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13 août 2020

Dévoilement d’un accord normalisant les relations entre les Émirats arabes unis et Israël

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Benyamin Netanyahou

Par une déclaration conjointe dont les États-Unis sont également signataires, les Émirats arabes unis (EAU) et Israël annoncent la normalisation de leurs relations. L’entente est perçue comme historique par le président américain Donald Trump, alors que son homologue de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, la qualifie de « trahison ».

Depuis la création d’Israël, en 1948, ses relations avec ses voisins arabes ont été marquées par des tensions et des conflits armés. Ces derniers refusent même de reconnaître l’État hébreux, avant que l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994) ne décident de le faire. Une des pierres d’achoppement est la reconnaissance d’un État pour les Palestiniens, ce à quoi les gouvernements israéliens s’opposent. La diplomatie étatsunienne tente de favoriser des rapprochements, mais un de ses efforts les plus récents, sous le président Donald Trump, est accueilli froidement par l’AP au début de 2020. Le 13 août, une nouvelle percée est effectuée alors que l’EAU annonce la normalisation de ses relations avec Israël par une déclaration conjointe dont les États-Unis sont également signataires. La nouvelle est présentée avec éclat par Trump et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, mais est reçue défavorablement par le président Mahmoud Abbas qui rappelle l’ambassadeur de l’AP à Abou Dhabi. Cette annonce inquiète d’autant plus Abbas qu’elle va à l’encontre d’un plan de la Ligue arabe, datant de 2002, liant la reconnaissance explicite d’Israël à un retrait des territoires dits occupés, à un État palestinien indépendant et à une solution juste de la question des réfugiés. Or, le gouvernement Netanyahou s’engage à reporter ses projets d’annexion en Cisjordanie, mais sans y renoncer. Plusieurs leaders expriment leur optimisme. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo espère même que d’autres accords du genre soient conclus avec des pays de la région à majorité sunnite (Bahreïn, Arabie saoudite, etc.), désireux d’endiguer l’influence sur la région de l’Iran à majorité chiite. La question de l’occupation des territoires palestiniens, de même que la vente d’avions de combat F-35 américains à l’EAU, ce à quoi Israël s’oppose, est toutefois soulevée par les analystes comme des obstacles potentiels.

Dans les médias...


Louis Imbert, « Rapprochement entre Israël et les Émirats »

«...M. Nétanyahou cherche encore à ménager ses soutiens au sein de la droite ultranationaliste, qui menacent de basculer vers les partis frères d'extrême droite. Mais il peut estimer qu'un rapprochement avec un pays arabe de premier plan plaira à la vaste majorité de l'opinion. D'autant qu'il l'obtient sans la moindre concession concrète aux Palestiniens, et sans modifier en rien le régime d'occupation. Comment, désormais, sous quelles conditions et à quel rythme ces déclarations peuvent-elles être mises en pratique ? Les trois parties n'ont pas donné d'éléments concrets. Selon leur communiqué, les deux partenaires doivent commencer à dessiner dans les prochaines semaines de futurs accords bilatéraux et des investissements dans des domaines aussi variés que le tourisme et la sécurité, les télécoms, l'énergie ou l'environnement. M. Trump a par ailleurs souhaité parrainer d'ici à trois semaines une signature officielle, à la Maison Blanche, entre M. Nétanyahou et un haut représentant des Émirats. [...] Dans le bureau Ovale, M. Trump s'exprimait entouré par l'équipe qui a piloté sa « vision » pour une paix au Proche-Orient, rendue publique en janvier. Son gendre, notamment, Jared Kushner, a contribué à ce rapprochement depuis six semaines. Leur projet se voit reformulé pour l'occasion, et ce n'est pas un mince accomplissement : la promesse d'une paix israélo-palestinienne, sur laquelle l'équipe américaine n'avait aucune prise, cède le pas au profit d'une normalisation israélo-arabe au cachet historique. »

Le Monde (France), 17 août 2020, p. 2.

Louise Aurat, « Que change l’accord entre Israël et les Émirats arabes unis pour les Palestiniens? »

«...Avec cet accord, le prince héritier d'Abu Dhabi, Mohammed Ben Zayed, cautionne l'occupation israélienne des territoires palestiniens et l'annexion de Jérusalem-Est. C'est l'exact contraire du plan de la Ligue arabe. Si un autre accord diplomatique devait aller dans ce sens, ce plan serait même complètement enterré. La décision des Émirats ne va pas seulement diviser le monde arabe: elle va encore plus affaiblir les Palestiniens. La question palestinienne se retrouve totalement dépourvue de tout moyen d'action et de tout allié. D'autant plus que les Palestiniens sont dans une phase difficile du fait de leur division. Pour essayer de justifier leur décision, les Émirats arabes unis ont évoqué l'idée qu'«en contrepartie», ils avaient demandé à Israël de stopper tout projet d'annexion. Nous sommes dans un jeu diplomatique de sémantique. Pour les Émirats, la formule est «cette annexion n'aura pas lieu». Pour le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, cela veut dire que cette annexion est gelée. Il y a deux interprétations, mais si les Israéliens voulaient reprendre les annexions, ce serait un vrai camouflet pour les Émirats. »

La Croix (France), 17 août 2020, p. 4.

Pierre Barbancey, « Les Émirats enterrent « l’initiative arabe » de 2002 »

«...Si, comme les Palestiniens choqués le demandent, la Ligue arabe se réunit, les débats risquent d'être houleux. Mais, comme à l'habitude, ils ne seront suivis d'aucun effet. Si les Émirats arabes unis deviennent le premier pays du Golfe à passer un accord avec Israël et le troisième pays arabe après l'Égypte et la Jordanie, la signification est toute autre. D'abord, il est évident que cet acte politique ne peut être isolé et qu'Abou Dhabi a reçu l'aval des principaux États constituant le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Dans un tweet, le ministre saoudien de la Culture et de l'Information, Adel Al. Toraifi, a ainsi exhorté les autres pays de la région « à dépasser les discours dévastateurs du nationalisme arabe factice et des islamistes terroristes ». Il dévoile ainsi une partie du plan final qui voudrait que le nouveau Moyen-Orient ne soit plus constitué d'États-nations mais d'entités confessionnelles, chacune sous l'égide d'un parrain (d'où les tensions entre l'Arabie saoudite et la Turquie s'agissant du monde sunnite), ce qui devrait faire dresser l'oreille au Liban. La normalisation des relations des Occidentaux avec l'Iran pourrait d'ailleurs s'appuyer sur un tel schéma. »

l’Humanité (France), 17 août 2020, p. 17.

Henri Ouellette-Vézina, « Un accord « historique » au Moyen-Orient qui suscite l’inquiétude »

«...La nouvelle tombe aussi dans un contexte très particulier, alors que la réélection de Donald Trump, en novembre, s'annonce plus compliquée que prévu pour le clan républicain, la crise du coronavirus ayant fait mal à la réputation de l'administration américaine. « L'importance de cette entente va être exagérée, c'est certain, pour gagner des points. Même en Israël, où un nouveau gouvernement vient d'être formé, la coalition est fragile. Benyamin Nétanyahou va encore jouer la carte du seul dirigeant assez fort pour assurer la sécurité du pays », observe Thomas Juneau [un ancien analyste au ministère de la Défense du Canada] à ce sujet. Même son de cloche pour Michèle Rioux [politologue québécoise]. « C'est un accord historique qui pourrait n'avoir que peu d'impacts significatifs sur les aspects déterminants du conflit », avance-t-elle. Si un accord pouvait favoriser « un dialogue plus ouvert et soutenu », il contribue surtout à faire « marquer des points » à Donald Trump, pour qui les sondages nationaux sont peu favorables jusqu'ici, plaçant plutôt son adversaire démocrate Joe Biden devant. »

Presse + (Québec, Canada), 14 août 2020.

S.A., « A Victory for Trump »

«...Donald Trump's foreign policy moves are often received with cynicism, as pure showmanship. Just three months away from the presidential election, however, he has a certifiable win to put in his advertisements. Israel and the United Arab Emirates announced a historic peace deal yesterday - only the third between Israel and an Arab nation since 1979. The price is significant: Israel has promised to suspend its annexation of territory in the West Bank, allowing the UAE to declare a diplomatic victory. Israel, meanwhile, gets to normalise relations with a Gulf nation for the first time, offering a counterweight to Iranian influence. Mr Trump's personal role was recognised in the agreement. The President's goal is to reduce significantly America's military role in the Middle East, and his method is to forge a grand anti-Iranian coalition that can hold the line when the United States is gone. Critics have mocked his ambitions and his highly personal style of diplomacy; the role of his son-in-law, Jared Kushner, was regarded as inappropriate. But if the President does take a significant step towards establishing a new order in the region, the White House will be vindicated. »

The Daily Telegraph (Royaume-Uni), 14 août 2020, p. 17.

Gouvernance et gouvernement [ 13 août 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Émirats Arabes Unis
FaibleHaïtham ben TariqSheikh Muhammad ibn Rashid Al Maktum

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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