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29 février 2020

Accord de paix conditionnel en Afghanistan entre les États-Unis et les talibans

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Plus de 18 ans après leur intervention en Afghanistan, à la suite des événements du 11 septembre 2001, les États-Unis concluent un accord de paix conditionnel avec les talibans. Il prévoit un retrait complet de leurs troupes au printemps 2021, en retour d’un engagement à ne pas laisser d’organisations djihadistes s’implanter dans le pays.

L’intervention des États-Unis et de leurs alliés, en 2001, chasse les talibans de la capitale afghane, Kaboul. Ceux-ci se réorganisent, alors qu’un nouveau gouvernement est formé, appuyé par la présence de troupes étrangères. Avant de devenir président des États-Unis en 2016, le candidat républicain Donald Trump a exprimé à de nombreuses reprises son désir de retirer les soldats américains d’Afghanistan. Des ouvertures sont faites en 2018 entre le président afghan Ashraf Ghani et les talibans. Puis, des négociations secrètes progressent entre ces derniers et les États-Unis. Des avancées et des reculs précèdent un cessez-le-feu d’une semaine, le 22 février 2020, puis un accord conclu à Doha, au Qatar, le 29 février. Il est signé par l’envoyé spécial américain Zalmay Khalizad et le chef politique taliban Mullah Abdul Ghani Baradar, en présence du secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo. Ses principales dispositions sont le passage de 13 000 à 8 600 troupes américaines en 2020, puis leur retrait complet en 2021. Leurs alliés réduiraient aussi leur présence, alors que les sanctions économiques seraient abolies. En retour, les talibans empêcheraient l’implantation d’organisations djihadistes en Afghanistan. Selon le président Trump, des mesures sévères seront appliquées si ces conditions ne sont pas respectées. Un autre volet de l’accord est la libération de 5000 prisonniers liés aux talibans, contre 1000 soldats du gouvernement retenus par ces derniers. Cette clause irrite le président Ghani, selon qui les négociations sur cette question relèvent de son gouvernement. D’autre part, des violences éclatent dans les jours suivant l’accord. Elles alimentent les craintes des analystes qui redoutent qu’un départ des troupes américaines soit suivi par un retour de l’instabilité, puis éventuellement de mesures répressives des talibans, notamment à l’endroit des femmes

Dans les médias...


Alain Rodier, « Accord talibans – États-Unis : 18 ans de guerre pour rien? »

«...Je suis un éternel pessimiste et espère me tromper, mais je surine depuis des années que lorsque le dernier soldat étranger aura quitté le sol afghan, les taliban prendront Kaboul. La seule question que je me pose est, en combien de semaines ou de mois? Mais c'est inéluctable parce qu'eux, ils ont l'"idéologie" islamique qui les porte et sont prêts à se sacrifier pour cette cause. Comme je l'ai dit précédemment, avoir tenté d'importer la manière de penser et de vivre à l'occidentale dans ce pays était une erreur fondamentale qui peut s'apparenter à l'ancien colonialisme. A l'époque, nous avions "le sabre (la force) et le goupillon (l'idéologie)". Aujourd'hui, l'idéologie "droit de l'hommisme" (que l'on qualifie aussi de "valeur universelle" le monde entier devant se plier à la manière de vivre en Occident) n'a pas remplacé "le goupillon" et le sabre s'est réduit à une dague... Ce qui se passe en Afghanistan laisse augurer de ce qui se déroulera au Proche-Orient dans les années à venir. Nous voilà prévenus. »

Atlantico (France), 1er mars 2020.

Adrien Jaulmes, « Dix-huit ans d’échecs »

«...Donald Trump en 2016, lui aussi décidé à se retirer d'Afghanistan, se voit forcer la main par ses généraux qui le convainquent de ne pas le faire avant d'avoir obtenu un avantage militaire sur le terrain. Mais en 2018, Trump finit par s'affranchir de l'opinion des militaires. Zalmay Khalilzad, ancien ambassadeur à Kaboul, est chargé de jeter les nouvelles bases d'un accord : les Américains acceptent le principe d'un retrait de leurs troupes, si en contrepartie les talibans s'engagent à empêcher le terrorisme international d'opérer depuis le sol afghan, et à participer à un dialogue national avec les autres parties afghanes. L'accord signé à Doha est la première fois que les Américains et les talibans s'accordent sur les principes de bases d'une paix négociée. La guerre d'Afghanistan est loin d'être terminée mais les erreurs stratégiques initiales, à défaut d'être réglées, semblent avoir été comprises. Ni les Américains ni les talibans ne considèrent plus une victoire militaire comme possible. Même si ce constat n'est pas suffisant pour parvenir à la paix, il représente une étape indispensable. »

Le Figaro (France), 29 février 2020, p. 9.

S.A., « Afghanistan : une paix en forme de défaite »

«...L'accord de paix signé entre Washington et les talibans à Doha, samedi 29 février, est donc historique. Même si une paix afghane définitive est loin d'être acquise, il met fin à dix-huit années de gâchis. Le choix de Donald Trump doit ainsi être salué : s'il est le second président américain d'affilée, après Barack Obama, à avoir été élu notamment sur une promesse de retrait de l'armée américaine d'Afghanistan et d'Irak, il a le courage de tenter de mettre fin à la plus longue guerre de l'histoire de l'Amérique, et le courage d'oser accepter une paix en forme de défaite. Car il ne faut pas s'y tromper : cet « accord » entre ennemis est clairement une défaite pour l'Amérique et ses alliés. Les talibans ont d'ailleurs immédiatement signifié qu'ils le comprenaient comme une victoire. Cela peut paraître désagréable à une communauté internationale qui s'était engagée comme un seul homme derrière George W. Bush en Afghanistan, mais c'est un fait. Si les moudjahidin afghans avaient gagné, avec le soutien de Washington, la guerre légitime contre Al-Qaida de l'automne 2001, les Américains et leurs alliés de l'OTAN ont perdu la guerre inutile de dix-huit ans qui a suivi. »

Le Monde (France), 3 mars 2020, p. 29.

Olivier Tallès, avec Sonia Ghezali, « Fragile espoir de paix en Afghanistan »

«...« Les talibans reprendront sans doute le pouvoir en négociant un partage des postes selon les forces qu'ils auront en face d'eux », estime le chercheur afghan Rahmattulah Amiri. Or, les autorités de Kaboul semblent plus affaiblies que jamais, entre le président Ashraf Ghani dont les Américains se méfient et le chef de l'exécutif Abdullah Abdullah qui refuse sa défaite à la présidentielle du 28 septembre. « Plus leurs adversaires seront divisés, moins les talibans auront à composer » sur le futur régime de l'Afghanistan, prévient Rahmattulah Amiri. S'ils ont promis un système politique inclusif et s'ils se disent ouverts à l'accès à l'école pour les filles, les insurgés ne semblent pas avoir changé en profondeur. Dans les zones qu'ils contrôlent, la vie est régie par les règles religieuses fondamentalistes : la musique et les vidéos demeurent proscrites, la justice expéditive, les opposants bâillonnés ou tués, la démocratie absente. « L'Afghanistan a profondément changé depuis 2001, poursuit Rahmattulah Amiri. Les talibans ne pourront pas s'imposer sans faire de concessions. » Dans les rues de Kaboul, passé l'annonce de l'accord, les avis se partagent aujourd'hui entre espoir, résignation et inquiétude. »

La Croix (France), 1er mars 2020.

S.A., « Afghanistan : Can it be? »

«..."It is time to focus not on electoral politics, but on taking steps toward a lasting peace," America's State Department declared in a statement on February 25th. Mr Ghani has agreed to postpone his inauguration, American officials said, presumably to allow time to iron out the dispute. Bigger arguments loom. "What kind of political system will there be and who will be grabbing the most part of the government, or the authority," says Abdul Hakim Mujahid, a Taliban official turned peace-campaigner. "This will be the field of competition." On one side are Afghans who want the Taliban to accept the current democratic constitution, with its protections for women and minorities. But some Taliban hardliners view the status quo as the product of American occupation, and want to reimpose the Islamic "emirate" the Taliban ran in the 1990s. Whatever happens next, Afghans welcome the current respite. In some war-battered districts it has been celebrated with spontaneous sports matches and dancing. Mobile-phone service has also been restored in territory where it is frequently cut by militants. "We are thirsty for peace," says Muhammad Ehsan, a politician from Kandahar. "It's a priority for us." The country is holding its breath. »

The Economist (Royaume-Uni), 29 février 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 29 février 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afghanistan
FaibleAshraf GhaniAbdullah Abdullah

États-Unis
ÉlevéDonald J. Trump

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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2014
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