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18 août 2020

Renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta au Mali

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

L’instabilité qui règne au Mali suscite une grogne qui s’accentue après les législatives du 29 mars et du 19 avril 2020, dont l’opposition ne reconnait pas les résultats. Le 18 août, des militaires renversent le président Ibrahim Boubacar Keïta et le premier ministre Boubou Cissé et forment un Comité national pour le salut du peuple (CNSP).

Le Mali vit dans un climat d’instabilité qui suscite un mécontentement grandissant en 2020. À la tête du pays depuis 2013, le président Ibrahim Boubacar Keïta est pointé du doigt pour la violence continue des forces djihadistes, le marasme économique ainsi que la corruption du régime et les traitements de faveur dont sa famille profiterait. Les législatives du 29 mars et du 19 avril se déroulent dans un climat d’intimidation, le chef de l’opposition Soumaïla Cissé étant même enlevé lors d’une action violente. Le parti du président, le Rassemblement pour le Mali, arrive en tête, un résultat contesté qui accentue la colère. Les manifestations, dont certaines font des morts, se multiplient alors qu’un groupe d’opposants, le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques du Mali, réclame le départ de Keïta. L’impasse persiste malgré une mission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Le 18 août, des militaires arrêtent Keïta, le premier ministre Boubou Cissé et d’autres membres du gouvernement. Le président annonce sa démission à la télévision, celle du gouvernement, et dissout l’Assemblée nationale. Il est amené au camp militaire Soundiata-Keïta de Kati, à une dizaine de kilomètres de la capitale Bamako. Plusieurs pays et organisations étrangères dénoncent cette intervention, demandent la libération de Keïta et le respect de l’ordre constitutionnel. Un CNSP est formé au Mali avec à sa tête le colonel Assimi Goita. Il se veut rassurant, disant souhaiter la création d’un organe de transition, dirigé par un militaire, qui pourrait être en place pendant 3 ans. Il précéderait la tenue d’élections permettant le retour à un pouvoir civil. Goita affirme aussi que tous les accords internationaux seront respectés. La Cédéao, qui envoie une délégation discuter avec la junte, adopte néanmoins des sanctions économiques contre le Mali.

Dans les médias...


Brahim Taouchichet, « Mutinerie, terrorisme, pauvreté : Le Mali droit dans le mur? »

«...Pays parmi les plus pauvres au monde, le Mali est devenu, aux yeux de puissances extra-africaines, un pays pivot dans les luttes en cours au Sahel, soit contre les milices islamistes armées ou comme point d’appui pour les autres calculs de géopolitique. L’initiative tant politique que militaire n’est plus du ressort du gouvernement malien. Le face-à-face gouvernement-opposition s’est radicalisé et n’a abouti, en définitive, qu’à un blocage susceptible d’ouvrir la porte à toutes les aventures. Les militaires renvoient dos à dos les deux belligérants et se posent comme sauveurs – comme beaucoup de putschistes qui les ont précédés au Mali même ou dans d’autres contrées. En mettant fin à cette bipolarité, les militaires sortis des casernes se retrouvent sous les feux des projecteurs, et seront désormais comptables de toute action ou déclaration quant au devenir du Mali qu’ils disent vouloir sauver de la perte. L’opposition, qui n’a pas réussi à faire tomber le gouvernement d’IBK, parviendra-t-elle à s’imposer face aux putschistes qui connaissent ses limites ? »

Le Soir d’Algérie (Algérie), 20 août 2020.

Élodie Lamer, « Coup d’État au Mali : la crainte de la contagion »

«...Elle (la Cédéao) avait déjà condamné le renversement du président (contesté) malien, Ibrahim Boubacar Keïta (dit « IBK »), par des militaires. Elle a depuis annoncé la suspension du Mali des prises de décision en son sein et de toutes les relations « commerciales, économiques et financières » entre ses pays membres et Bamako, de même que la fermeture des frontières tant que l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli. La question d’un éventuel effet domino de la situation malienne aux autres pays de la région est sur toutes les lèvres, des élections auront lieu dans les prochaines semaines en Côte d’Ivoire et en Guinée. Le Burkina Faso et le Niger tiendront aussi des élections cette année. La communauté internationale a elle aussi condamné la mutinerie au Mali, alors qu’elle voyait IBK, assez contesté en interne, comme un allié dans la lutte contre le djihadisme. « C’est un allié, mais pas un allié irremplaçable. Il n’a pas pu réformer le pays, il est resté dans une gestion familiale des affaires, dans l’entre-soi », nous explique Benoît Naveau, professeur de géopolitique et relations internationales à l’Helmo-Liège dans la section coopération et développement. »

Le Soir (Belgique), 21 août 2020, p. 12.

Maria Malagardis et Léa Masseguin, « Au Mali, le coup d’État majoritaire? »

«...depuis des mois, la crédibilité d'IBK, accusé d'être incapable d'enrayer la dégradation sécuritaire et le marasme économique sur fond de corruption, était profondément entamée, y compris au sein de l'armée. Cette crise de légitimité a atteint son apogée lors des législatives contestées de mars et avril, qui ont abouti à la formation du Mouvement dit du 5 juin (M5-RFP). Cette coalition hétéroclite -composée de personnalités politiques, syndicats ou religieux -, réunie autour de l'influent imam Mahmoud Dicko, exigeait depuis le départ du Président. À tel point qu'Issa Kaou N'Djim, bras droit du chef de file de la contestation, refuse aujourd'hui de parler de «coup d'Etat» contre IBK: «Il a violé la Constitution et refusé tout dialogue politique. Je ne peux que saluer son engagement patriotique de démissionner», déclare-t-il à Libération. Signe que les contestataires ont accueilli favorablement l'intervention des putschistes, un dialogue s'est aussitôt noué entre eux : «Des discussions sont en cours entre les militaires et le M5-RFP mais aussi avec d'autres acteurs de la société civile», assure Ibrahim Maïga, chercheur sur le Sahel à l'Institut d'études de NIGER BURKINA FASO km sécurité (ISS), basé à Bamako. «Nous partageons les mêmes objectifs : assurer une bonne gouvernance et mettre en place des élections crédibles. Nous ne pouvons pas dissocier les militaires des civils lorsqu'il s'agit de sauver la démocratie», abonde Issa Kaou N'Djim, qui salue par ailleurs les propos «rassurants» des mutins. »

Libération (France), 20 août 2020, p. 6 et 7.

Nicolas Barotte, « La France, prise à revers, va être contrainte de réexaminer sa stratégie »

«...Pour l'opération française, le renversement politique à Bamako est un revers. Toute la stratégie de Paris va devoir être réexaminée. Le sommet de Pau convoqué en janvier par Emmanuel Macron avait pour objectif de remobiliser les États africains et d'abord le Mali dans la lutte contre les groupes terroristes. Pour remporter la bataille, l'État malien devait parvenir à se réinstaller sur ses territoires perdus. Les succès des derniers mois dans la région des Trois Frontières risquent de demeurer sans suite. Paris ne cachait plus sa déception depuis longtemps. « La France n'était pas satisfaite de la direction politique prise au Mali » , explique Élie Tenenbaum, chercheur à l'Ifri et spécialiste du Sahel. « C'est l'échec du pari de 2013 » , ajoute-t-il. Au terme de l'opération « Serval » , qui avait stoppé l'avancée des djihadistes, la France avait choisi de maintenir une grande partie du personnel politique malien. Paris avait fait le choix d'IBK. Dès 2018, les doutes étaient manifestes et la France s'était peu impliquée dans sa réélection. IBK « n'a pas été l'homme politique espéré » , note Élie Tenenbaum. À 75 ans, il n'a pas su restaurer l'autorité de l'État ni lutter contre la corruption latente. »

Le Figaro (France), 20 août 2020, p. 6.

S.A., « Malian soldiers take unfashionable short cut »

«...the mutinous soldiers claimed they took over power owing to security crisis caused by insurgents in the country's north and public perception of high-level corruption. The soldiers also rode on the disputed legislative elections in April and an anaemic economy, which drew tens of thousands of people to the streets of Bamako in recent weeks to demand Keita's resignation. The dramatic developments on Tuesday bore a troubling resemblance to the events that led to the 2012 military coup, which ultimately unleashed years of chaos in Mali, when the ensuing power vacuum allowed Islamic extremists to seize control of northern towns. A French-led military operation ousted the jihadists but they merely regrouped and then expanded their reach during Keita's presidency. The implication of the coup to democracy in West Africa is that when the world is turning to full-fledged participatory governance, those who have no business ruling the people, other than protecting the country's territorial integrity, are taking over the running of government. The military too are is immune to corruption and bad governance they used as an excuse to usurp power. They came with the idea of correcting a bad government, but ended up trampling on human rights and rule of law. »

The Nation (Nigeria), 20 août 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 18 août 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Mali
IntermédiaireIbrahim Boubacar KeïtaBoubou Cissé

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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