui enfle depuis plusieurs années maintenant, notamment depuis le référendum du 21 février 2016. « Nous lui avons dit non en 2016, non à se présenter à un quatrième mandat. Il n'en a pas tenu compte. De nouveau, on lui a dit non en 2019, et de nouveau il ne veut pas nous écouter » , explique, au coeur d'une manifestation à La Paz... Rosario Flores, une jeune retraitée. [...] Mais le chef de l'État refuse d'entendre cette colère citoyenne. « Ce sont des citadins qui refusent le vote rural et autochtone » , a-t-il dit en conférence de presse mercredi, ajoutant : « C'est une tentative de coup d'État de la droite. » Et, à chaque apparition publique, il répète son analyse à l'envi : « C'est de la discrimination, comme du temps où l'on voulait exterminer les populations originaires. » Ou encore : « Ils ne veulent pas qu'un Indien soit au pouvoir. » « Pour le président c'est "tu es avec moi" ou "tu es contre moi". Et ce discours très dichotomique entre les méchants blancs néolibéraux de droite et les pauvres autochtones qui luttent pour leurs droits, est très commode quand il s'agit de justifier des mesures controversées », juge Huáscar Pacheco, politiste, spécialiste en analyse des conflits. »

Mediapart (France), 28 octobre 2019.

Santiago Anria, Jennifer Cyr, « Is Bolivia’s Democracy in Danger? Here’s what’s behind the disputed presidential election »

«...Greater inclusion has led to an expansive social policy and increased social and economic equality — which has changed public perceptions dramatically. By 2017, public opinion surveys found that, out of all Latin American countries, Bolivia had the lowest population percentage to believe that the government was designed to benefit the powerful. Still, Morales appears unwilling to cede power, and his party appears unwilling to cultivate a new leader. People fighting in the street are questioning the integrity of Bolivian elections and challenging Morales’s legitimacy. Democracy is a system in which parties lose elections, which Morales seems unwilling to allow. The opposition framed the recent election in apocalyptic terms, arguing that defeating Morales meant a return to democracy — and that his reelection would consolidate dictatorship. Morales argued that winning would let him “deepen” democracy by continuing to promote policies that reduce social and economic inequality. Each side accused the other of endangering democracy by emphasizing different aspects of democracy. Amid increasing polarization, both aspects are in danger now. »

Washington Post (États-Unis), 30 octobre 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 10 novembre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Bolivie
IntermédiaireJuan Evo Morales Ayma

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



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