22 octobre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

29 octobre 2019

Annonce de la démission au Liban du premier ministre Saad Hariri et de son gouvernement

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

D’abord apparu en réaction à l’annonce de nouvelles taxes, un mouvement de contestation secouant le Liban prend une nouvelle tournure alors que les protestataires demandent le départ du gouvernement et du président. Malgré la démission du premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre, un fort mécontentement continue de s’exprimer.

De profonds problèmes sociaux et économiques minent le Liban. De fortes inégalités contribuent à la grogne, alors que des citoyens accumulent d’importantes fortunes tandis que d’autres peinent à obtenir des services de qualité, comme l’eau potable et l’électricité. De plus, le chômage, l’inflation et l’état des infrastructures s’ajoutent à une méfiance à l’endroit des élites politiques accusées de corruption. En octobre 2019, le gouvernement provoque le mécontentement en annonçant de nouvelles taxes sur le tabac, l’essence ainsi que sur les appels effectués par les applications de messagerie sur Internet, comme WhatsApp. La colère éclate le 17 octobre. Des centaines de milliers de Libanais prennent les rues d’assaut, bloquant la circulation. Des actes de vandalisme sont également posés. À Beyrouth, certains attaquent même la voiture du ministre de l’Éducation, Akram Chehayeb. Le gouvernement dirigé par le premier ministre Saad Hariri, en poste de 2009 à 2011, puis depuis 2016, réagit en abandonnant l’idée d’une « taxe WhatsApp ». Mais les protestataires persistent, réclamant le départ de Hariri et du président Michel Aoun. Même l’annonce de réformes visant à dévoiler les pratiques de corruption, le 22 octobre, et un discours du président approuvant ces mesures, le lendemain, ne suffisent pas à calmer les ardeurs d’une partie de la population. Les différences religieuses sont reléguées dans l’ombre alors que beaucoup de jeunes, vivant une situation difficile, ainsi que de femmes, ce qui est rare au Liban, dénoncent ensemble les injustices qui leur sont propres. Après des sit-ins, des chaînes humaines, des barricades et une intervention de l’armée, menant à quelques altercations, Hariri annonce finalement le 29 octobre son départ ainsi que celui de son gouvernement. La contestation se poursuit néanmoins, des voix s’élevant encore pour réclamer la démission du président Aoun.

Dans les médias...


Karim Benamar, « Sur fond de blocage politique et de poursuite des manifestation – Liban : craintes d’un chaos économique »

«...Annoncée plusieurs fois imminente, la nomination d'un gouvernement de compétence tarde à venir. Le Liban trouve toutes les peines du monde à s'affranchir d'une tradition d'exercice et de partage de pouvoir structuré essentiellement autour des appartenances communautaires et confessionnelles. Le Hezbollah, puissant parti chiite, au gouvernement depuis les trois dernières décennies, a beaucoup de mal à accepter l'idée d'un cabinet de technocrates. D'aucuns vont jusqu'à l'accuser d'être derrière le blocage du moment lié à la formation du futur gouvernement. Le parti de Hassan Nasrallah avait, on se le rappelle, soutenu mordicus le gouvernement contesté de Hariri, avant que ce dernier ne soit balayé par la contestation. Menacé par un mouvement qui rejette dans le fond et dans la forme la classe politique, toutes appartenances confessionnelles confondues, le Hezbollah tente son va-tout pour se maintenir au pouvoir, allant jusqu'à se mettre à dos les millions de manifestants qui réclament de profonds changements. »

Liberté (Algérie), 13 novembre 2019.

S.A., « Le dilemme cornélien du Hezbollah »

«...Si certaines figures intellectuelles issues de la société civile et des universitaires organisent des débats collectifs, comme celui qui s'est tenu hier à l'initiative de l'économiste Charbel Nahas, et engagent des actions en faveur de la création d'une plateforme commune chargée de réfléchir aux problèmes juridiques, économiques, sociaux, politiques, etc., la synergie organisationnelle se heurte aux différentes sensibilités idéologiques et politiques. En effet, au sein du hirak se retrouvent aujourd'hui des forces politiques antagonistes, de la mouvance de gauche à la droite traditionnelle (Force libanaise, parti phalangiste) ou des organisations issues de la société civile, comme le parti Sept soupçonné d'entretenir des liens directs avec l'ambassade américaine. Au-delà des slogans révolutionnaires, de la revendication de la «chute du régime» ou de celle de «la démission du gouvernement», il n'existe aucune feuille de route unifiée, ni de leadership reconnu pour construire l'action politique. Par ailleurs, les observateurs redoutent le risque de récupération du mouvement avec, d'un côté, des tentatives de la part de certaines forces politiques locales, à l'instar des Forces libanaises et du PSP, d'influencer et de communautariser la contestation, et de l'autre, le soutien logistique et financier apporté par des entrepreneurs libanais et des personnalités ayant partie liée avec des intérêts régionaux et internationaux. »

El Watan (Algérie), 28 octobre 2019.

Jenny Lafond, Agnès Rotivel, « Au Liban : les racines d’une colère »

«...Petite ou grande, la corruption dénoncée par les manifestants mine tous les échelons de l'administration publique. Un racket institutionnalisé s'est mis en place au fil des décennies si bien que pour effectuer rapidement une simple formalité, un citoyen doit débourser parfois jusqu'à 10 fois le tarif officiel. [...] Pour l'ancien ministre des finances et historien Georges Corm, « l'exemple le plus flagrant de corruption est l'électricité. Depuis presque dix ans, le pays a recours à des navires-centrales turcs en mer pour approvisionner le réseau électrique au lieu que le Liban construise ses propres centrales . » [...] Nommé à la tête de la communauté sunnite, après l'assassinat en 2005 de son père Rafic, le premier ministre démissionnaire Saad Hariri n'est pas le seul visé par le courroux des manifestants. L'ensemble de la classe politique libanaise est conspué. « C'est une forme de dégagisme qui s'exprime du fait de la crise de confiance entre la rue libanaise et le pouvoir. Les manifestants disent leur ras-le-bol du clientélisme, du féodalisme de la classe politique, de l'inféodation des partis politiques à des puissances étrangères, l'Arabie saoudite et l'Iran , explique Karim Émile Bitar, de l'Institut des sciences politiques à l'université Saint Joseph de Beyrouth. »

La Croix (France), 31 octobre 2019, p. 2-3.

Dominique Moisi, « Les révoltés de l’an 2019 en quête de dignité et de respect »

«...Il existe pourtant un fil conducteur, une explication commune à toutes les contestations en cours. Ce qui s'exprime partout, à des degrés d'intensité et sous des formes diverses, c'est la quête de dignité et de respect des peuples. Ils ont été trop longtemps humiliés, ignorés, méprisés, par des élites politiques, irresponsables, corrompues et lointaines. L'occasion de la révolte est souvent minime en apparence. Une taxe sur l'usage de WhatsApp au Liban - on n'arrête pas l'imagination des spécialistes de la fiscalité -, l'augmentation du prix des tickets de métro au Chili... Chaque fois, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. [...] Les réformes venues trop tard nourrissent l'esprit révolutionnaire. Le pouvoir, qui s'est longtemps refusé à tout compromis, à toute concession, donne soudain l'impression de paniquer. Pour sauver ses privilèges, il est prêt à les réduire, de manière spectaculaire, comme au Liban, de façon plus symbolique, comme au Chili. Où va le monde ? Comment créer un ordre nouveau qui soit plus juste et par là même plus stable à long terme, alors que le système en place est souvent « pourri jusqu'à la moelle » et qu'il est trop tard pour le réformer ? Le problème est d'autant plus difficile à résoudre qu'il y a en 2019 une situation radicalement nouvelle. La demande de dignité des peuples se produit au moment où la situation géopolitique est devenue exceptionnellement instable. Autrement dit, le désordre dans la rue se nourrit du chaos du monde et vice versa. »

Les Échos (France), 28 octobre 2019, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 29 octobre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Liban
IntermédiaireMichel AounSaad Hariri

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



novembre
2015
Attentats terroristes au Liban


Dans l'actualité


septembre
2020
Explosions violentes au Liban : les institutions ébranlées

janvier
2020
Le Liban : sous l'emprise de la nature

septembre
2019
Le Liban : une dette qui fait boule de neige

février
2018
L'appareil démocratique rouillé du Liban

novembre
2016
Michel Aoun : de militaire à président du Liban

février
2016
Liban : des actes de terrorisme aux conséquences multiples?

octobre
2014
La présidentielle libanaise : un casse-tête tant interne qu'externe

février
2010
« L'État » Hezbollah

février
2010
Le retour de la stabilité au pays du Cèdre?

février
2010
La politique étrangère d'Obama au Moyen-Orient


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019