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6 juin 1993

Réélection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti socialiste ouvrier espagnol

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Au pouvoir depuis 1982, le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez déclenche des élections anticipées à la suite d’un scandale de détournement de fonds. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) parvient à rester au pouvoir, mais avec 38,8 % des voix et 159 sièges sur 350, il formera un gouvernement minoritaire.

Au cours de son troisième mandat (1989-1993), le premier ministre socialiste Felipe Gonzalez doit faire face à des grèves, bien que moins importantes que lors du mandat précédent. Ses participants contestent la politique du gouvernement, caractérisée par une baisse des dépenses grâce à des coupures dans les subventions aux entreprises et une restriction des critères d’admissibilité à l’aide aux chômeurs. C’est cependant un scandale de financement de campagne frauduleux impliquant le PSOE qui incite Gonzalez à déclencher des élections anticipées pour le 6 juin 1993. À ce moment, le PSOE et le principal parti d’opposition de droite, le Parti populaire (PP), sont à égalité dans les sondages avec chacun environ le tiers des intentions de vote. Le PP accuse son adversaire de corruption, d’avoir mal géré l’économie et se défend d’attaques de socialistes le liant à l’héritage de la gouvernance autoritaire de Francisco Franco. Le PP s’est d’ailleurs déplacé vers le centre depuis l’arrivée à sa tête de José Maria Aznar en 1989. Les programmes des deux partis ont aussi des points en commun, notamment un pacte social entre les patrons et les syndicats pour ralentir l’augmentation des salaires, un gel de taxe et le maintien de la devise nationale dans le système d’échange monétaire européen. Malgré des sondages favorables au PP, le PSOE surprend. Il perd sa majorité, mais remporte les élections avec 38,8 % des voix et 159 sièges sur 350. Le PP, avec 34,8 % des votes et 141 sièges, progresse néanmoins, alors que Gauche unie reste stable et que le Centre démocratique et social ne fait élire aucun député. Un point tournant serait une meilleure performance de Gonzalez lors du second débat télévisé le 31 mai, face à un Aznar plus hésitant que lors de la première confrontation. La présentation de ces débats constituait une première en Espagne. Incapable de former une coalition, le premier ministre dirigera un gouvernement minoritaire.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


S.A., « Les législatives espagnoles marquent la fin de la fête socialiste »

«...Seule certitude, acceptée par les socialistes eux-mêmes: le PSOE perdra dimanche la majorité absolue obtenue pour la première fois le 28 octobre 1982 (quand la promesse du « changement » avait séduit plus de 10 millions d'électeurs), puis à deux reprises, en 1986 et en 1989. « Nous avons commis des erreurs », admet volontiers Felipe Gonzalez. Ne s'est-il pas laissé écraser par le jeune Aznar dans le premier de leurs deux face-à-face télévisés ? Heureusement pour lui, le programme de gouvernement du PP n'est pas clair. Car toute la campagne d'Aznar a été axée sur une idée simple: l'exploitation tous azimuts et sans nuances d'une conjoncture on ne peut plus négative pour le PSOE. Récession économique, 21,74 % de chômeurs, trois dévaluations de la peseta en huit mois (la dernière en pleine campagne électorale), un déficit budgétaire qui atteint entre 4,5 % et 5,5 % du PIB, 400.000 personnes sur les listes d'attente de la Sécurité sociale. Un bilan qualifié de « véritable désastre national » par Aznar. [...] Chacun est persuadé que le scrutin « marquera l'aube d'une nouvelle ère ». Car les grands vainqueurs, dimanche, seront les partis nationalistes, dont dépendra sans doute l'équilibre parlementaire…»

Les Échos (France), 4 juin 1993, p. 4.

Michel Bôle-Richard, « Les élections législatives du 6 juin. Les socialistes et la droite au coude à coude en Espagne »

«...(Parti populaire) ...se veut l'incarnation d'une nouvelle droite, moderne, rajeunie, qui a rompu toute parenté avec le franquisme et un conservatisme sclérosé. Son président, José Maria Aznar, est l'incarnation de cette renaissance. Âgé de quarante ans, il s'est entouré d'une équipe jeune et a su sortir la droite de sa stagnation. Cet inspecteur des finances choisi par Manuel Fraga est allé vite, puisqu'en trois ans il a réussi à faire jeu égal avec les socialistes. Une performance due en partie à l'usure du PSOE, sanctionné pour l'échec de sa politique économique et les scandales de corruption. Il n'en demeure pas moins que pour la première fois la droite présente une solution de rechange crédible au pouvoir socialiste, qui n'avait jamais été menacé jusqu'ici. [...] En face, le PSOE a agité l'épouvantail : " Au secours, la droite revient ! ", laissant transparaître qu'elle ne s'était pas détachée de ses anciennes fréquentations franquistes et d'un conservatisme qui a fait prendre du retard au pays. Felipe Gonzalez a porté à bout de bras cette campagne, promettant, sans dire vraiment de quoi il s'agissait, " le changement du changement ", insistant sur le rattrapage déjà effectué par l'Espagne, se présentant comme le garant du " modernisme, du progrès et de la solidarité ". »

Le Monde (France), 5 juin 1993, p. 1.

François Brousseau, « La gauche antisocialiste »

«...Pourquoi alors, aujourd'hui, avec près de 22% (!) de chômage, avec ce douloureux «lendemain de veille» consécutif aux célébrations de 1992, avec la stagnation économique et les scandales politico-financiers, les socialistes ne sont-ils pas rageusement chassés du pouvoir comme l'a été le PS français il y a deux mois? Comment se fait-il que le PSOE peut espérer encore aujourd'hui rester le pivot de la politique en Espagne, même affaibli avec un gros tiers des votes? À la mort de Franco en 1975, l'Espagne partait de loin. Une simple modernisation capitaliste, socialement tempérée, pouvait légitimement apparaître comme un grand progrès, y compris pour la gauche modérée. La droite complètement laminée aux élections de 1982, puis encore largement dominée en 1986, avant d'entreprendre une remontée à partir de 1989 était l'héritière d'un régime odieux et haï qui lui garantissait une longue cure d'opposition bien méritée. En conséquence, le PSOE occupa presque tout l'échiquier politique, ce qui l'amena naturellement à dériver vers la droite, dans une sorte d'apostasie plus ou moins avouée. »

Le Devoir (Québec, Canada), 7 juin 1993, p. A6.

Gouvernance et gouvernement [ 6 juin 1993 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéJuan Carlos I de BourbónFelipe González Márquez

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1988 - 1998



octobre
1989
Réélection en Espagne d’un gouvernement majoritaire du Parti socialiste ouvrier espagnol

octobre
1989
[Résultats] Élections législatives

juin
1993
Réélection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti socialiste ouvrier espagnol

juin
1993
[Résultats] Élections législatives

mars
1996
Élection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti populaire

mars
1996
[Résultats] Élections législatives

juin
1998
Création de la Banque centrale européenne


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