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10 août 2014

Élection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Le 10 août 2014, le premier ministre sortant Recep Tayyip Erdogan, du Parti de la justice et du développement (PJD), remporte la victoire au terme du premier scrutin universel visant à élire directement le président de la Turquie. Il obtient 51,8 % contre 38,4 % pour le candidat indépendant Ekmeleddin Ihsanoglu qui termine deuxième.

Depuis la création de la République de Turquie, dans les années 1920, la fonction de président était essentiellement protocolaire. Élu par les membres de la Grande Assemblée nationale, le chef de l’État avait une influence limitée sur les activités politiques par rapport au premier ministre qui dirige le gouvernement. Les choses changent au XXIe siècle alors que le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en poste depuis 2003, s’efforce de présidentialiser le système politique. Lors d’un référendum constitutionnel tenu le 21 octobre 2007, les Turcs se prononcent, entre autres, pour élire leur président au suffrage universel plutôt que par le vote des parlementaires. Erdogan devant céder son poste de chef de gouvernement en raison des règles de sa formation, le PJD, il se présente en 2014 à la présidence du pays. Il fait face à des protestations qui éclatent en 2013 en raison de son attitude, considérée par certains plus autoritaire, et de son ouverture à la religion. Cependant, Erdogan reste généralement populaire, surtout auprès de l'électorat conservateur des régions rurales selon qui il a amélioré l'économie et le système de santé. L’ex-premier ministre fait de la réforme constitutionnelle son principal thème de campagne. De plus, il n’hésite pas à lancer des attaques personnelles contre ses opposants. Le 10 août 2014, Erdogan remporte l'élection au premier tour avec 51,8 % des voix contre 38,4 % pour son plus proche rival, Ekmeleddin Ihsanoglu, soutenu par le Parti républicain du peuple, le Parti du mouvement nationaliste et des indépendants. Dans son discours de victoire, le nouveau président adopte une attitude conciliante, tranchant avec celle de la campagne. Il affirme alors vouloir représenter tous les Turcs. La présidentialisation du système politique sera achevée en 2017 avec un amendement constitutionnel supprimant le poste de premier ministre.

Dans les médias...


Nilüfer Göle, « Les ambivalences de la « nouvelle Turquie »»

«...ce n'est pas un vote de lunatiques et de fanatiques qui a fait élire Recep Tayyip Erdogan, avec 52 % des suffrages, à la tête de l'État. Les élections se sont déroulées dans une atmosphère calme, sans incident majeur, dimanche 10 août. Cela dit, la société turque, loin d'être apaisée, est psychologiquement plus que jamais clivée. Le triomphe de M. Erdogan est célébré par les uns, surtout ces nouvelles classes moyennes qui doivent leur ascension sociale au gouvernement islamo-conservateur de l'AKP, tandis qu'il est appréhendé par les autres, incertains sur l'avenir des libertés. De quoi se méfie-t-on? S'agit-il d'un leader qui est resté trop longtemps au pouvoir et devenu de plus en plus autoritaire dans son mode de gouvernance? Ou de l'islam politique et de sa stratégie du détournement de la république laïque? Il devient de plus en plus difficile aussi bien dans les conversations privées que dans les débats publics de distinguer les analyses des traits de caractère psychologiques de M. Erdogan, désormais le président élu de la Turquie. S'il n'y a pas eu de surprise dans cette élection, les enjeux restent élevés quant à l'avenir de la République et sa transmutation. »

Le Monde (France), 12 août 2014, p. 14.

Mustapha Hammouche, « La fin de la démocratie turque »

«...Erdogan, en passant Président, ne compte ni se cantonner à la fonction symbolique de chef de l'état ni renoncer à ses pouvoirs exécutifs. Il a prévenu : "Le poste de président n'est pas un poste pour se reposer." En plus d'une présidence qu'il a promis "active", lui incombera aussi la présidence du Conseil national de sécurité, instance à travers laquelle l'armée exerce son influence sur les questions d'équilibre de pouvoirs, de politique et de défense. Après onze ans d'autoritarisme gouvernemental, celui-ci entame un quinquennat qui s'annonce dédié à la construction de son autoritarisme présidentiel. Pour ce faire, il peut compter sur une popularité qu'il doit au populisme de son discours, mais surtout aux succès économiques et progrès sociaux réalisés au cours des années de sa gestion. Des succès économiques basés sur une politique attractive pour les investissements étrangers. Mais dont les effets sociaux s'effacent : la croissance s'essouffle (de 5 à 3 %) et l'inflation augmente (10 %). Et avec, ses effets politiques. »

Liberté (Algérie), 12 août 2014.

Serge Truffaut, « La présidentielle turque – Erdogan en sultan »

«...on ne sera pas étonné d'apprendre que le qualificatif le plus employé le concernant [Erdogan] est le suivant : le sultan. On ne saurait mieux dire. Il faut s'attendre en effet à ce que la somme des réformes ou plutôt la somme des mesures, certaines relevant de l'amputation, qu'il entend imposer transforme la fonction de président en celle d'un sultan autoritaire. D'un autocrate. Qu'on y pense : au cours des prochains mois, il entend modifier la Constitution afin de doter le président de pouvoirs si étendus qu'il fera passer Vladimir Poutine pour un grand démocrate. Un, il veut que le président puisse dissoudre l'Assemblée quand il le souhaite. Deux, il veut que le président puisse choisir les ministres à sa guise. Autrement dit, qu'il compose un gouvernement à sa main. Trois, il veut que le président nomme tous les juges de la Cour suprême. Si les deux tiers des députés votent en faveur de ce qu'il faut bien nommer une concentration marquée des pouvoirs, ce qui est plus que probable, alors Erdogan disposera de tous les leviers nécessaires à l'atteinte de son objectif ultime : gommer toutes les traces laïques laissées par Kemal Atatürk. »

Le Devoir (Québec, Canada), 12 août 2014, p. A6.

Sinan Ulgen, « Erdogan is the victor but he is not yet almighty »

«...With a record as the country's most senior politician, Mr Erdogan became a transformative figure in its political history. Not only did he win nine elections in a row, with a gradually rising share of the popular vote; he also oversaw a period of economic change, with per capita incomes increasing by 40 per cent in real terms. He normalised civil-military relations and eliminated the army's undue political influence. It was also during his leadership that Turkey began EU accession negotiations. But the secret to his enduring success is above all his ability to build a deep emotional connection with the country's socially conservative heartland. Yet despite these considerable achievements, Mr Erdogan will leave a qualified legacy. His recent record has been less admirable. Instead of using the strong support he enjoyed at home to transform Turkey into a genuine liberal democracy, he used it to justify his non-consensual leadership style, deepening existing social, cultural and religious schisms. He opted to increase his own power to the detriment of the country's institutions. The personalisation of governance and the weakening of the rule of law combined with a low tolerance of dissent tarnished his own and the nation's democratic credentials. »

Financial Times (Royaume-Uni), 11 août 2014.

Gouvernance et gouvernement [ 10 août 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
ÉlevéAbdullah Gül Recep Tayyip Erdogan

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016



juin
2011
Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juin
2011
[Résultats] Élections législatives

mai
2013
Mouvement de contestation populaire en Turquie

août
2014
Élection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie

août
2014
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2015
Tenue d'élections législatives en Turquie

juin
2015
[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
Réélection en Turquie d'un gouvernement majoritaire du Parti de la justice et du développement

novembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
2016
Échec d'une tentative de coup d'État en Turquie


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