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4 août 2020

Explosions dans le port de Beyrouth, au Liban

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Deux explosions dévastatrices, survenues le 4 août 2020, créent des dommages importants à Beyrouth, la capitale du Liban. Elles soulèvent aussi la colère de la population contre la classe politique, incitant le premier ministre Hassan Diab à annoncer sa démission et celle de son gouvernement le 10 août.

La propagation de la covid-19, au printemps 2020, éprouve la population libanaise, déjà aux prises avec une situation économique difficile (inégalités, chômage, endettement, etc.) avec laquelle doit composer le gouvernement de Hassan Diab, en poste depuis janvier 2020. C’est dans ce contexte que le 4 août, deux explosions survenues dans le port de Beyrouth créent une dévastation sans précédent. La conflagration, que certains considèrent comme une des « plus grosses explosions non-nucléaires » de l’histoire, fait au moins 220 morts, plus de 600 blessés et laisserait entre 250 000 et 300 000 habitants sans toit. Le choc, qui crée un cratère de 120 mètres de diamètre par 43 de profondeur, sera attribué à l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans un entrepôt du port, une zone économiquement stratégique du Liban. Le fait que l’on aurait déjà averti les autorités de la menace que représentait ce composé chimique, conservé à cet endroit depuis 6 ans, avive les passions et les critiques à l’endroit de la classe politique. Le 8 août, des manifestations initiées sur la place des Martyrs mènent à des scènes de violence, notamment lorsque les contestataires se rapprochent du Parlement ou prennent d’assaut différents ministères ainsi que l’Association des banques du Liban. La compétence et l’intégrité du gouvernement sont mises en cause. L’état d’urgence est décrété pour deux semaines, alors que des députés, puis des ministres quittent leurs fonctions. Après avoir suggéré de tenir des élections, le premier ministre Hassan Diab annonce la démission de son gouvernement le 10 août. Selon lui, cette tragédie n’est que le symptôme « du système de corruption qui étouffe et asservit l’État et ses institutions ». L’aide s’organise au Liban et à l’étranger, des pays s’engageant à contribuer à la hauteur de 252,7 millions d’euros. L’un d’eux est la France, dont le président Emmanuel Macron, de passage à Beyrouth, appelle à un « profond changement » des dirigeants libanais.

Dans les médias...


Paul Khalifeh, « Le Liban s’enfonce dans la crise politique »

«...le Premier ministre n'est pas parvenu à faire passer un projet de loi sur la tenue d'élections législatives anticipées. C'est plus cet échec qui est à l'origine de la chute du gouvernement que la colère de la rue qui bouillonne depuis l'explosion du port de Beyrouth. Hassan Diab avait surpris l'ensemble de la classe politique en proposant, samedi, la tenue d'élections anticipées... qui ne figurent pas dans les revendications de la rue. Aux yeux des contestataires, un nouveau scrutin ne changerait rien, puisque la loi électorale reste calibrée pour servir les intérêts des forces politiques traditionnelles, celles-là même qu'ils rejettent en bloc depuis des mois et de façon encore plus radicale depuis la tragédie du 4 août. La décision de provoquer des élections, prise sans concertation avec la majorité parlementaire qui le soutient (composée notamment du Courant patriotique libre, parti chrétien proche du président Michel Aoun, et du Hezbollah, mouvement chiite armé) a finalement provoqué sa chute. D'autant que l'initiative était à l'origine issue des rangs de l'opposition parlementaire ! Frappé depuis des mois par la pire crise économique de son histoire, sinistré par la double explosion du 4 août à Beyrouth, le Liban est entré hier dans une crise politique aux conséquences incalculables. Cette vacance du pouvoir exécutif intervient à un moment critique, dans un pays au bord d'une crise humanitaire majeure. »

Aujourd’hui en France (France), 11 août 2020.

La rédaction, « Beyrouth, capitale de la colère »

«...Selon l’analyste Maha Yehya, quatre des cinq piliers clés qui ont longtemps soutenu le Liban se sont effondrés ces derniers mois. Premièrement, le partage de pouvoir entre les différentes factions et communautés libanaises ne fonctionne plus. Deuxièmement, la crise bancaire et celle du secteur tertiaire marquent l’effondrement de la république marchande libanaise. Cette crise économique anéantit le troisième pilier du pays, à savoir la classe moyenne qui s’appauvrit et ne trouve plus d’avenir au Liban. Un quatrième pilier, celui des libertés, est également en train de s’effriter. Depuis le 17 octobre, au moins 60 personnes ont été arrêtées pour avoir publié des informations sur les médias sociaux. Enfin, le cinquième pilier — l’armée et les forces de sécurité intérieure — encore debout, ressent désormais les effets de la crise et commence à se fissurer. La perception de l’effondrement de ces piliers par la population libanaise est de toute évidence à l’origine de sa mobilisation du 17 octobre et de l’explosion du nitrate dans le port de Beyrouth. »

Tel Quel (Maroc), 13 août 2020.

Agnès Gruda, « Reconstruire Beyrouth…et l’État »

«...Ce pays ultra fragmenté doit reconstruire sa capitale ravagée, mais aussi son État tout entier. Un État qui a brillé par son absence depuis l'explosion du 4 août. Aucun dirigeant n'a pris la peine de se rendre sur les lieux de l'explosion. Les Libanais sont laissés à eux-mêmes pour ramasser les dégâts, alors que les forces de l'ordre répriment les manifestants. Un abandon ahurissant. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait aucun scénario de sortie de crise. Il faudrait nommer un gouvernement d'experts indépendants, le laisser négocier avec le FMI et mettre en place une démarche permettant au Liban de sortir de son carcan sectaire. Oui, mais comment y arriver ? C'est ici que la communauté internationale a un rôle à jouer. Le Liban a un pied dans le gouffre. C'est le temps de dire à ses élites politiques que pour accéder à l'aide internationale, il y a des conditions. [...] un pied du gouffre, le Liban a plus que jamais besoin d'aide internationale. Et la communauté internationale a plus que jamais une occasion de faire pression sur les leaders libanais pour les obliger à changer les règles du jeu. Cette fois, pour vrai. »

La Presse+ (Québec, Canada), 12 août 2020, p. 2.

Paul Wood, « The mood in Lebanon is for revolution »

«...The port explosion seemed like a final blow. The country’s economy was already on the point of collapse last year. Then came the pandemic. The government has defaulted on its international debt; the currency has lost four fifths of its value; banks have closed their doors, robbing the middle classes of their savings; the poor go hungry; the power is out for 20 hours a day. All this seemed to be pushing Lebanese back into their own communities, Shia, Sunni and Christian. A few weeks ago a friend in Beirut wrote saying that Lebanon was turning into Venezuela and would soon be Somalia. ‘There is a lot of talk about people buying weapons and arming themselves…’ That was before the explosion. Now the popular mood seems to be for revolution. Corruption has spread like a malignant tumour because it was protected by the sectarian division of power in Lebanon. Many of the protestors on the streets want that system swept away, so Lebanon can be a ‘normal’ country. There are risks in this. The sectarian division of power stems from the Taif agreement that ended the civil war 30 years ago. Though it has never delivered a stable government, it has kept the peace. The question now is whether, in their bitterness and anger, Lebanese will return to sectarianism, or if they can break free of their past. »

The Spectator (Royaume-Uni), 15 août 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 4 août 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Liban
IntermédiaireMichel AounHassan Diab

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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