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1 novembre 2015

Réélection en Turquie d'un gouvernement majoritaire du Parti de la justice et du développement

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Ahmet Davutoglu

Incapable de former un gouvernement de coalition, le président Recep Tayyip Erdogan déclenche des élections anticipées pour le 1er novembre 2015, soit à peine cinq mois après les précédentes. Profitant des affrontements avec les rebelles kurdes, le Parti de la justice et du développement (PJD) parvient à obtenir une majorité avec 317 sièges sur 550.

Malgré sa victoire lors des élections de juin 2015, le PJD n'a pu former un gouvernement de coalition. En conséquence, le président Recep Tayyip Erdogan, élu au suffrage direct en août 2014, déclenche de nouvelles élections. Entre juin et le scrutin de novembre 2015, la Turquie vit une période trouble. Des attentats terroristes secouent le pays en juillet et en octobre. Erdogan réagit à celui de juillet, dans une ville majoritairement kurde, en reprenant les affrontements avec le Parti des travailleurs kurdes (PKK), considéré comme un mouvement terroriste. Les critiques du PJD accusent le gouvernement d'utiliser ce conflit pour ranimer le sentiment nationaliste et contrer le soutien envers la minorité kurde. En en faisant un thème de campagne, le PJD séduit l'électorat plus conservateur et affaiblit d'une part le soutien envers le parti kurde Démocratie des peuples (HDP) et, d'autre part, le Parti de l'action nationale (MHP), reconnu pour ses positions nationalistes. Le thème de la restauration de la stabilité est privilégié par le PJD qui, selon des médias européens, utilise la violence et la peur à son avantage. La campagne est controversée en raison d'atteintes à la liberté de presse, d’accusations d'incitation au terrorisme, d'irrégularités financières ou de diffamation évoquées par le gouvernement pour mettre à mal des journalistes et des partis d'opposition. Le 1er novembre 2015, le PJD obtient une majorité à la Grande Assemblée nationale avec 49,5 % des voix et 317 sièges sur 550, un gain de 50 députés par rapport à juin. Le Parti républicain du peuple est plutôt stable avec 25,3 % des voix et 134 sièges. Si le HDP et le MHP subissent des reculs importants, ils atteignent tout de même le seuil de 10 %, leur donnant respectivement 59 et 40 sièges. Dans son discours de victoire, le premier ministre Ahmet Davutoglu appelle à l'union des partis pour ramener la stabilité et réformer la Constitution.

Dans les médias...


Marie Jégo, « En Turquie, le triomphe d'Erdogan »

«...Alors que la campagne électorale était inexistante dans la rue, l’AKP (ou PJD) a tiré parti de sa position au pouvoir en multipliant les apparitions à la télévision. Rien qu’en octobre, M. Erdogan a bénéficié de 29 heures de temps d’antenne sur la chaîne TRT, et de 30 heures pour son parti, contre cinq heures pour le CHP, une heure et dix minutes pour le MHP, dix-huit minutes pour le HDP. Entre le 7 juin et le 1er novembre, le HDP a perdu un million de voix, celles des conservateurs. Les rigoristes religieux et les chefs de clans, qui s’étaient laissés séduire par le discours novateur et pacifiste du HDP en juin, ont décidé, cinq mois plus tard, de revenir vers l’AKP (PJD), pour lequel ils avaient toujours voté par le passé. La reprise des affrontements entre les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie) et les forces turques n’est sans doute pas étrangère à ce choix. En revendiquant l’assassinat de deux policiers turcs à Ceylanpinar (frontière turco-syrienne), le 22 juillet, le PKK a mis le feu aux poudres. Au moment où le HDP gagnait en légitimité, fort de son bon score (13 %) aux législatives de juin, la rébellion kurde tombait dans le piège tendu par l’AKP (PJD), celui du recours à la violence. La rhétorique du tandem au pouvoir – le président Erdogan et son premier ministre, Ahmet Davutoglu –, prompt à présenter le HDP comme une succursale du PKK, a fait le reste. »

Le Monde (France), 2 novembre 2015.

Boris Mabillard, « Recep Tayyip Erdogan maintiendra le même cap »

«...Du côté de l'opposition, le découragement règne. le Parti d'action nationaliste (MHP) se retrouve le grand perdant, victime de la stratégie de Recep Tayyip Erdogan qui a chassé sur les terres de la droite nationaliste. Le Parti républicain du peuple (CHP) se montre aussi déçu car, même s'il maintient presque tous ses élus au parlement, il espérait profiter d'un report de voix. Quant au Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, il perd trois points par rapport à juin mais se maintient de justesse au parlement avec 10,3%. Selahattin Demirtas, le coprésident du parti, a attribué cette baisse à une campagne de dénigrement injuste et aux nombreuses violations du processus électoral. Bien que plusieurs plaintes aient été déposées auprès de la commission électorale, qui devrait statuer dans les quinze jours, explique Nazmi Gür, le responsable des Affaires étrangères du HDP, « nous ne pouvons rien faire sinon accepter le verdict. Les irrégularités le jour du scrutin sont restées marginales. Le problème est politique. La campagne ne s'est pas déroulée dans des conditions démocratiques. » La plupart des observateurs internationaux ont aussi déploré de nombreuses irrégularités. »

Le Temps (Suisse), 3 novembre 2015, p. 6.

L'Obs avec Agence France-Presse, « Turquie: le parti d'Erdogan s'impose et retrouve sa majorité absolue », L'Obs (France), 1er novembre 2015

«...Face au discours du pouvoir, les rivaux d'Erdogan avaient appelé les électeurs à sanctionner sa dérive autoritaire, illustrée cette semaine encore par un raid spectaculaire de la police contre le siège de deux chaînes de télévision proches de l'opposition. "Il se voit comme le chef religieux d'un califat", avait raillé avant le scrutin le chef de file du HDP Selahattin Demirtas. "Certains veulent rétablir le sultanat dans ce pays, ne les y autorisez pas !", avait exhorté son homologue du CHP, Kemal Kiliçdaroglu. Longtemps salué comme l'homme du miracle économique turc, le chef de l'État est, depuis les émeutes de Gezi en 2013, dénoncé pour ses manières fortes. Mais il reste très populaire dans le pays. "Nous croyons en lui, nous lui faisons confiance et, avec l'aide de Dieu, nous pouvons tout réussir", s'est réjoui Yasin Aslan, un des partisans en liesse dans les rues d'Istanbul. "Mon coeur battra pour l'AKP jusqu'au bout", a renchéri Cemile Bayrak, une femme voilée de 40 ans.»

L'Obs (France), 1er novembre 2015­

Tim Arango et Ceylan Yeginsu, « Erdogan's Party in Turkey Regains Parliamentary Majority »

«...The victory for the A.K.P. (PJD) came at great cost to the cohesion of Turkish society. Critics say Mr. Erdogan’s divisive rhetoric, by denigrating opponents as terrorists or traitors, helped polarize the country. And a government crackdown on dissent in the lead-up to the vote, with mobs attacking newspaper offices and a recent raid on a media conglomerate opposed to the government, raised concerns abroad about Turkey’s commitment to democracy [...].The victory seemed to validate Mr. Erdogan’s electoral strategy of turning more nationalist, and taking a harder line with Kurdish militants in the southeast, where a long-running war resumed in recent months. Much of the party’s gains seemed to come at the expense of the far-right nationalist party, as voters switched to the A.K.P. (PJD) »

New York Times (États-Unis), 1er novembre 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 1 novembre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
LimitéRecep Tayyip ErdoganAhmet Davutoglu

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



juin
2011
Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juin
2011
[Résultats] Élections législatives

mai
2013
Mouvement de contestation populaire en Turquie

août
2014
Élection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie

août
2014
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2015
Tenue d'élections législatives en Turquie

juin
2015
[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
Réélection en Turquie d'un gouvernement majoritaire du Parti de la justice et du développement

novembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
2016
Échec d'une tentative de coup d'État en Turquie


Dans l'actualité


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