29 septembre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

12 mars 2000

Réélection en Espagne d’un gouvernement majoritaire du Parti populaire

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Malgré de bonnes performances économiques, le gouvernement du Parti populaire (PP) de José Maria Aznar peine à prendre l’ascendant dans les sondages. Il obtient cependant la faveur des Espagnols lors du scrutin du 12 mars 2000 et surprend en remportant une majorité au Congrès des députés avec 44,5 % des voix et 183 sièges sur 350.

En 1996, le PP du conservateur José Maria Aznar a délogé le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) du pouvoir qu’il occupait depuis 1982. Le nouveau gouvernement a mis de l’avant des baisses d’impôt ainsi que d’importantes privatisations. Cette politique contribue à une hausse du produit national brut, alors que le déficit budgétaire et le taux de chômage diminuent. Lors de la campagne électorale précédant le scrutin du 12 mars 2000, le PP met de l’avant son bilan économique, promettant davantage de coupures budgétaires et de baisses d’impôt. Les sondages ne lui donnent qu’une mince avance sur le PSOE, maintenant dirigé par l’ex-ministre Joaquín Almunia. Une des raisons serait un scandale impliquant Aznar qui aurait nommé 11 de ses amis personnels à la tête d’entreprises juste avant leur privatisation. Cette affaire profite aux socialistes, mais leur alliance avec les communistes de Gauche unie (GU) n’a pas l’effet espéré sur les membres des deux formations. Celles-ci ont une courte liste de politiques communes et s’engagent à former un gouvernement de coalition, mais elles font campagne séparément, et non sur une liste électorale commune. D’autre part, les violences des séparatistes basques, même pendant la campagne, semblent jouer pour le PP qui opte pour la ligne dure. Le 12 mars, le PP étonne en atteignant un sommet historique, remportant une majorité au Congrès des députés – 44,5 % des voix, et 183 sièges sur 350 – et renforçant celle qu’il détenait au Sénat. Par contre, le PSOE atteint un creux avec 34,2 % des voix et 125 sièges, soit 16 de moins qu’en 1996, incitant Almunia à quitter son poste. GU perd aussi du terrain, ne faisant élire que 8 députés. Il s’agit d’un recul pour la gauche, alors que les partis régionalistes obtiennent des résultats variables. Certains d’entre eux ont joué un rôle dans les précédents gouvernements minoritaires, mais ce ne sera pas le cas cette fois car le PP est majoritaire.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Pierre-Alain Furbury (avec José Alves), « José Maria Aznar remporte haut la main les élections législatives en Espagne »

«...La faiblesse de la participation électorale, en recul de 7 points par rapport aux législatives de mars 1996, a certainement joué en faveur du chef du gouvernement sortant. A en croire la majorité des analystes politiques, le taux d'abstention, relativement élevé, s'explique non seulement par un beau temps ensoleillé dans toutes les régions du pays, mais aussi par la faible mobilisation de l'électorat de gauche. « La victoire du PSOE, expliquent-ils, dépendait beaucoup de la récupération du million d'électeurs perdus par IU entre les législatives de 1996 et les européennes de 1999. De toute évidence, ils se sont réfugiés dans l'abstention. » Selon les mêmes experts, les résultats d'hier confirment la fidélité du vote de centre droit en faveur du PP. La majorité des Espagnols ne s'est donc pas laissé séduire par le programme commun de gouvernement de la gauche, négocié sur le tard entre Joaquin Almunia et son homologue communiste, Francisco Frutos. Avant même de connaître le résultat du scrutin, Joaquin Almunia a tenu à préciser que le PSOE resterait fidèle à la stratégie désavouée par l'électorat, celle de l'unité d'action avec IU, dans le cadre de la « cause commune » à gauche. Puis, devant l'ampleur de la défaite, il a annoncé sa décision « irrévocable » de démissionner de la tête du Parti. « Nous n'avons pas réussi à mobiliser l'électorat de gauche », a-t-il reconnu...» »

Les Échos (France), 13 mars 2000.

Isabelle Lasserre et Ramon-Luis Acuna, « Un pays vacciné contre l’extrémisme »

«...« Les dernières années [de Franco] l'image du régime s'était complètement détériorée, un peu comme le régime roumain de Ceausescu. Dans toute l'Espagne le franquisme était devenu synonyme de répression et des temps obscurs. Personne ne voulait plus d'un retour en arrière », poursuit l'historien [Antonio Elorza]. Les effets s'en font sentir aujourd'hui. Consciente de ne pouvoir survivre sans renier un régime honni, la droite a bien manoeuvré. « Les nouvelles générations franquistes ont compris qu'il fallait faire autrement et que pour pouvoir accéder à nouveau au pouvoir il leur fallait se convertir à la démocratie, passer de l'autre côté », explique Antonio Elorza. Élu à la tête du Parti populaire, fondé par Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre de Franco et rédacteur de la Constitution démocratique de 1978, José Maria Aznar a progressivement écarté à partir de 1990 les derniers représentants de la droite franquiste. Jusqu'à faire de son mouvement un parti respectable de centre droit. Le succès, politique et économique, de la transition démocratique et l'ancrage réussi en Europe ont fait le reste. »

Le Figaro (France), 13 mars 2000, p. 5.

Christian Kazandjian, « Le sacre de José-Maria Aznar »

«...L'accord de gouvernement, inspiré de l'expérience française de "gauche plurielle" est intervenu fort tard - à cinq semaines du scrutin - et après des décennies de déchirements entre PSOE et IU [Gauche unie]. Dans ces conditions, il a pu apparaître comme électoraliste, peu crédible. Joaquín Almunia et Francisco Frutos n'ont pas levé les doutes. Quatre jours avant le scrutin, le leader socialiste dévoilait un plan de 100 premiers jours de gouvernement nuançant, les propositions arrêtées par l'accord; le lendemain c'était au tour de son partenaire de IU d'apporter ses corrections au texte signé un mois plus tôt. Pas la meilleure façon de faire sortir de leur réserve ceux qui ne croyaient pas à la réussite de l'expérience historique d'une gauche, unie pour la première fois. Les plus réticents des électeurs socialistes et communistes que les querelles passées avaient douchés y ont vu la confirmation de leur méfiance vis-à-vis du tout nouveau partenaire. L'aboutissement des négociations a pu apparaître, à nombre d'autres, comme une concession à l'identité de chaque formation, confinant à une capitulation sur les principes: abandon d'une nouvelle trajectoire socialiste dont la troisième voie de Tony Blair et Gerhard Schröder représente la forme la plus libérale, pour les uns, et affaiblissement du combat contre le capitalisme pour les autres. »

l’Humanité (France), 14 mars 2000, p. 16.

Serge Truffault, « Le triomphe d’Aznar »

«...Si l'on en croit les diverses analyses composées dans la foulée de ces législatives, le raz de marée observé traduit l'effondrement du Parti socialiste, un certain recul des formations nationalistes, l'affaissement marqué des communistes, et un vote de confiance pour la politique économique adoptée par Aznar depuis son accession au pouvoir en 1996. Depuis qu'il domine les Cortès, celui qu'on surnomme Charlot à cause de sa petite taille et son épaisse moustache, s'est attaché à imprimer à la vie politique du pays les règles économiques du libéralisme. Réduction draconienne du déficit public, privatisation tous azimuts, réforme du code du travail, etc. Sur ce plan, Azar a récolté des dividendes, notamment en matière de croissance du PIB, sur lesquels il s'est appuyé avec constance au cours sa campagne pendant que ses principaux adversaires, les socialistes, se chamaillaient entre eux à qui mieux mieux. En tablant sur les enjeux économiques, voire en imposant les sujets économiques au programme politique des dernières semaines, Azar a su convaincre, au premier chef, les 2,5 millions de jeunes qui votaient pour la première fois. »

Le Devoir (Québec, Canada), 14 mars 2006, p. A6.

Gouvernance et gouvernement [ 12 mars 2000 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéJuan Carlos I de BourbónJosé María Aznar López

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1995 - 2005



mars
1996
Élection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti populaire

mars
1996
[Résultats] Élections législatives

juin
1998
Création de la Banque centrale européenne

mars
2000
Réélection en Espagne d’un gouvernement majoritaire du Parti populaire

mars
2000
[Résultats] Élections législatives

mars
2004
Élection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti socialiste ouvrier espagnol

mars
2004
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


septembre
2019
Changement de cap : l'Espagne devient la destination privilégiée des migrants africains

mars
2019
Le procès des indépendantistes catalans vient mettre de l'huile sur le feu

septembre
2017
Les socialistes espagnols se tournent vers Sánchez pour contrer la chute

octobre
2016
Le parti Podemos est-il en mesure de briser la tendance vers la droite en Europe?

février
2016
Des élections sans gagnants en Espagne

septembre
2015
Espagne : relance réelle ou mirage économique ?

février
2015
Économie espagnole : une première en six ans

octobre
2014
La polémique de l'immigration clandestine en Espagne

septembre
2014
Le gouvernement espagnol abandonne un projet de loi controversé

septembre
2014
Un démocrate espagnol s'éteint


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019