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3 mars 1996

Élection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti populaire

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Miné pas des scandales et le retrait du soutien des régionalistes catalans, le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez déclenche des élections anticipées. Pour la première fois depuis 1982, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) perd le pouvoir au profit du Parti populaire (PP), qui récolte 38,8 % des voix et 156 sièges sur 350.

Après s’être maintenu au pouvoir grâce au soutien d’une formation régionaliste catalane, le PSOE se retrouve en difficulté en 1995. Son allié cesse alors de l’appuyer en raison de désaccords, par exemple sur un allègement des lois sur l’avortement. De plus, des scandales frappent le gouvernement. Le premier ministre Felipe Gonzalez est, entre autres, accusé d’avoir fermé les yeux sur les agissements d’un escadron de la mort antiterroriste dans les années 1980. Les régionalistes catalans et d’autres partis d’opposition mettent la pression sur le gouvernement pour déclencher des élections anticipées. En minorité à la Chambre, Gonzalez se résigne à demander la dissolution du Parlement et la tenue d’un scrutin le 3 mars 1996. Autant le PSOE que le PP, dirigé par José Maria Aznar, cherchent à occuper le centre politique en promettant des coupures dans les dépenses du gouvernement, des baisses d’impôt et la réduction du taux de chômage. Le PP met cependant l’accent sur les scandales entourant le PSOE, alors que les socialistes rétorquent que ses adversaires feront des coupures dramatiques dans les programmes sociaux et pourraient gouverner de façon autoritaire, comme à l'époque précédant le retour de la démocratie en Espagne. Le 3 mars 1996, le PP remporte les élections, mais de manière moins décisive qu’espérée. Il obtient 38,8 % des voix et 156 sièges sur 350, contre 37,6 % des votes et 141 sièges pour le PSOE. Aznar ne peut donc former un gouvernement majoritaire. Devant l’échec des négociations avec les autres partis, celui-ci décide de former un gouvernement minoritaire. Si le PSOE a conservé ses appuis dans les zones rurales et auprès des électeurs plus âgés, le PP aurait réussi à séduire les plus jeunes.

Dans les médias...


Michel Bole Richard, « « Sans ressentiment ni colère »»

«...Depuis Fernando VII, " le Désiré " (1784-1833), aucun personnage politique, dit-on, n'a été autant aimé en Espagne que Felipe Gonzalez. Pendant plus de treize ans, le président du gouvernement socialiste a été admiré, apprécié à tel point qu'il paraissait le seul dirigeant possible de cette monarchie parlementaire et reléguait tous ses adversaires et ses amis au rang de simples figurants. Seul le roi Juan Carlos était placé au-dessus de lui. Mais les plus belles histoires d'amour ont une fin. Les Espagnols ont finalement préféré un Castillan rigide à l'Andalou séducteur. Vont-ils le regretter ? Peut-être, mais ils voulaient voir autre chose, voir s'ils pouvaient se passer de lui, lui faire comprendre que quelques manquements au droit avaient terni le nom de l'Espagne et qu'il en portait, en tant que chef de gouvernement, la responsabilité. [...] Felipe Gonzalez, qui se définit comme " un social-démocrate, un homme de progrès ", espère pouvoir refaire une bonne partie du terrain perdu pour cause de corruption, d'arrogance, d'idéaux trahis, notamment auprès des nouvelles générations qui ne le suivent plus. Le politicien décontracté, au verbe facile, à l'assurance tranquille, n'est plus en phase avec la jeune Espagne. Le fossé s'est creusé. Aujourd'hui, il porte plus souvent le costume que le blouson, a perdu un peu de son élan et de sa force de conviction, a tempéré son caractère dans la pratique du pouvoir. Mais il affirme avoir gardé intactes ses convictions…»

Le Monde (France), 5 mars 1996, p. 3.

S.A., « Les milieux économiques redoutent l’instabilité due à la courte victoire de José Maria Aznar »

«...José Maria Aznar, qui semblait autrement détendu et souriant que la veille, lorsqu'il s'était rendu compte qu'il n'obtiendrait pas la majorité absolue - ni même la " majorité suffisante " promise par les sondages - , est persuadé qu'il pourra former un gouvernement stable, écartant avec fermeté l'idée de nouvelles élections anticipées. " Je suis prêt à dialoguer avec tous les partis sans exception, y compris le PSOE, en vue de la recherche des accords et des consensus nécessaires. L'Espagne a besoin de stabilité politique. C'est une question d'intérêt national. Nous ne disposons que d'un an et demi pour atteindre les objectifs de Maastricht. Je compte sur le sens des responsabilités de tous les partis. " [...] les marchés semblent moins optimistes. Les investisseurs tremblent à l'idée d'une instabilité politique prolongée en Espagne. Ils ont même décidé de prendre des mesures préventives, entraînant une chute de la Bourse de Madrid et de vives pressions sur la peseta. Car les nationalistes catalans de Convergencia i Unio (CiU) - qui, avec leurs 16 députés, feront encore la pluie et le beau temps à Madrid - ont déjà annoncé la couleur. [...] Ils n'appuieront pas l'investiture de José Maria Aznar comme président du gouvernement. »

Les Échos (France), 5 mars 1996, p. 4.

Gilles Toupin, « Le grand revirement »

«...si la droite revient en faisant un petit détour par le centre en Espagne, ce n'est pas tant pour la hardiesse et le spectaculaire de son programme politique ni en raison de la campagne, somme toute assez terne, de son chef José Maria Aznar. Le PP veut créer des emplois, réduire le déficit public, maintenir les acquis sociaux de l'État-providence, lutter contre la corruption et régler le problème du terrorisme basque. Les méthodes et les approches varient de celles des socialistes mais dans les détails seulement. Non, la victoire annoncée du Parti populaire est en grande partie due au lourd climat politique qui sévit dans le pays après 13 années de « Félipisme ». « Les gens, commente Fernando, un avocat de 25 ans, veulent ouvrir les fenêtres et laisser entrer un peu d'air frais. Treize ans de pouvoir socialiste, c'est trop long, ça use. » Surtout dans un pays où le gouvernement d'Antonio Maura, qui a régné de 1909 à 1911, est qualifié de «long gouvernement»... Puis, argument massue, dira le journaliste Enrique Vasques, l'un des plus influents columnist espagnol, «les démocrates n'aiment pas voir leur gouvernement s'engager dans le terrorisme d'État. »

La Presse (Québec, Canada), 2 mars 1996, p. E7.

Gouvernance et gouvernement [ 3 mars 1996 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéJuan Carlos I de BourbónFelipe González Márquez

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 
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1993
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juin
1993
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mars
1996
Élection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti populaire

mars
1996
[Résultats] Élections législatives

juin
1998
Création de la Banque centrale européenne

mars
2000
Réélection en Espagne d’un gouvernement majoritaire du Parti populaire

mars
2000
[Résultats] Élections législatives


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