22 octobre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

30 mars 2020

Vote en Hongrie accordant des pouvoirs spéciaux au gouvernement

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Viktor Orban

Dans le contexte de la propagation de la covid-19 qui se manifeste en Hongrie, le premier ministre Viktor Orban fait voter une loi spéciale le 30 mars 2020 donnant des pouvoirs spéciaux à son gouvernement. Cette loi suscite toutefois des craintes dans l’opposition et au sein de l’Union européenne, où l’on redoute une dérive autoritaire.

L’Union civique hongroise (FIDESZ) et son allié, le Parti populaire démocrate-chrétien, dominent la vie politique hongroise à partir de 2010. Au cours de la décennie, le gouvernement Orban suscite des réactions en renforçant le contrôle de l’État sur les médias et en affaiblissant le pouvoir judiciaire. Le premier ministre se dit même favorable au concept de « démocratie non libérale ». Le 11 mars 2020, peu après le début de la propagation de la covid-19, le Parlement hongrois adopte l’état d’urgence. Puis, le 30 mars, le gouvernement demande des pouvoirs spéciaux, pour une durée illimitée, afin d’agir plus efficacement contre la pandémie. À ce moment, la Hongrie compte plus de 400 cas d’infection et une dizaine de décès. Les pouvoirs spéciaux permettront de suspendre les élections et de supprimer toute loi existante, tout en donnant la possibilité d'en appliquer d’autres par décret. La Protection Against the Coronavirus Act est adoptée facilement par le parti au pouvoir qui détient une forte majorité. Deux de ses dispositions inquiètent toutefois les partis d’opposition. D’une part, l’absence de date limite afin de revoir ou de mettre un terme à la loi. D’autre part, celle-ci contient des peines d’emprisonnement contre ceux qui ne respectent pas la quarantaine ou qui diffusent des faits jugés faux ou déformés, pouvant entraver la lutte au ralentissement de la pandémie. Redoutant une dérive autoritaire, plusieurs observateurs soupçonnent le premier ministre Orban d’utiliser le contexte de la crise pour neutraliser ses critiques et restreindre les droits individuels de façon durable. La Commission européenne et une dizaine de pays de l’Union européenne expriment leurs appréhensions. Toutefois, des politiciens favorables à la loi, dont le président Janos Ader, se veulent rassurants, rappelant que les décrets et les mesures spéciales ne s’appliqueront que dans le cadre et pendant la durée de la lutte à la covid-19.

Dans les médias...


Thibaut Varga, « Hongrie : Orban obtient les pleins pouvoirs »

««...Certes, la loi ne prévoit pas la suspension du Parlement. Mais elle octroie au gouvernement « un mandat élargi aussi longtemps qu'il l'estime nécessaire », sans besoin de repasser devant le Parlement, s'inquiète Marta Pardavi, coprésidente du Comité Helsinki en Hongrie, une ONG spécialisée sur les droits de l'homme. Au-delà du cadre temporel indéfini, ce qu'elle estime alarmant, c'est l'étendue des décisions possibles. [...] À deux ans des prochaines élections législatives, les politologues, eux, avertissent que l'opération ne relève pas du glissement vers la dictature, mais davantage du calcul politique. C'est en tout cas ce que pense Gabor Török, qui s'est exprimé en ces termes à ATV, une télévision indépendante, plutôt proche de l'opposition. « L'objectif, ce n'est pas de gouverner par décret. Il est ici question de maintenir son camp électoral. Quand Orban a eu vent de l'arrivée de l'épidémie en Hongrie, il a plutôt pensé à ses chances en 2022. C'est comme ça que réfléchit un politicien. » Et la période indéterminée ? À dessein. C'est pour que l'opposition ne puisse faire autrement que de rejeter la loi « et qu'on l'accuse de ne pas avoir été d'union nationale. C'est une sorte de piège dans lequel l'opposition est tombée ». »

Le Figaro (France), 1er avril 2020, p. 21.

Laurent Pech, propos recueillis par Maria Udrescu, « « La Hongrie est désormais une dictature »»

«...C'est l'aboutissement d'un long processus d'"autocratisation", de démantèlement de la démocratie et de l'état de droit qui a commencé en 2010, quand Viktor Orban a été réélu pour son second mandat. Entre 2010 et 2013, la Commission a intenté des recours en manquement contre la Hongrie devant la Cour de justice de l'UE (CJUE). Le Parlement européen a produit le rapport Tavarès, du nom de l'eurodéputé portugais qui en est l'auteur. Mais à partir de 2014 plus personne n'a parlé de la Hongrie, alors que la situation n'a jamais cessé de se détériorer. En 2019, la Hongrie perd son statut de "pays libre" - qu'elle avait gagné en 1990 - pour être qualifiée de pays "partiellement libre", dans le rapport de Freedom House. Le mois dernier, une étude sur la notion de démocratie observe que la Hongrie est devenue le premier État non démocratique de l'UE. Avant l'adoption de cette loi exceptionnelle, la Hongrie avait donc cessé d'être une démocratie. Mais elle n'était pas encore une dictature. En science politique, on parle de régime autoritaire électoral : il y a encore des élections, qui ne sont plus libres, ni équitables, le Parlement continue de fonctionner, le pouvoir judiciaire aussi. Désormais, la Hongrie est passée au stade de régime autoritaire de facto. »

La Libre Belgique (Belgique), 31 mars 2020.

François Brousseau, « Pandémie et autoritarisme »

«...Des Philippines à la Hongrie, en passant par la Russie ou Israël, les dirigeants plus ou moins autocratiques utilisent le coronavirus pour étendre leurs prérogatives, neutraliser leurs adversaires, miner la démocratie. Une des questions est de savoir si les mesures spéciales et " temporaires "... le seront vraiment. Ou si, au contraire, elles ne sont pas une étape décisive entre démocratie bancale et vraie dictature. Deux exemples : la Hongrie de Viktor Orbán et les Philippines de Rodrigo Duterte. En Hongrie, le premier ministre Orbán est l'inventeur de la " démocratie non libérale ". Au cours de la dernière décennie, il a fait passer la Hongrie du pluralisme libéral à un régime autoritaire à façade démocratique. Aujourd'hui, il profite à fond de la pandémie pour étendre ses pouvoirs. [...] Les autocrates profitent souvent des urgences -- guerres, attaques terroristes, catastrophes naturelles -- pour consolider leur pouvoir. Ces catastrophes suscitent la peur et peuvent inciter au rassemblement autour de " l'homme fort ". Au tournant des années 2000, Vladimir Poutine avait mis à profit la guerre de Tchétchénie et une série d'attaques terroristes à Moscou pour installer son nouveau régime. La COVID-19 est un ennemi d'un autre ordre. Il n'est pas sûr qu'il jouera toujours en faveur des autocrates. »

Le Devoir (Québec, Canada), 6 avril 2020, p. B1.

Yasmeen Serhan, « The EU Watches as Hungary Kills Democracy »

«...Europe has been at the center of this health crisis, with countries such as France, Italy, and Spain struggling to cope. Yet it is undoubtedly also an existential crisis for the EU. It’s challenging, after all, to preach the values of democracy and rule of law when one of your own is openly flouting them. There is nothing to stop politicians in other EU member states, such as Italy’s Matteo Salvini—now in the opposition, but once his country’s deputy prime minister and now seeking the premiership—from thinking that they may one day be capable of doing the same. Perhaps a better question than what the EU should be doing to prevent Hungary undermining democracy, is whether the bloc is even capable of doing so. “The EU seems to be a paper tiger,” Bárd [Petra, une professeure de droit] said. “What we’ve seen in the past 10 years in Hungary is that there has been a continuous decline … I think the EU has already given up on Hungary a long time ago.” »

The Atlantic (États-Unis), 2 avril 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 30 mars 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Hongrie
ÉlevéJanos AderViktor Orban

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2015 - 2016



octobre
2016
Référendum en Hongrie sur le plan de répartition des immigrants de l'Union européenne


Dans l'actualité


janvier
2016
Jeux olympiques 2024 : Budapest sous la loupe

janvier
2016
Les migrants face à un rempart en Hongrie

septembre
2014
Une réélection sans souci en Hongrie

février
2013
Une déclaration controversée provoque la population hongroise

février
2012
Clivage gauche-droite en Hongrie : match nul !

octobre
2010
Le controversé parti Jobbik franchit les portes du Parlement hongrois

novembre
2007
Il y a dix ans, la Hongrie disait oui à l'OTAN

septembre
2006
La crise des mensonges hongrois


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019