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25 octobre 2019

Manifestations d’envergure contre le gouvernement au Chili

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Sebastián Piñera

Une hausse du prix des billets de métro dans la capitale du Chili, Santiago, déclenche une série de manifestations. Elles témoignent d’un mécontentement plus généralisé qui atteint un sommet le 25 octobre 2019, alors que plus d’un million de personnes participent à une des plus grandes démonstrations de l’histoire du pays.

Même si le revenu moyen des Chiliens est parmi les plus élevés du continent sud-américain, de fortes inégalités persistent. En octobre 2019, l’entrée en vigeur d’une hausse du prix du billet de métro dans Santiago pendant les heures de pointe attise les passions. Le montant est peu élevé, mais il s’ajoute à une autre augmentation datant de janvier 2019. De plus, de nombreux facteurs d’insatisfaction – taux de criminalité, corruption des institutions, coûts élevés de l’éducation et des soins de santé, politiques néo-libérales, etc. – nourissent la colère qui s’exprime publiquement. Le gouvernement réagit en décrétant l’état d’urgence. Le déploiement de soldats, l’imposition d’un couvre-feu ainsi que les propos du président Sebastian Pinera à l’effet que le Chili « est en guerre contre des ennemis puissants et implacables » enveniment la situation. Le 25 octobre, la colère atteint son paroxysme. Des manifestations secouent plusieus villes, dont Santiago où l’on retrouve environ 1 million de personnes. Pinera réagit en présentant ses excuses pour son « manque de vision » et en limogeant des ministres impopulaires, dont celui de l’Intérieur. L’annulation de la hausse du billet de métro et du tarif d’électricité, de même qu’une augmentation du minimum à la retraite, ne suffisent cependant pas à endiguer la crise. La violence policière est dénoncée avec force et la démission du président est exigée, ce que ce dernier refuse. Ce contexte de turbulences, qui frappe d’autres pays du continent – Équateur, Bolivie, Honduras – , serait responsable d’une vingtaine de morts et d’environ 2500 blessés au Chili. Il entraîne le déplacement d’événements, comme la COP 25 sur les changements climatiques et le Forum de coopération Asie-Pacifique, qui devaient y avoir lieu en 2019. Afin de dénouer l’impasse, Pinera propose de revoir la Constitution datant de l’époque autoritaire du général Augusto Pinochet.

Dans les médias...


Emmanuelle Barozet et Ivan Sainsaluieu, « La protestation collective au Chili fait écho à une actualité sociale planétaire »

«...Depuis les années 2000, plusieurs vagues de manifestations ont rendu évident le malaise sous-jacent, puis patent, de la société chilienne : les lycéens, en 2006, contre la mauvaise qualité de l'éducation publique; les étudiants, en 2011, pour la gratuité de l'éducation supérieure et contre les inégalités; la mobilisation récurrente pour l'amélioration des retraites depuis quatre ans; de nombreuses manifestations pour l'environnement et contre l'accaparement de l'eau par les grandes entreprises minières et agricoles, au détriment des petits producteurs. S'y ajoutent une forte mobilisation féministe en 2018 et les mouvements indigènes dans le Sud, réprimés par les militaires : le Chili est en plein cycle d'actions collectives depuis quinze ans. De même que l'économie, le mouvement social est encastré dans le politique, à travers une crise de légitimité de la classe dominante. Les scandales politico-financiers de 2015 ont éclaboussé toute la classe politique chilienne, les militaires ont été impliqués dans des détournements de fonds depuis plusieurs années, de graves cas d'abus sexuels se sont répétés au sein de l'Église chilienne. Ainsi, les principales institutions ont été discréditées ces dernières années. Les revendications sociales chiliennes recoupent donc à la fois des questions de justice redistributive, mais aussi des revendications de droits sociaux et politiques et du droit à la dignité, c'est-à-dire une demande de reconnaissance morale et politique...»

Le Monde (France), 29 octobre 2019, p. 27.

Olivier Compagnon, Chloé Nicolas-Artero, Manuel Suzarte, « Pinera, (in)digne héritier de Pinochet »

«...Les émeutes qui secouent le Chili sont le symptôme d'une société devenue l'une des plus clivées du monde, qui dit non à un modèle de développement ayant institutionnalisé la précarisation de la majorité. Dans ce contexte, la réponse du président Piñera est explicite et en dit long sur la vague autoritaire qui parcourt l'Amérique latine de Santiago jusqu'à Brasília. En assimilant la conflictualité sociale à une « guerre » interne et en criminalisant les manifestants, celui qui a commencé à bâtir sa fortune durant les années sombres de la dictature s'inscrit dans la continuité de la rhétorique militaire qui, au lendemain du 11 septembre 1973, avait désigné les soutiens de l'Unité populaire comme des « ennemis de l'intérieur ». En établissant l'état de siège et en utilisant des techniques de répression héritées des régimes de sécurité nationale, il renvoie aux pratiques les plus violentes du terrorisme d'État et apparaît plus que jamais comme un héritier en ligne directe de Pinochet. Menacé dans ses fondements par un mouvement social qui s'étend peu à peu à l'ensemble du pays, l'un des modèles néolibéraux les plus orthodoxes du monde n'hésite donc pas à jouer avec les frontières communément admises de la démocratie. Or, parce qu'il fut le berceau et le modèle de la globalisation néolibérale dès les années 70, le Chili doit bien être pensé comme un cas paradigmatique et possiblement annonciateur de mutations sociales et politiques loin de se limiter à la seule Amérique latine. »

Libération (France), 25 octobre 1925, p. 25.

Patrick Bèle, « Au Chili, le pouvoir désemparé face aux émeutes »

«...Pour le politologue [Carlos Ominami], le Chili d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celui de Pinochet. Cependant, souligne-t-il, « tous les partis, même la concertation, ont avalisé le modèle néolibéral hérité de la dictature. En plus, les deux promesses de Piñera, une croissance pour faire baisser le chômage et la sécurité, n'ont pas été tenues » . Résultat, selon lui : même dans la classe moyenne, l'insatisfaction est grande. Des manifestations ont été observées jusque dans des quartiers aisés de Santiago dimanche après-midi. [...] Pour Carlos Ominami, les frustrations se sont accumulées depuis le retour à la démocratie. Les gouvernements successifs n'ont pas remis en cause la privatisation de la santé, de l'éducation et des retraites. Le coût exorbitant des études oblige la plupart des étudiants à s'endetter pour plusieurs dizaines d'années. Les soins de santé sont très peu remboursés par les assurances privées. Le système des pensions par capitalisation ne parvient pas à assurer un revenu décent aux retraités. Le droit du travail, hérité de la dictature de Pinochet, n'a été réformé qu'à la marge et la plupart des salariés sont dans une situation de grande précarité. »

Le Figaro (France), 22 octobre 2019, p. 9.

Agnès Gruda, « La fin des illusions »

«...La révolte s'exprime aussi ailleurs en Amérique du Sud, en Équateur, en Bolivie, en Argentine. Assistons-nous ces jours-ci à un « printemps latino-américain » ? Il ne faut pas mettre tous les soulèvements dans le même paquet, avertissent les experts. Mais ils constatent qu'il y a des dénominateurs communs. Pendant les années 2000, l'Amérique latine a exporté massivement ses matières premières – café, maïs, soya cuivre, cacao – notamment vers la Chine. C'était la décennie dorée du boom économique. « Les gouvernements avaient le vent dans les voiles, c'était facile de gouverner », dit Graciela Ducatenzeiler, spécialiste de l'Amérique latine au Centre de recherches et d'études internationales de l'Université de Montréal. Certains ont géré cette prospérité de manière responsable, en redistribuant la richesse. D'autres, non. Depuis 2013, les cours se sont effondrés et l'économie latino-américaine a piqué du nez. Victor Armony, directeur du Laboratoire interdisciplinaire d'études latino-américaines de l'UQAM, évoque l'impact de la démocratisation et de l'enrichissement des dernières décennies. « Les gens sont plus conscients de leurs droits, plusieurs ont accédé à la classe moyenne, ils ont des attentes », dit-il. Les espoirs déçus alimentent la frustration. De là à parler d'un printemps latino-américain, il y a un pas que le sociologue hésite à franchir. « Traditionnellement, en Amérique latine, il y a des vagues, des cycles, mais le mouvement indigène en Équateur, ce n'est vraiment pas la même chose que ce qui se passe à Santiago. »

La Presse + (Québec, Canada), 26 octobre 2019.

Aislinn Laing, Dave Sherwood, Fabian Cambero, « Chile’s inequality challenge : What went wrong and can it be fixed? »

«...Protesters told Reuters the government's initially dismissive handling of protests about transportation fare increases, images of President Sebastian Pinera eating pizza on the first night of riots, coupled with the decision to call out the army, represented the straw that broke the camel's back. Rodrigo Pérez, a professor of development economics at Santiago's Universidad Mayor, said there were particular pressures on Chile's poor and middle class. "There are other countries that have similar levels of inequality but if you take into account what those governments are doing to reduce those inequalities, you understand why perhaps (their populations) are not demanding as much as in Chile," he said. "In Chile's case, the state is doing nothing in terms of redistribution or to diminish differences in people's incomes. "What ends up happening is that people get fed up. Chile has a population that is increasingly educated, that is increasingly aware of the things that are happening, so I think it becomes more difficult to pull the wool over their eyes." »

Reuters Economic (Royaume-Uni), 23 octobre 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 25 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chili
ÉlevéSebastián Piñera

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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