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29 février 2020

Élections législatives en Slovaquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

À partir de 2018, la popularité du gouvernement slovaque est en baisse à la suite de l'assassinat d'un journaliste d'investigation enquêtant sur la corruption au sein du régime. Ce scandale a un impact sur les législatives de 2020, le parti d’opposition Les gens ordinaires et personnalités indépendantes arrivant en tête avec 53 sièges sur 150.

Le 21 février 2018, le journaliste d'investigation Jan Kuciak et sa fiancée Martina Kusnirova sont assassinés. Cet événement a un impact politique, puisque Kuciak enquêtait sur les liens entre le parti de gauche Smer, au pouvoir pour 12 des 14 dernières années, et le crime organisé. Il sera plus tard confirmé que l'assassinat aurait été commandité par un mafieux en mesure de corrompre les autorités. La population sort en masse pour manifester, si bien que le premier ministre Robert Fico démissionne en mars 2018. Un autre membre du Smer, Peter Pellegrini, lui succède. Cependant, le mouvement de contestation générale favorise l’élection de la libérale progressiste Zuzana Caputova à la présidence du pays en juin 2019, contre un candidat appuyé par le Smer. Celle-ci est pourtant peu connue du public à ce moment. En 2020, la grogne reste encore vive chez les Slovaques à l’approche des élections législatives, ce qui avantage le parti de centre droit Les gens ordinaires et personnalités indépendantes (OLaNO) et son allié Nouvelle majorité. La population est séduite par le message anticorruption de son chef Igor Matovic, un millionnaire issu du monde des médias, ainsi que par sa stratégie de communication efficace faite de courts messages et de vidéos sur YouTube. Le Smer tente de retourner la situation en bonifiant les pensions de retraite, mais rien n'y fait. Lors du scrutin du 29 février 2020, l’OLaNO obtient une pluralité de sièges, soit 53 sur 150 avec 25 % des voix, contre 38 sièges et 18,3 % des voix pour Smer. Pour ce parti, il s’agit du pire résultat depuis 2002. La formation d’extrême droite Parti populaire « Notre Slovaquie » de Marian Kotleba récolte pour sa part 8 % des voix. Le 14 mars, Matovic parvient à former une coalition regroupant quatre partis de centre droit. Elle compte 95 sièges sur 150, soit plus que les 90 nécessaires pour changer la Constitution.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Corentin Léotard, « Les journalistes en première ligne contre l’« orbanisation » de la Slovaquie »

«…L'alternative ne viendra vraisemblablement pas des partis libéraux de centre-gauche (la petite alliance Slovaquie Progressiste et Ensemble) et de centre-droit (Pour les gens), car ces formations qui ont émergé après le meurtre de Kuciak ont vite plafonné. Ce sont deux candidats « antisystème » qui donnent le la parmi l'opposition : Marian Kotleba et son parti néofasciste Notre Slovaquie (L'SNS), un nostalgique des clérico-fascistes de l'entre-deux-guerres, qui s'appuie sur des milices citoyennes pour cibler les Roms, à l'instar du Jobbik hongrois dix ans plus tôt ; mais surtout Igor Matovia, un conservateur modéré à la tête du parti des Gens ordinaires. En se posant en adversaire du SMER - tandis que les libéraux ont commis l'erreur de se focaliser sur la menace représentée par Kotleba -, ce politicien fantasque et imprévisible passant pour l'éternel bouffon de la politique slovaque est en passe de remporter l'élection et n'exclut pas, dans un tel scénario, de s'allier avec les libéraux. Une telle coalition serait-elle en mesure de gouverner ? À l'opposé, le scénario du pire, une alliance du SMER avec les néofascistes, s'il n'est pas le plus probable, ne peut plus être tout à fait exclu. La Slovaquie, cet « îlot pro-européen en Europe centrale » , vanté il y a quelques années par Robert Fico, aurait alors été submergée pour de bon. »

Médiapart (France), 28 février 2020.

Julie Connan, « La Slovaquie aux urnes pour changer d’ère politique »

«...La question est de savoir comment l'énorme frustration des électeurs à l'égard de la politique va se traduire dans les urnes, avec le risque qu'ils se tournent vers les extrémistes. » Certains redoutent que L'SNS [Notre Slovaquie] serve de force d'appoint au Smer, s'il se retrouvait en position de former un gouvernement, les deux formations ayant déjà trouvé des terrains d'entente au Parlement par le passé. Dans la dernière ligne droite, le parti, nostalgique de la République slovaque satellite de l'Allemagne nazie, a mis en sourdine ses bruits de botte pour jouer la carte anti-establishment. « Une partie de ses électeurs votent par idéologie, mais beaucoup le soutiennent pour des raisons économiques, notamment dans les régions rurales, où ils ont l'impression d'être les perdants de la transition économique », explique Daniel Kerekes, analyste politique, qui s'attend à un sursaut de la participation. « Il y a une double motivation pour voter, résume-t-il, faire barrage aux extrémistes et changer de gouvernement. » »

Le Figaro (France), 29 février 2020, p. 11.

Jean-Baptiste Chastand, « Les Slovaques disent non à la corruption, pas au populisme »

«...M. Matovic compte pourtant sur eux [d’autres partis d’opposition] pour former une majorité de plus de 90 sièges, le seuil nécessaire pour changer la Constitution en Slovaquie. Le leader d'OLaNO en a besoin pour faire adopter plusieurs mesures anticorruption intransigeantes, comme l'introduction d'une responsabilité financière des élus sur leurs biens personnels. Mais dans une région où les atteintes à l'État de droit se multiplient, une telle super-majorité à la main d'un homme réputé pour son instabilité ne serait pas sans risques. Elle aurait par ailleurs pour effet de laisser dans l'opposition les seuls Smer-SD et les députés d'un parti d'extrême droite nostalgique du fascisme, un cocktail explosif, dans l'hypothèse d'un échec de cette « grande coalition ». A sa décharge, M. Matovic doit aussi composer avec la mauvaise performance des centristes libéraux. Après avoir réussi à faire élire l'une des leurs en mars 2019 à la présidence de la République la militante anticorruption Zuzana Caputova et connu un résultat record aux élections européennes du mois de mai 2019, les différentes factions de ce camp progressiste et proeuropéen se sont divisées pour les élections législatives. »

Le Monde (France), 10 mars 2020, p. 28.

James Shotter, « Maverick millionaire shakes up Slovakian politics »

«...Beyond his focus on fighting corruption, however, Mr Matovic's politics are harder to define. Ordinary People's members range from the liberal to the deeply conservative. Mr Matovic was first elected to parliament on the ticket of a liberal party in 2010, before falling out with its leadership. "Ordinary People is pro-EU and pro-Nato and anti-Putin, and in this respect I don't expect a divergence from the path Slovakia has been on," said Michal Vasecka of the Bratislava Policy Institute. "[They] might show greater animosity to the [social] values of western Europe." "He's hard to put in one box," said one diplomat. "He's a campaigner. A champion against corruption. He's seen as a maverick . . . Clearly there was a strong current in society that wanted change and he has been able to attract a large section of them." The 46-year-old's critics say his unpredictable style and lack of a clear platform beyond fighting corruption means any government he leads is likely to be unstable. "Matovic is like an unguided missile," said Raul Rodrigues, a voter in Partizanske in central Slovakia. "It's really hard to get an agreement on anything with him. I cannot imagine him as prime minister." »

Financial Times (Royaume-Uni), 2 mars 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 29 février 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

null
Non disponible

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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