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29 septembre 2020

Décès de l’émir du Koweït, le cheikh Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Le décès du cheikh Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah dans un hôpital des États-Unis marque la fin de son règne de 14 ans comme émir du Koweït. Celui qui était perçu comme un homme de paix aura pour successeur son demi-frère, le prince héritier Nawaf Al-Ahmad Al-Sabah, considéré à 83 ans comme un émir de transition.

Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah était déjà une figure connue avant de devenir émir du Koweït, en 2006. Comme ministre des Affaires étrangères de 1963 à 2003, il est décrit comme l’architecte de la politique extérieure de son pays. Il doit composer avec plusieurs crises dans la région, dont la guerre entre l’Irak et l’Iran et l’invasion irakienne de 1991 menant à l’intervention d’une coalition dirigée par les États-Unis. Le Koweït demeurera un allié de Washington, mais Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah s’assure de garder de bonnes relations avec tous les pays de la région, dont l’Iran, une attitude qu’il conserve lorsqu’il devient premier ministre, de 2004 à 2006, puis émir en 2006. Cette approche conciliante est saluée par tous lors de son décès, le 29 septembre 2020, dans un hôpital du Minnesota, aux États-Unis. Sur le plan intérieur, les observateurs soulignent aussi quelques réformes à l’actif du cheikh qui a eu à composer avec les revendications exprimées lors du printemps arabe de 2011. Un deuil de 40 jours est proclamé, alors que le successeur de Sabah al-Ahmed al-Jabir al-Sabah, son demi-frère, le cheikh Nawaf Al-Ahmad Al-Sabah, est intronisé le 30 septembre. Âgé de 83 ans, ce dernier a une longue feuille de route. Au cours de sa carrière, il a occupé plusieurs postes stratégiques, dont ceux de ministre de la Défense, puis de l’Intérieur. Peu s’attendent à de grands changements de sa part, les analystes le considérant généralement comme un émir « de transition ». Ses principaux défis à court terme seront la gestion de la pandémie de la covid-19, ainsi que la baisse des prix du pétrole qui affecte durement cet État pétrolier. Considérant l’âge avancé de Nawaf Al-Ahmad Al-Sabah, le choix du prince héritier appelé à lui succéder prend une grande importance que relèvent les médias intéressés par la situation domestique du Koweït, mais aussi par l’évolution de la diplomatie au Proche-Orient.

Dans les médias...


Georges Malbrunot, « Mort de l’émir du Koweït, un homme de dialogue »

«...À la tête de ce riche pays pétrolier, cheikh Sabah était une voix conciliatrice dans une région marquée par des divisions entre monarchies. C'est lui qui jouait le rôle de médiateur dans la guerre qui oppose, depuis 2017, le Qatar à ses voisins saoudien et émirien. Situé à la pointe nord de la Péninsule arabique, proche politiquement de l'Arabie saoudite, l'émirat du Koweït est un allié historique des États-Unis. En 1991, les troupes américaines, alliées à d'autres forces, boutèrent les soldats irakiens du Koweït, six mois après l'invasion de l'émirat, décidé par Saddam Hussein. Sous la férule de cheikh Sabah, le Koweït est resté discret, mais sa capacité financière en faisait un intervenant souvent incontournable sur la scène moyen-orientale. Cheikh Sabah a longtemps dirigé la diplomatie koweïtienne, poste qui lui permit de se familiariser avec tous les grands de ce monde et de jouer ce rôle de médiateur, salué par tous. « C'était l'homme le plus solide du pays, relève l'ancien ambassadeur de France au Koweït, Charles Henri d'Aragon. Je l'ai connu en 1992 quand il était ministre des Affaires étrangères, c'était un homme doté d'une grande expérience des affaires internationales, un sage écouté et respecté. » »

Le Figaro (France), 30 septembre 2020, p. 9.

Benjamin Barthe, « Sabah Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah »

«...Il était connu au Moyen-Orient comme le « cheikh des diplomates » ou le « père des Arabes », un hommage à ses talents de médiateur et à son attachement à l'unité du monde arabe. [...] L'action de l'émir Sabah sur la scène intérieure est moins marquante. Les femmes, qui ont obtenu le droit de vote en 2005, entrent certes au Parlement. Mais le laboratoire politique qu'avait été le Koweït dans les décennies 1960-1980, permettant l'intégration des islamistes dans le jeu politique, ne fonctionne plus vraiment. Le pluralisme vire à la paralysie. Les gouvernements se succèdent, sans parvenir à résoudre les problèmes structurels du pays : infrastructures vieillissantes, manque de logements, exclusion persistante des bidoun (les sans-papiers du Koweït), gabegie et corruption. Cette stagnation a nourri un mouvement de protestation en 2011-2012, auquel le monarque a répondu par un autoritarisme grandissant, marqué par le vote d'une loi contre la cybercriminalité, dirigée contre les opposants et les défenseurs des droits de l'homme. Figure de proue de la grande époque du Koweït, cheikh Sabah est devenu, à la fin de son règne, le symbole d'un système en bout de course. »

Le Monde (France), 1er octobre 2020, p. 24.

Agence France-Presse, « Décès de l’émir du Koweït, le prince héritier lui succède »

«...Selon Kristin Diwan, de l'Arab Gulf States Institute, basé à Washington, sa mort «aura un impact profond, à la fois en raison de son rôle en tant que diplomate et médiateur régional mais aussi comme figure unificatrice dans son pays». «Les Koweïtiens ont apprécié sa capacité à garder l'émirat en dehors des conflits et rivalités régionaux.» [...] Son règne a toutefois été marqué par des turbulences politiques, manifestations et arrestations d'opposants mais aussi la chute des prix du pétrole, dont le pays dépend. Considéré comme un libéral, notamment sur les réformes économiques et sociales qu'il a menées et les droits des femmes, il a toutefois écarté la légalisation des partis politiques. La politique de son successeur ne devrait pas s'éloigner trop de celle de cheikh Sabah, alors même que deux de ses voisins, les Émirats arabes unis et Bahreïn, ont décidé de normaliser leur relation avec Israël. La normalisation reste très impopulaire au sein de la société koweïtienne, qui soutient largement le consensus arabe qui prévalait jusqu'ici et faisait du règlement du conflit israélo-palestinien la condition à toute normalisation avec l'État hébreu. »

La Croix (France), 29 septembre 2020.

Kim Sengupta, « New Kuwaiti emir to thread same path as predecessor »

«...The succession of Sheikh Nawaf as crown prince changed established rules by which the emir and the crown prince alternated between the al-Jaber and al-Salem branches of the al-Sabah family. Sheikh Sabah, upon becoming emir, consolidated the power of his branch of the family by getting the assembly to vote in his half-brother as crown prince and then appointing Sheikh Nasser Mohammed al-Ahmad al-Sabah as prime minister. Some Gulf royal watchers said that the the precedent for change would allow for a challenge for the emir's throne from Sheikh Nasser Sabah al-Sabah, who has served as defence minister and deputy prime minister in the past. Aged 72, Sheikh Nasser can hardly be described as representing a new generation, but he has been a vocal advocate of reform and proponent of commercial initiatives such as the Silk City mega-project in the north of the country. He tweeted about the need to battle corruption after Sheikh Sabah went to the US for his operation. In the end, however, no such challenge materialised. Kuwait's establishment chose, instead, to continue on the path of caution and stability set by their late emir. »

The Independent (Royaume-Uni), 1er octobre 2020, p. 27.

Gouvernance et gouvernement [ 29 septembre 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Koweït
FaibleSheikh Sabah Al Ahmad Al Jabir Al SabahSabah al-Khaled al-Sabah

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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