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17 novembre 2018

Premières manifestations des gilets jaunes en France

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Emmanuel Macron

Des centaines de milliers de Français expriment leur colère contre une hausse de la taxe sur les produits énergétiques en bloquant des routes, puis en organisant des manifestations d’envergure en 2018 et en 2019. Graduellement, le mouvement fait tache d’huile, forçant le gouvernement d’Emmanuel Macron à reculer sur certains points.

En septembre 2018, on annonce aux Français qu’ils seront touchés à partir du 1er janvier 2019 par une augmentation de 11,5 % de la taxe intérieure de la consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Elle se greffe à des hausses antérieures de cette taxe ainsi qu’à celle du fardeau fiscal observée depuis la crise économique de 2008. Une forte mobilisation sur les réseaux sociaux entraîne un mouvement de protestation, sans leadership centralisé. Le 17 novembre 2018, des centaines de milliers de Français portant des gilets jaunes, comme ceux que les automobilistes utilisent pour être plus visibles, bloquent des ronds-points et des routes à travers le pays. S’ajoutent à cela d’autres revendications relatives aux politiques fiscales et sociales et à une démocratie plus participative. Elles reflètent un mécontentement à l’endroit des élites traditionnelles, particulièrement le président Emmanuel Macron dont certains réclament la démission. Des manifestations ont lieu à chaque semaine, dont de très imposantes à Paris. Certains attroupements dégénèrent en affrontements avec les policiers, ce qui devient un autre enjeu. Le gouvernement réagit en décembre en annulant la hausse de la TICPE et en annonçant celle du salaire minimum de croissance (SMIC). Puis, il dépose une loi anticasseurs et, le 15 janvier 2019, le président invite la population à débattre de la transition écologique, la fiscalité, les services publics et le débat démocratique. Le 25 avril, Macron annoncera une baisse de l’impôt sur le revenu et une ré-indexation des retraites plus faibles. Les manifestations, qui se poursuivent avec une intensité variable, diminueront graduellement. Les analystes s’entendent toutefois pour reconnaître que cette crise dépasse la seule question fiscale, évoquant un sentiment d’incompréhension et de colère face aux inégalités qui est particulièrement prononcé dans les régions et dans certaines classes sociales.

Dans les médias...


Richard Werly, « Des « gilets jaunes » résolus à continuer »

«...La crispation illustrée par ce mouvement est typiquement française. L'histoire du pays est jalonnée de jacqueries et de poussées de fièvre populaires, sociales et populistes. Les émeutes des banlieues de 2005 ou la révolte des « bonnets rouges » contre - déjà - une taxe écologique sur les transports en Bretagne l'ont prouvé. Sauf que l'agenda réformiste de ce gouvernement - dont l'objectif est de moderniser l'économie hexagonale et de la rendre plus compétitive - ne permet guère d'y répondre. La hausse des taxes sur les carburants n'est pas nouvelle. Une bonne partie de l'augmentation du prix à la pompe dépend aussi des cours mondiaux du pétrole. Et les mesures favorables à l'augmentation du pouvoir d'achat comme la suppression de la taxe d'habitation, prélevée par les communes sur les biens immobiliers, ont été gommées par des hausses d'impôts variées et le renchérissement du coût de la vie. Ironie de cette année 2018: ce n'est pas du côté du secteur public et des fonctionnaires que les blocages surviennent, comme l'on pouvait s'y attendre au moment de la réforme de la SNCF, mais du côté de la classe moyenne de province et des retraités, furieux de l'augmentation des prélèvements. Une peur diffuse s'est emparée des territoires, résultat de multiples grognes et colères accumulées. L'impression d'un gouvernement de techniciens trop élitistes, coupé du réel et privé de relais, s'est répandue comme une traînée de poudre. »

Le Temps (Suisse), 19 novembre 2018, p. 4.

Joseph Confavreux, « Le « gilets jaunes », miroirs des évolutions de la démocratie »

«...D'un bout à l'autre de l'échiquier politique, les opposants à Macron projettent leurs désirs sur les gilets jaunes. Mais que peut-on voir dans cet habit dont la singularité est moins constituée par sa couleur que par son aspect réfléchissant ? Les « gilets jaunes » sont-ils en train de redorer le blason d'une couleur dont la tonalité politique est traditionnellement associée aux syndicats maisons suscités par les patrons pour briser les grèves ou freiner les revendications ? Ou bien sont-ils les dignes héritiers, dans la méfiance fiscale et étatique affichée par plusieurs d'entre eux, d'une coloration politique traditionnellement associée au libéralisme, voire au libertarianisme, utilisée par exemple par le parti libéral-démocrate en Allemagne ou les libéraux-démocrates au Royaume-Uni ? [...] Si les « gilets jaunes » peuvent constituer un miroir pour notre temps, c'est peut-être moins dans les dessins et desseins que veulent y voir apparaître des représentants de l'opposition prompts à se satisfaire, sans toujours être trop regardants, d'un mouvement hostile à la politique d'Emmanuel Macron, que par les reflets plus flous qu'ils laissent transparaître. »

Mediapart (France), 20 novembre 2018.

Jérôme Fourquet, « « Gilets jaunes » : radiologie sociologique et culturelle d’un mouvement »

«...À Paris, ce sont principalement des provinciaux qui « montent à la capitale » comme en témoignent les nombreux drapeaux régionaux arborés ou le profil des personnes interpellées, quasiment toutes originaires de la France périphérique. Les habitants de grande banlieue venant par exemple de Seine-et-Marne (comme Éric Drouet ou Priscillia Ludosky) ou du sud de l'Essonne, comme Christophe Dettinger, le « boxeur gilet jaune » , sont également présents. Tout se passe comme si toute une partie de la France décrite par Nicolas Mathieu dans son livre Leurs enfants après eux (Actes Sud, prix Goncourt 2018) avait décidé, après des années de résignation et d'humiliation ressentie, de donner de la voix. En investissant les beaux quartiers des métropoles, c'est cette demande de considération et cette colère trop longtemps rentrée qui s'expriment désormais depuis deux mois comme l'exprime Jean-Pierre, venu de Pithiviers (Loiret, à 100 kilomètres de Paris) interviewé par Le Monde : « Ils (les habitants de ces quartiers condamnant la violence et la casse, NDLR) nous demandent de se mettre à leur place, mais eux sont incapables de se mettre à la nôtre. Crever en silence, c'est fini. » On mesure à ces mots l'écart béant existant aujourd'hui entre le haut et le bas du millefeuille français. Le grand débat national parviendra-t-il à résorber ces fractures ? »

Le Figaro (France), 23 janvier 2019, p. 15.

Lysiane Gagnon, « Tourner en rond »

«...Plusieurs analystes estiment que les gilets jaunes ont créé les conditions de la fusion de l'extrême droite et de l'extrême gauche, comme en Italie où les populistes gauchisants du Mouvement 5 Étoiles ont rejoint les néofascistes de la Ligue. N'oublions pas qu'au premier tour de la présidentielle, la moitié des Français a voté pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon… dont les programmes se ressemblaient remarquablement. Cette semaine, après le huitième samedi de saccage, de 60 à 70 % des Français restaient sympathiques aux revendications des gilets jaunes. C'est beaucoup, compte tenu du déchaînement de violence insurrectionnelle auquel on a assisté. Autre particularité : il s'agit d'une révolte de Blancs de la classe moyenne inférieure – petits salaires, petites retraites, niveau d'instruction relativement faible. Il y a peu de minorités visibles sur les ronds-points. Ni les enseignants ni les artistes ne participent à la fronde. Tout cela se joue sur une immémoriale toile de fond : le ressentiment de la province envers Paris, celui de la France « d'en bas » qui se sait méprisée par la bourgeoisie des grandes villes qu'Emmanuel Macron incarne si parfaitement. »

La Presse+ (Québec, Canada), 12 janvier 2019, p. 6.

Serge Halimi, « Quand tout remonte à la surface »

«...le mouvement n’a ni dirigeants ni porte-parole, il rejette les partis, écarte les syndicats, ignore les intellectuels, combat les médias. D’où, probablement, sa popularité, qu’il a conservée y compris après des scènes de violence dont n’importe quel autre pouvoir aurait tiré profit. Il pourra également mettre en avant la satisfaction d’une partie de ses revendications. À l’exception des détenteurs de fortunes, qui peut en dire autant depuis dix ans ? Inutile de prétendre lire l’avenir d’un mouvement aussi culturellement étranger à la plupart de ceux qui font ce journal et de ceux qui le lisent. Ses perspectives politiques sont incertaines ; son caractère hétéroclite, qui a contribué à son audience, menace sa cohésion et sa puissance : l’accord entre ouvriers et classes moyennes intervient plus facilement quand il s’agit de refuser une taxe sur les carburants ou la suppression de l’ISF que quand une revalorisation du smic ferait craindre à un petit patron ou à un artisan l’augmentation de ses cotisations. Toutefois, un ciment unificateur possible existe, dans la mesure où bien des demandes des « gilets jaunes » découlent des transformations du capitalisme : inégalités, salaires, fiscalité, déclin des services publics, écologie punitive, déménagement des territoires, surreprésentation de la bourgeoisie diplômée dans les instances politiques et dans les médias, etc...»

Le Monde diplomatique (France), janvier 2019, p. 1, 14 et 15.

Gouvernance et gouvernement [ 17 novembre 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
ÉlevéEmmanuel MacronÉdouard Philippe

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2013 - 2016



mai
2014
Début des élections législatives au Parlement européen

janvier
2015
Manifestations d'envergure en France à la suite d'attentats terroristes

novembre
2015
Attentats terroristes en France

décembre
2015
Fin de la Conférence de Paris sur le changement climatique


Dans l'actualité


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2020
La Covid-19 force la fermeture des entrepôts d'Amazon France

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Le voyage de Macron à Shanghai : une Chine davantage ouverte à l'Union européenne ?

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2019
G7 2019 : un sommet qui sème la tension

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Perquisition de l'opposition en France : Jean-Luc Mélenchon dénonce furieusement un abus de pouvoir

février
2019
Un climat politique orageux en France

octobre
2018
Donner du sang, oui, mais pas pour toute la France...

septembre
2018
Le président français devant le Congrès américain : séduction ou critique ?

janvier
2018
Le populisme sous la loupe du Forum mondial de la démocratie de Strasbourg

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2017
Des élections désastreuses pour le Parti socialiste en France

juillet
2017
Nostalgie ou changement sans dérangement


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