29 septembre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

10 novembre 2019

Élection en Espagne d’un gouvernement de coalition dirigé par le Parti socialiste ouvrier espagnol

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après les législatives d’avril, les Espagnols retournent aux urnes le 10 novembre 2019. Ce scrutin ne permet pas à un parti d’obtenir une majorité, mais un accord est trouvé entre le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et Podemos, deux formations de gauche. Ils forment un gouvernement de coalition qui sera assermenté en janvier 2020.

À la tête d’un gouvernement minoritaire depuis 2018, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez déclenche des élections anticipées en avril 2019 à la suite du rejet d’un projet de loi des finances. Il s’agit des quatrièmes élections depuis 2015 en Espagne. La campagne est acrimonieuse et favorise la formation d’extrême droite Vox, qui profite de l’insatisfaction de la population face à l’instabilité gouvernementale et aux troubles sécessionnistes en Catalogne. Comme pour les élections précédentes, le scrutin de novembre 2019 ne permet pas de dégager un gagnant clair en raison de la répartition des sièges entre les partis. Le PSOE arrive en tête avec 28 % des voix et 120 députés sur 350, contre 20,8 % des voix et 89 députés pour le Parti populaire de Pablo Casado, qui est en nette progression. C’est toutefois Vox de Santiago Abascal qui fait le plus de gains, récoltant 15,1 % des voix et 52 députés, soit 28 de plus qu’en avril. Alors que l’impasse semble se dessiner une fois de plus, Sanchez annonce contre toute attente qu’il est parvenu à s’entendre avec Podemos (12,9 % et 35 députés) pour former un gouvernement de coalition. Lors de la campagne, ce parti de gauche s’était prononcé, entre autres, contre la privatisation de la banque d’État. Même si elle ne rassemble pas une majorité absolue de sièges, la coalition parvient à avoir l’appui de la chambre par une marge très mince en janvier 2020, soit 167 votes contre 165, avec 18 abstentions. Il s’agit de la première fois que l’Espagne est dirigée par un gouvernement de coalition depuis le retour de la démocratie dans les années 1970.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Cécile Thibaud, « Vox, troisième force du parlement lorgne les classes populaires »

«...Pour le leader de Vox, tout ne fait que commencer. À peine un an plus tôt, son parti apparaissait comme une anecdote semi-folklorique, rassemblement d'une poignée d'illuminés arc-boutés dans une défense des valeurs de l'Espagne éternelle, entre Dieu, la patrie et les corridas. Sur les images de campagne, le leader n'hésitait pas à apparaître à cheval, dans les lieux les plus emblématiques de l'histoire nationale. Prêt à jouer les héros d'une nouvelle reconquista, une reconquête du pays face au risque séparatiste, comme jadis celle des rois catholiques face à l'invasion arabe. Dans ses meetings, il conspue « la dictature progressiste » ou encore les féministes, rebaptisées « féminazies » , au fil de tirades confuses où se mêlent des relents de franquisme et des envolées homophobes ou xénophobes. Les tensions en Catalogne, ces derniers mois, sont tombées à pic pour alimenter sa machine et, avec le séparatisme catalan pour combustible, Vox n'a cessé de marquer des points. Levant l'étendard de « l'alternative patriote à l'indépendantisme » , il appelle à lutter contre les « anti-Espagnols » et dénonce le silence de « la petite droite trouillarde » . Ce discours musclé vient donc de le propulser au rang de 3e force au sein du nouveau parlement. Le bond spectaculaire de Vox lui vaut les applaudissements d'autres leaders de l'extrême droite européenne, comme Marine Le Pen, qui saluait dès dimanche soir « une progression fulgurante »»

Tribune de Genève (Suisse), 12 novembre 2019, p. 17.

Mathieu Taillac, « Des législatives pour débloquer l’Espagne »

«...L'Espagne conclut une campagne de mauvaise humeur, dont les électeurs ne voulaient pas et qui risque, au mieux, de ne rien résoudre, au pire, de resserrer davantage les noeuds du blocage de la politique. Ces élections sont le fruit de l'incapacité du vainqueur du scrutin du 28 avril, le socialiste Pedro Sanchez, à convaincre Podemos (gauche radicale) à sa gauche, ou Ciudadanos (centre droit) à sa droite. [...] Les analystes prévoyaient une campagne marquée par les accusations croisées sur la responsabilité du blocage. Elle a finalement tourné autour de la question catalane. Tous les partis étaient conscients que la condamnation à des peines de prison ferme des responsables de l'organisation du référendum d'autodétermination illégal du 1er octobre 2017 serait connue trois semaines avant le scrutin. Il était prévisible que ce verdict provoque un mouvement de protestation massif en Catalogne. En revanche, la violence des attaques contre la police, fait d'une minorité radicale issue d'un mouvement globalement pacifique, et l'émotion suscitée dans le reste du pays ont pris les candidats par surprise. »

Le Figaro (France), 9 novembre 2020, p. 10.

Alain Salles, « L’Europe de la IVe République »

«...Depuis la crise de la zone euro et la révolte des « indignés », au début des années 2010, le paysage politique avait su se régénérer. Les Indignados ont fait naître un parti, Podemos, et un chef de file, Pablo Iglesias, pour incarner le mouvement de protestation et bousculer le vénérable Parti socialiste ouvrier espagnol, le PSOE. A droite, Ciudadanos, créé en 2006 par Albert Rivera, dans l'opposition aux indépendantistes catalans, s'imposait, en 2014, sur l'échiquier politique entre le PSOE et le Parti populaire (PP, conservateur). Les deux formations ont mis fin au bipartisme qui sévissait depuis la fin de la dictature. Pablo Iglesias et Albert Rivera présentaient une autre façon de faire de la politique par rapport aux vieux partis, minés par des affaires de corruption. Albert Rivera a refusé de s'allier avec l'ancien premier ministre Mariano Rajoy, tandis que Pablo Iglesias avait du mal à cacher son mépris pour les « sociaux traîtres » du PSOE qu'il pensait pouvoir supplanter. [...] Les élections du 10 novembre sonnent le glas de ce renouveau politique espagnol. La sensation a été créée par le succès du parti d'extrême droite, Vox, devenu en moins d'un an la troisième force du pays, alors qu'on croyait l'Espagne immunisée par quarante ans de franquisme. »

Le Monde (France), 15 novembre 2019, p. 30.

Daniel Dombey, « Vox breaks out of Spain’s political wilderness »

«...Analysts agree that Vox's rise has been largely fuelled by the response to the Catalonia dispute, which intensified last month after nine separatists were given jail sentences for their parts in the illegal 2017 referendum and declaration of independence. Mr Abascal also had a much greater media presence than in the April election, taking part for the first time in a televised leaders' debate. For much of the time, the other party chiefs, often concerned with winning votes from each other, did not challenge him. The big question is how much more Vox can grow. One PP veteran argues that Vox's roots lie in two groups that were traditionally parts of his own party: "very Catholic social conservatives" and "very nationalist" supporters of a centralised Spain. His analysis concurs with those of academics who argue that Vox has done more to fragment the rightwing vote than appeal to disaffected working-class voters in the fashion of other far-right politicians, such as France's Marine Le Pen. »

Financial Times (Royaume-Uni), 12 novembre 2019.

Gouvernance et gouvernement [ 10 novembre 2019 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéPhilippe VI (Felipe VI)Pedro Sánchez

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2014 - 2016



juin
2014
Annonce de l'abdication du roi d'Espagne, Juan Carlos 1er

novembre
2014
Tenue d'une consultation sur l'auto-détermination de la Catalogne

septembre
2015
Élections régionales au Parlement de Catalogne

décembre
2015
Tenue d'élections législatives en Espagne

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
Réélection en Espagne d’un gouvernement minoritaire du Parti populaire

juin
2016
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


septembre
2019
Changement de cap : l'Espagne devient la destination privilégiée des migrants africains

mars
2019
Le procès des indépendantistes catalans vient mettre de l'huile sur le feu

septembre
2017
Les socialistes espagnols se tournent vers Sánchez pour contrer la chute

octobre
2016
Le parti Podemos est-il en mesure de briser la tendance vers la droite en Europe?

février
2016
Des élections sans gagnants en Espagne

septembre
2015
Espagne : relance réelle ou mirage économique ?

février
2015
Économie espagnole : une première en six ans

octobre
2014
La polémique de l'immigration clandestine en Espagne

septembre
2014
Le gouvernement espagnol abandonne un projet de loi controversé

septembre
2014
Un démocrate espagnol s'éteint


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019