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28 août 2020

Annonce de la démission du premier ministre japonais Shinzo Abe

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Shinzo Abe

Après avoir été à la tête du gouvernement japonais depuis 7 ans et 8 mois, un record, Shinzo Abe annonce le 28 août 2020 qu’il va quitter ses fonctions dès qu’un successeur sera déterminé. Le premier ministre évoque des raisons de santé pour expliquer cette décision qui prend la classe politique par surprise.

Shinzo Abe a dirigé le gouvernement japonais une première fois entre septembre 2006 et septembre 2007. Même s’il n’a que 53 ans, il annonce alors son départ pour des raisons de santé, soit une maladie inflammatoire chronique de l’intestin qui le tenaille. Rétabli, il retrouve la présidence du Parti libéral démocrate (PLD), puis le poste de premier ministre en 2012. Un an après la catastrophe de Fukushima, il se fait fort de relancer l’économie du pays en s’appuyant sur ce que l’on appelle « Abenomics », dont les trois axes sont une politique budgétaire généreuse, une stratégie monétaire assouplie et des réformes structurelles. Abe est aussi connu comme un nationaliste et populiste conservateur. Au cours de ses mandats, son nom sera également associé, de près ou de loin, à des histoires de corruption et de favoritisme. Sa formation, le PLD, sort toutefois majoritaire des législatives de décembre 2014 et d’octobre 2017. À un an des prochaines élections, le Japon connait une situation difficile en 2020. Le gouvernement est critiqué pour sa gestion de la pandémie de la covid-19 et doit encaisser les conséquences du ralentissement économique qui en résulte, malgré un plan d’intervention sans précédent. Le report des Jeux olympiques de Tokyo en 2021 est un autre coup dur pour le premier ministre dont l’impopularité croissante se reflète dans les sondages. Ce dernier cause néanmoins une forte surprise en annonçant sa démission le 28 août 2020. Le même problème de santé qui l’avait miné en 2007 serait à l’origine de son sentiment qu’il « n’est plus sûr de pouvoir honorer le mandat qui m’avait été confié ». En dépit d’un bilan mitigé, notamment en économie, Abe a incarné la stabilité, son règne de 7 années et 8 mois à la tête du gouvernement constituant un record. Il restera en fonction jusqu’à ce que le PLD lui désigne un successeur qui deviendra ensuite le nouveau premier ministre.

Dans les médias...


Karyn Nishimura, « Shinzo Abe, la démission surprise d’un vétéran de la vie politique japonaise »

«...Depuis 2012 et jusqu’à récemment, il avait toujours rusé pour se maintenir à la tête du pays, malgré des affaires, des soupçons répétés de favoritisme, quelques arrangements avec la Constitution pour durcir les prérogatives des soldats japonais à l’extérieur. Tombait-il dans les sondages qu’il avait toujours deux armes à sa disposition : les tournées à l’étranger où il redorait le blason du pays. Il se refaisait ainsi une santé en posant avec Donald Trump ou Vladimir Poutine, reléguant au second plan les ennuis à l’intérieur. Autre arme : la dissolution de la chambre basse du Parlement. Avec une opposition en miettes incapable de présenter des candidats partout, son PLD avait peu de chances de perdre et lui-même n’avait guère de rival à la hauteur dans son parti, même si certains se préparaient activement à être le Premier ministre «post-Abe». La crise du coronavirus, contre laquelle il a annoncé vendredi de nouvelles mesures pour faire face aux risques à venir, l’a privé de séjours hors de l’archipel et sa santé fléchissante a précipité la chute déjà bien amorcée à cause de divers scandales. »

Libération (France), 28 août 2020.

Yann Rousseau, « Un record de longévité mais pas de souffle réformiste »

«...Faisant du redressement économique l'une des priorités de ses mandats, Shinzo Abe a très tôt charmé les marchés avec ses « Abenomics », une stratégie de croissance axée sur de généreux plans de relance, une politique monétaire assouplie pour accompagner une chute du yen et des réformes structurelles. Mais si la Banque du Japon a déployé un gigantesque programme d'assouplissement quantitatif qui a fait bondir les indices boursiers - le Nikkei 225 a plus que doublé sous Abe - et les prix de l'immobilier, le Premier ministre n'a jamais vraiment rempli sa part du contrat. Le pays est en plein emploi du fait d'un grave déclin démographique - la population se rétrécit de plus de 500.000 personnes par an - et du départ en retraite de millions de baby-boomers, mais l'exécutif n'a pas osé réformer le marché du travail, bouleverser la gouvernance d'entreprise, casser les monopoles ou encore s'attaquer à une dette publique gigantesque. Pressé par les grands groupes inquiets par la pénurie de main-d'oeuvre, il aura tout de même ouvert le pays à une immigration du travail, malgré les réticences de la population. »

Les Échos (France), 31 août 2020, p. 6.

S.A., « Démission de Shinzo Abe : quel Japon après son départ? »

«...Shinzo Abe a aussi pu, avec l'appui de l'influente organisation conservatrice Nippon Kaigi, faire avancer son agenda nationaliste en modifiant l'interprétation de l'article 9 de la Constitution de 1947 qui prévoit que le Japon renonce à la guerre, pour permettre au Japon de déployer des troupes en appui de son allié américain. Il a en revanche renoncé aux visites au controversé sanctuaire Yasukuni, où sont honorés, parmi les morts pour la patrie, des dirigeants nippons reconnus coupables de crimes de guerre. Obnubilé par l'alliance sécuritaire avec Washington face aux menaces chinoise et nord-coréenne, l'ex-Premier ministre n'a eu de cesse de la conforter tout en augmentant les budgets de la défense. Le tout s'appuyait sur la dynamique initiée par la perspective des Jeux olympiques de Tokyo, initialement prévus pour l'été 2020 et finalement reportés à 2021 à cause de la pandémie de coronavirus. La nouvelle décennie devait lui donner l'assise nécessaire à son ambition de toujours : réformer la constitution, qu'il considère comme imposée de l'étranger. »

L’Express (France), 28 août 2020.

Dorian Malovic, « Après Shinzo Abe, le Japon risque de se replier sur lui-même »

«...au moment de l'annonce d'Abe, c'est une ambiance de fin de règne qui dominait à Tokyo. « La gestion du coronavirus par le gouvernement est très critiquée par l'opinion publique japonaise », confie un diplomate européen basé à Tokyo. « On a toujours senti que le premier ministre privilégiait l'économie au détriment de la santé des Japonais, témoigne Ryoko Asaka, 37 ans, consultante dans le tourisme. On ne s'est pas senti protégé par le pouvoir et les frontières restent désespérément fermées. » C'est dans ce contexte incertain que les luttes internes pour la succession commencent. « C'est une logique de factions qui se joue au sein du Parti libéral-démocrate (PLD) », assure Valérie Niquet, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste du Japon (1). Au sein de ce parti conservateur qui a toujours été au pouvoir depuis la fin de la guerre (sauf de 2009 à 2012) « plusieurs clans sont en pleine tractation, poursuit la chercheuse, mais on sent que le Japon va se replier sur lui-même et ne voudra plus jouer un rôle important sur la scène internationale. » »

La Croix (France), 28 août 2020.

Danielle Demetriou, « Japan’s PM Shinzo Abe resigns, saying : ‘I apologise from the bottom of my heart’ »

«...Mr Abe’s departure comes at a time when his support ratings are at a record low, with widespread public discontent over his handling of the coronavirus pandemic, its impact on the economy and a string of ongoing political scandals. When Mr Abe came to power for a second time in 2012, it brought a period of unexpected stability to Japan’s political landscape, following a revolving door scenario of six different prime ministers in as many years before his arrival. Since then, conservative Mr Abe has strengthened Japan’s military, sought to counter China’s growing influence and was instrumental in winning a bid to host the now postponed 2020 Olympics in Tokyo. However, he is perhaps most renowned for his economic policies. His three-pronged strategy of so-called Abenomics aimed to defeat deflation and revive economic growth with hyper-easy monetary policy and fiscal spending. During the press conference announcing his resignation, Mr Abe expressed regret at failing to resolve the longstanding issue of North Korean abductions as well as not yet carrying out his long-cherished dream of reforming the pacifist constitution. »

The Telegraph (Royaume-Uni), 28 août 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 28 août 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Japon
ÉlevéNaruhito (Hiro-no-miya )Shinzo Abe

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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