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15 janvier 2020

Démission du premier ministre russe Dmitri Medvedev

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Dmitiri Medvedev

Dans les heures suivant un discours du président Vladimir Poutine annonçant des amendements à venir à la Constitution, le premier ministre russe Dmitri Medvedev annonce qu’il quitte ses fonctions. Le nouveau gouvernement, formé le lendemain, sera dirigé par Mikhaïl Michoustine qui était à la tête du Service fédéral des impôts.

Successeur de Vladimir Poutine à la présidence de la Fédération de Russie de 2008 à 2012, Dmitri Medvedev devient chef de gouvernement, sous la présidence de Poutine, à partir de 2012. Le 15 janvier 2020, le président profite de son discours annuel devant les deux Chambres du Parlement pour exprimer sa volonté d’amender la Constitution. Il souhaite notamment que les parlementaires élisent le premier ministre ainsi que les ministres, et que les mandats d’un président soient limités à deux, pour un maximum de 12 ans. Ces changements seraient soumis à la population par référendum, une pratique inhabituelle qui soulève l’ire de l’opposition. Ces intentions reflètent selon Poutine une volonté de donner plus de pouvoirs aux élus. Dans les heures qui suivent, le premier ministre Dmitri Medvedev démissionne en disant vouloir faciliter les changements proposés par le président. Medvedev, qui était en poste depuis 2012, a pour successeur Mikhaïl Michoustine. Peu connu des milieux politiques, ce dirigeant du Service fédéral des impôts veut augmenter le revenu et le bien-être des citoyens, retrouver la confiance du milieu des affaires et stimuler les investissements. Douze ministres sont de retour, dont les vétérans Sergueï Lavrov (Affaires étrangères) et Vladimir Kolokoltsev (Affaires intérieures), alors que 16 sont remplacés. Le président Poutine propose à Medvedev de devenir vice-président du Conseil de sécurité russe. Plusieurs analystes voient dans cette décision une stratégie de Poutine visant à affaiblir les pouvoirs présidentiels de façon à continuer à exercer une influence dominante sur la vie politique russe, même après la fin de son mandat à la tête de l’État, en 2024. Toutefois, un autre rebondissement survient le 10 mars, alors qu’une députée présente une motion qui permettrait à Poutine de demeurer à la présidence passée cette date. Ce dernier s’y montre favorable.

Dans les médias...


Veronika Dorman, « Mikhaïl Michoustine, un discret bureaucrate au service de Poutine »

«…Personne, en dehors des cercles du pouvoir, n'avait entendu parler de lui. Personne, ou presque, ne pouvait dire, avant jeudi, à quoi il ressemble, ce qu'il pense, quel est le timbre de sa voix. Le nouveau Premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine, sorti du chapeau de Vladimir Poutine mercredi, quelques heures après la démission de Dmitri Medvedev, binôme de longue date du président, est un discret bureaucrate, totalement absent de la vie publique. […] Depuis sa nomination surprise, le débat fait rage sur les réseaux sociaux et dans les médias: Vladimir Poutine vient-il de dévoiler son successeur au Kremlin (tout en projetant de déconcentrer les pouvoir du prochain chef d'Etat par une réforme constitutionnelle à venir) ? Ou bien a-t-il trouvé un suppléant commode, le temps d'organiser la transition ? «[Michoustine] n'a aucune expérience politique ni aucune popularité auprès de l'électorat, il ne fait pas non plus partie du cercle rapproché de Poutine, écrit la politologue Tatiana Stanovaya. Qui plus est, la logique de Poutine a toujours été d'attendre d'être à quelques mois de l'élection avant de révéler le nom de son successeur. Difficile d'imaginer qu'un futur président participe à la campagne électorale après avoir passé quatre ans au poste de Premier ministre, les risques seraient trop gros. Mistouchine apparaît, en toute vraisemblance, comme un intérim technocratique.»

Libération (France), 17 janvier 2020, p. 12.

Benjamin Quénelle, « Poutine brouille les pistes sur son avenir »

«…C’est en fait le plus grand flou sur la suite des événements. Dans son discours à la nation, rendez-vous politique généralement organisé en mars mais étonnamment avancé dès janvier cette année, Vladimir Poutine s’est gardé ce mercredi d’évoquer son avenir personnel. Comme souvent, il a multiplié les pistes et semé le doute. Tout en défendant la nécessité de renforcer le Parlement et le Premier ministre, il a rappelé que « la Russie doit rester une république présidentielle forte ». Brouillant donc un peu plus les pistes… Parmi les autres changements annoncés par Vladimir Poutine figure aussi le renforcement du Conseil d’État. « Dans la nouvelle construction, la tête de ce Conseil d’État renforcé pourrait se retrouver, dans les faits, au-dessus de tout, du Premier ministre et du président. Un poste taillé sur mesure pour… Poutine ? », s’interroge Andreï Kolesnikov, politologue du centre Carnegie. Ces dernières semaines, le chef du Kremlin, 67 ans, multiplie en fait les ballons d’essai en vue de 2024. « Il doit rester aux commandes car lui et ses amis auraient trop à perdre s’ils n’ont plus le contrôle », rappelle Fyodor Krasheninnikov. Une certitude : tout scénario sera bien orchestré par les « siloviki », ces hommes issus des services de sécurité qui, comme l’ex-espion devenu président, ont pris le pouvoir. »

Le Soir (Belgique), 16 janvier 2020, p. 4.

Benoit Vitkine, « Dmitri Medvedev, premier ministre démissionnaire et espoir déçu des libéraux de Russie »

«…Une fois de plus, Dmitri Medvedev se plie aux volontés de son éternel patron, Vladimir Poutine, en acceptant de jouer les doublures, le rôle qui lui semble dévolu depuis leurs débuts communs à Saint-Pétersbourg, dans les années 1990. […] À l’époque (en 2008), Dmitri Medvedev incarnait un renouveau, après huit ans de présidence Poutine. Au point de faire rêver la frange libérale de l’opinion russe et les dirigeants occidentaux. Le nouveau président d’alors, féru de musique rock et adepte de nouvelles technologies, ne promettait-il pas de moderniser le pays et d’abolir la corruption ? La désillusion fut cruelle et lui-même reconnut son échec sur ce dossier en 2011. Surtout, M. Medvedev ne fit aucune tentative sérieuse de libéraliser l’économie ou la scène politique. Il ne dévia de la ligne poutinienne qu’en 2011, lorsqu’il laissa aux Occidentaux le champ libre en Libye, ce qui reste aux yeux des Russes la tâche principale sur son CV. Malgré cela, le camp libéral le poussa à tenter de conserver le pouvoir en 2012. Medvedev n’en fit rien, trop loyal ou pas assez audacieux. Cette fidélité au chef lui permit de prendre le poste de premier ministre et d’y jouir d’une longévité inégalée. Mais son poids politique n’a cessé, durant ces huit années, de diminuer, au profit du clan des « siloviki », les hommes issus de l’appareil sécuritaire. »

Le Monde (France), 16 janvier 2020.

Agnès Gruda, « Les grandes manœuvres de Vladimir Poutine »

«…Cette vague de décisions survenues en cascade mercredi a provoqué la consternation et la confusion, autant en Russie que dans la communauté internationale. Dans une démocratie libérale classique, la même séquence d'évènements serait interprétée comme un geste de protestation devant un virage politique mal reçu, un signe de divorce entre un président et le gouvernement. Mais nous sommes en Russie et les experts analysent le revirement de mercredi à travers une tout autre grille de lecture. Ce qu'ils essaient d'y lire, plutôt, ce sont des signaux indiquant ce que Vladimir Poutine compte faire après l'expiration de son quatrième mandat présidentiel, qui arrive à échéance en 2024. Toute l'opération vise probablement à permettre au président de 67 ans de « partir sans partir, d'assurer sa base arrière et de se trouver un successeur loyal », suppute Guillaume Sauvé, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal. Ce qu'on y comprend, c'est que Vladimir Poutine ne cherchera pas un nouveau mandat présidentiel, mais qu'il veut s'assurer « que son successeur poursuivra sa politique et sera en mesure de gérer le pays en évitant les conflits internes, et en gardant un État fort et cohérent », déduit Tatiana Stanovaya, chercheuse affiliée au centre Carnegie à Moscou. »

Presse + (Québec, Canada), 16 janvier 2020, p. 15.

Henry Fox, Max Seddon, «Everything changes, everything stays the same »

«…In the biggest overhaul of Russian politics for decade, Mr Putin surprised the country's establishment with his timing, if not the ultimate outcome. He announced he would seek to rewrite the constitution to beef up the power of parliament and reduce the clout of the presidency, in effect neutering his direct successor and opening up an easy route to maintain his grip on the country. In a 70-minute speech, Mr Putin addressed the burning question over the future of his reign but also posed a handful more over just how the new system would work, and his exact role. Most importantly, he killed stone dead the rising hubbub of those jostling for influence around him and the dreams of would-be usurpers. Mr Putin may not have gone as far as Chinese leader Xi Jinping, who is now in effect "president for life", but he made it clear that the man who has already run Russia for 20 years has more decades left in the tank — regardless of what job title he might have. »

Financial Times (Royaume-Uni), 18 janvier 2020, p. 5.

Gouvernance et gouvernement [ 15 janvier 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
LimitéVladimir PoutineDmitri Medvedev

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2015 - 2016



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2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

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2015
Attentat contre un avion de la compagnie russe Metrojet

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2016
Réélection en Russie du parti Russie unie

septembre
2016
[Résultats] Élections législatives


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