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28 janvier 2020

Annonce d’un plan de paix des États-Unis dans le différend israélo-palestinien

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Sept mois après avoir proposé un plan économique pour solutionner l’épineux différend israélo-palestinien, l’administration du président américain Donald Trump dévoile le 28 janvier 2020 un plan politique intitulé Peace to Prosperity. Il est accueilli avec enthousiasme par les Israéliens, mais est rejeté par les Palestiniens.

Avant sa victoire de 2016, Donald Trump s’était engagé à briser l’impasse dans le différend historique entre Israéliens et Palestiniens. Il mandate son conseiller spécial, qui est également son gendre, Jared Kushner, afin de mettre sur pied un plan susceptible de relancer les discussions. L’initiative est bien reçue par Israël, mais perçue avec méfiance par les Palestiniens, irrités entre autres, depuis décembre 2017, par la reconnaissance américaine de Jérusalem-Est comme la capitale de l’État hébreu. En juin 2019, les États-Unis dévoilent un plan économique que le président Trump qualifie de « deal of the century ». Il prévoit 50 milliards de dollars d’aide sous différentes formes dont la plus grande part irait à la Palestine dans le but d’améliorer ses infrastructures et de stimuler sa croissance économique. Il est rejeté par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Sept mois plus tard, le 28 janvier 2020, le volet politique du plan est rendu public à Washington en présence de Trump et du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, mais sans la participation des Palestiniens qui ne sont pas invités. Netanyahou se réjouit de ses dispositions qui, dans l’ensemble, répondent à ses exigences. Par contre, les Palestiniens y réagissent négativement, le considérant trop favorable aux intérêts israéliens sur plusieurs points : échanges de territoires prévus, implantation des colonies juives en Cisjordanie, instauration de la capitale d’un éventuel État palestinien sur une fraction de Jérusalem-Est, etc. D’autres conditions du plan à leur endroit – démilitarisation, reconnaissance officielle de l’État juif, situation des exilés, etc. – incitent également les Palestiniens à s’y opposer complètement. Les réactions sont partagées à l’international. Pour le moment, peu d’analystes croient toutefois que cette nouvelle initiative sera de nature à entraîner un règlement durable.

Dans les médias...


Anne-Bénédicte Hoffner, François d’Alancon, « Un « plan de paix » et beaucoup de doutes »

«...Mais que faire? Avant même l'annonce du président Trump, le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a prévenu qu'elle pourrait déboucher sur une «nouvelle phase» de lutte. De son côté, «l'Autorité palestinienne a deux instruments entre ses mains: mettre fin à sa coopération sécuritaire avec Israël, voire démissionner», souligne Stéphanie Latte Abdallah. Toutefois, l'historienne et politiste au CNRS (Ceri-Sciences-Po) croit peu à ces solutions régulièrement brandies par des Palestiniens par ailleurs extrêmement divisés. Reste la voie du droit international. «Ce plan annoncé en grande pompe ne tient en réalité qu'à deux personnes, Donald Trump et Benyamin Netanyahou: il n'a que la légitimité que la communauté internationale voudra bien lui donner», avance la chercheuse. Mais les réactions de cette dernière ont surtout montré sa timidité, sinon son désintérêt pour le dossier. La Jordanie a été la plus ferme en rappelant que le rétablissement des frontières de 1967 restait «la seule voie pour une paix globale et durable» , mais les parrains régionaux (Arabie saoudite et Égypte notamment) de l'Autorité palestinienne se sont montrés très nuancés. Le signe de l'«affaiblissement de la cause palestinienne dans le monde arabe, notamment sunnite», note David Khalfa. Les Palestiniens gardent toutefois une autre carte dans leur jeu, démographique celle-là. «En ignorant ce plan et en laissant faire les Israéliens, la balance démographique finira par pencher en leur faveur» , rappelle Stéphanie Latte Abdallah. »

La Croix (France), 30 janvier 2020, p. 2 et 3.

Alice Froussard, « Le « deal du siècle » de Trump sera-t-il un cadeau électoral à Netanyahou »

«...En réalité, ce timing idéal - tant pour Donald Trump que pour Benyamin Netanyahou - est suspicieux. Tout ce qui peut détourner l'attention des affaires de Trump et de son procès en destitution semble bon à prendre et, de la même manière, n'importe quel coup de pouce du président américain envers Netanyahou, inculpé pour corruption, sera utile. Toujours est-il, ce plan « de paix » n'a aucune chance d'aboutir. [...] L'optique américaine n'est pas tant d'arriver à une improbable résolution du conflit que d'en réinitialiser les paramètres. Ainsi, Trump veut pousser à l'abandon de la solution à deux États - souvent qualifiée par son administration d' « inefficace » - et laisser le champ libre à l'annexion de tout ou partie de la Cisjordanie par Israël, comme l'a déjà reconnu l'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman. Si cette tendance est confirmée, cela balaierait d'un revers de main le consensus international et des décennies de diplomatie. En contrepartie, les Territoires palestiniens et les pays arabes voisins se verraient offrir 50 milliards de dollars d'investissements sur dix ans. »

La Tribune de Genève (Suisse), 28 janvier 2020, p. 15.

Pierre Barbancey, « Le lâche abandon du peuple palestinien »

«...Ce qui existe, c'est la politique du fait accompli poursuivie sans relâche par Israël depuis plus de cinquante ans maintenant. Une colonisation continue, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, visant à marginaliser toujours plus les Palestiniens sur leur propre territoire. [...] Le peuple palestinien est la première victime de ce plan. Si celui-ci est mis en oeuvre, les dégâts seront considérables dans l'ensemble du Moyen-Orient. D'autant que Trump et Netanyahou lient en réalité cette nouvelle étape de « normalisation » du Moyen-Orient à une confrontation tous azimuts avec l'Iran, présentée comme le grand Satan. Les répercussions risquent d'être terribles. En balayant d'un revers de main le droit international, le président américain et le premier ministre israélien affirment que les relations entre les pays et entre les peuples relèvent du droit de la force. De la loi de la jungle. La boîte de Pandore est ouverte. Dans les jours qui viennent, les manifestations vont se multiplier en Palestine. Et les soldats israéliens ont le doigt prêt à appuyer sur la détente avec la bénédiction de Donald Trump. »

l’Humanité (France), 30 janvier 2020, p. 13.

François Brousseau, « Trump et Nétanyahou enterrent le processus d’Oslo »

«...Ce 28 janvier, on a vu deux proches alliés, Trump et Nétanyahou, échangeant des regards complices et attendris devant les caméras. Les signes d'une alliance étroite, presque fusionnelle, entre un président et un premier ministre qui ont tous deux, chacun dans son pays, la justice aux trousses. Mais derrière cette mise en scène arrivant à point nommé, avec d'évidentes arrière-pensées politiciennes, une réalité grave : la Maison-Blanche tourne désormais le dos à certains principes historiques que même les administrations républicaines du passé persistaient à respecter. Dans les accords d'Oslo signés en 1993, on affirmait le principe de deux futurs États - juif et palestinien -, avec continuité territoriale, destinés à vivre côte à côte comme des égaux. Malgré une évolution sur le terrain qui, depuis 30 ans, a démenti ces beaux principes (la colonisation juive intensive en Cisjordanie, la domination militaire absolue d'Israël), cela restait l'objectif répété - au moins, du bout des lèvres, ailleurs dans le monde et même à Washington - pour le long terme. Avec des résolutions de l'ONU et des déclarations répétées qui parlaient sans cesse d'une solution juste et négociée pour les Israéliens et Palestiniens. Aujourd'hui, c'est fini. On ne fait même plus semblant. Ce « plan » israélo-américain (et non pas israélo-palestinien, puisque les Palestiniens n'ont rien eu à voir dans son élaboration) abandonne l'idée d'une négociation entre deux entités égales. »

Ici Radio-Canada (Canada), 30 janvier 2020.

Edward Luce, « Trump-Netanyahu alliance inspires global league of populists »

«...The point about Donald Trump's two-state peace plan is that it only serves one state and will not deliver peace. Its real purpose is to boost the re-election chances of Mr Trump and Israeli premier Benjamin Netanyahu. As a diplomatic exercise, Mr Trump's plan is a near-certain flop. But as an example of the single-mindedness with which Mr Trump subordinates diplomacy to electoral needs, it ranks as one of his boldest moves. The Israeli-Palestinian plan has as little to do with creating peace as his pressure on Ukraine had to do with tackling corruption. The upsides for Mr Trump are clear. The rollout distracts from his impeachment trial. It gives the appearance he is pursuing the business of state while Democrats pettifog over last year's news. It also reminds the Christian Zionists, the core of the evangelical base, he is moving to implement their wish to see all Jews reunited on the original biblical map of the Holy Land. Mr Trump is offering Palestinians an obscure Jerusalem suburb as their capital, which is like ringfencing Watford and calling it London. Or hiving off Levittown and calling it New York. The benefit to Mr Netanyahu, who faces a general election in a month, is more immediate. »

Financial Times (Royaume-Uni), 31 janvier 2020, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 28 janvier 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Israël
IntermédiaireReuven RivlinBenyamin Netanyahou

États-Unis
ÉlevéDonald J. Trump

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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