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9 août 2020

Réélection d’Alexandre Loukachenko à la présidence du Belarus

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Alexandre Loukachenko

Le 9 août 2020, le leader autoritaire du Belarus (Biélorussie), Alexandre Loukachenko, est réélu avec une majorité écrasante. Considéré par plusieurs comme « ni libre et ni équitable », ce scrutin entaché d’irrégularités donne toutefois lieu à une contestation sans précédent se poursuivant dans les jours suivant le vote.

Alexandre Loukachenko règne sur le Belarus depuis 1994. Son contrôle autoritaire sur le pays et ses institutions s’exprime notamment lors d’élections qu’il remporte par des majorités écrasantes contre une opposition muselée. Celle-ci ne parvient d’ailleurs pas à faire élire un seul député lors des législatives du 17 novembre 2019. D’autres candidats à la présidence se manifestent toutefois en 2020, à l’approche du scrutin du 9 août. Ils suscitent de l’intérêt en critiquant la gestion par Loukachenko de la crise de la covid-19, en plus de la situation économique du pays et de celle des droits de la personne. Deux des mieux placés, le banquier Viktar Babaryka et l’activiste Sergueï Tikhanovski, sont arrêtés sous différents prétextes. La femme de ce dernier, Svetlana Tsikhanovskaïa, décide de se présenter à son tour comme indépendante. Elle veut, entre autres, libérer les prisonniers politiques, assainir la vie démocratie du Belarus et s’éloigner du traité liant celui-ci à la Russie. Cette candidature suscite un vif intérêt et attire de fortes foules, dont une de plusieurs dizaines de milliers de personnes à Minsk. Lors de l’élection du 9 août 2020, Tsikhanovskaïa est cependant largement devancée par Loukachenko qui aurait récolté plus de 80 % des voix, contre environ 10 % pour elle. Des accusations de fraudes massives sont lancées par tous les candidats, alors que l’Union européenne qualifie le scrutin de « ni libre ni équitable ». Loukachenko, dont les relations sont pourtant tendues avec Moscou, obtient l’appui du président russe Vladimir Poutine. La contestation se poursuit néanmoins. Une sévère répression est exercée contre les manifestants, alors que Tsikhanovskaïa se réfugie en Lituanie. Des dizaines de milliers de personnes, du jamais-vu depuis l’indépendance du Belarus, continuent néanmoins de protester contre les résultats du vote et de réclamer le départ de Loukachenko.

Dans les médias...


Benjamin Quénelle, « L’avenir de Loukachenko se joue entre foules en colère à Minsk et soutien de Moscou »

«...les foules sont bien plus nombreuses et diverses, à Minsk et simultanément dans plusieurs villes de province. Et surtout, elles n’ont plus peur. Autre nouveauté : l’opposition est unie derrière une leader improbable mais résolue, Svetlana Tikhanovskaïa, la « Jeanne d’Arc biélorusse ». La jeune femme, 37 ans, se garde bien de jouer au révolutionnaire. Au contraire, elle appelle au dialogue. Un vrai défi pour Alexandre Loukachenko qui, misogyne et comptant sur les élans conservateurs d’une Biélorussie très rurale, a dénigré Svetlana Tikhanovskaïa et son équipe féminine en « pauvres nanas ». L’égérie de l’opposition n’a pas formellement demandé à manifester mais a invité le président à discuter pour « céder le pouvoir ». Un appel habile à la transition pacifique de la part de la candidate qui n’ambitionne pas de devenir présidente. Son seul programme est de faire libérer les prisonniers politiques, changer la Constitution et organiser une nouvelle présidentielle. Cette position tout en nuance pourrait, tout en plaisant aux foules de manifestants, séduire les Biélorusses plus modérés. Et, étape cruciale dans tout renversement de régime, faire apparaître des failles au sein des autorités. Le défi au dialogue lancé par Svetlana Tikhanovskaïa pourrait fissurer le soutien inconditionnel des cercles d’élite qui, de la police aux médias, sont les indispensables relais au contrôle présidentiel. »

Le Soir (Belgique), 11 août 2020, p. 12.

Claire Gatinois, « En Biélorussie, la dérive violente du régime se poursuit »

«...Pour les manifestants, un nouveau point de bascule a été franchi, confirmant qu'Alexandre Loukachenko, autocrate qui règne sur le pays depuis plus d'un quart de siècle, s'accrochera au pouvoir, quoi qu'il en coûte. « Il n'a aucune limite, affirme le chercheur biélorusse Tadeusz Gizcan. C'est une guerre. » [...] Quand les plus romantiques rêvaient en Biélorussie d'une « révolution des roses », comme en Géorgie, Alexandre Loukachenko propose un scénario alternatif : celui d'Andijan en mai 2005. « Vous ne vous souvenez pas comment l'ancien président [ouzbek] Karimov a réprimé un coup d'État à Andijan en tirant sur des milliers de personnes ? (...) Eh bien, nous vous le rappellerons ! », avait assuré le chef d'État en juin. Face à cette escalade de violence, des chaînes humaines se sont formées, à Minsk, dans la capitale, mais aussi à Grodno, Lida, Baranovitchi, Jodzina. Des femmes souvent vêtues de blanc se tenaient la main en chantant « nous sommes pour la paix ». Mais chacun sait que la rue parviendra difficilement à défaire, seule, l'autocrate. Alexandre Loukachenko, désormais haï de la majorité, ne peut tenir que par la force. Et pour l'heure, hormis quelques défections sporadiques, les forces de sécurité sont à ses côtés. »

Le Monde (France), 14 août 2020, p. 3.

Vadim Kamenka, « La « révolution blanche » n’est jamais sûre »

«...Depuis le 10 août, de nombreuses critiques ont été émises par plusieurs gouvernements européens à l'égard de la répression et de l'attitude du pouvoir. Les présidents du Conseil et de la Commission européenne ont également appelé à la fin des violences. Mais iront-ils jusqu'à voter des sanctions contre l'exécutif biélorusse et ses élites ? « Ils sont davantage dans une phase d'observation et de condamnation. Depuis plusieurs années, la stratégie des 27 est de détacher la Biélorussie de la Russie avec un discours bienveillant. Aujourd'hui, il existe de réelles réticences à adopter des sanctions qui pousseraient Minsk définitivement dans les bras de Moscou », nous explique un diplomate européen. Du côté de la Russie, l'attente est de mise. Si le chef de l'État Vladimir Poutine a félicité Loukachenko pour sa victoire, il apparaît prudent face à l'isolement croissant du président biélorusse. Plusieurs opposants ont fui à Moscou. Par contre, il est clair que le Kremlin ne laissera pas la situation lui échapper. « Les liens sécuritaires et les flux économiques entre le Bélarus et la Russie sont importants. Et quand cette grande puissance considère que ses intérêts stratégiques sont en jeu, elle peut aller loin. On l'a vu après Maïdan avec l'annexion de la Crimée et l'intervention, certes non assumée, dans le Donbass », rappelle Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe. »

l’Humanité (France), 14 août 2020, p. 8.

Galia Ackerman, propos recueillis par Aziliz Le Corre, « Biélorussie : Quoi qu’il arrive, la Russie sortira gagnante de ce conflit »

«...La vague de contestation que connaît le pays a été provoquée par la mauvaise gestion du Covid. Loukachenko a refusé de reconnaître la réalité de la propagation du virus et proclamait qu’il suffisait de bien travailler et d’avoir un mode de vie sain pour éviter toute contamination. Même Vladimir Poutine, qui tenait absolument à célébrer le 75e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, a reporté le défilé militaire et annulé la marche civile. Loukachenko, en revanche, les a maintenus. Au sein de cet état paternaliste, cette décision a beaucoup déçu. Le peuple attendait la protection de son dirigeant. Dans des sondages indépendants, réalisés avant l’élection présidentielle biélorusse, Loukachenko était crédité de 3 % d’intentions de vote. Son principal rival, Viktor Babariko, gestionnaire d’une banque russe, a été arrêté, avec vingt autres personnes, reconnues coupables de «malversations financières». Une malversation qui concernerait l’équivalent de 60 millions de dollars en titres bancaires. Svetlana Tikhanovskaïa a pris sa suite dans l’opposition, mais elle ne parvenait pas à mener les foules comme lui. L’accumulation de ces éléments a entraîné le torrent de manifestations que l’on connaît. »

Le Figaro (France), 14 août 2020.

S.A., « The last dictator »

«...It was Lukashenko's sixth successive "win" but this time the people are not prepared to accept it. Tellingly, given its scale, no one came out to celebrate his victory. Voters, who had queued for hours, in a record turnout, to eject him from office, took to the streets, clashing with riot police in Minsk and several other cities. Echoes of popular uprisings against dictators like Romania's Nicolae Ceausescu in the late Eighties are strong. Brute repression may end the protests, but if they spread then Lukashenko's fate could be determined by the big power to the east. Russia will not want instability on its borders, and the relationship between Lukashenko and Vladimir Putin has been cooling in recent months. Indeed, the Belarussian dictator has sought to build bridges with the West, inviting US secretary of state Mike Pompeo to Minsk recently. But Washington will not want to be seen endorsing such a patently phoney vote, or the violent repression of dissent. If Lukashenko finds himself confronting not only his own people but Russia, the rest of Europe and America, his victory may prove pyrrhic. »

The Daily Telegraph (Royaume-Uni), 11 août 2020, p. 17.

Gouvernance et gouvernement [ 9 août 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Belarus
FaibleAlexandre LoukachenkoRoman Golovtchenko

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2010 - 2016




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