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17 mai 2018

Référendum constitutionnel au Burundi

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Le 17 mai 2018, les Burundais se prononcent à 73,2 % en faveur d’un projet constitutionnel visant à renforcer les pouvoirs du président Pierre Nkurunziza et le rendant éligible pour deux autres septennats à partir de 2020. L’opposition conteste toutefois fortement la légitimité de ce référendum ainsi que les irrégularités qui l’ont marqué.

Jugée anticonstitutionnelle par l’opposition, l’obtention d’un troisième mandat par le président Pierre Nkurunziza en 2015 soulève les passions. Un coup d’État dirigé contre lui par des militaires échoue. Il est suivi par une sévère répression à l’endroit des contestataires, faisant plus d’un millier de morts et des centaines de milliers de réfugiés qui quittent le pays par crainte de représailles (le Burundi compte environ 10 millions d’habitants). En octobre 2017, Nkurunziza et son parti, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie, qui contrôlent la vie politique du pays depuis 2005, déposent un projet de Constitution. Ses mesures renforcent les pouvoirs du président. Celui-ci nommera le premier ministre, un poste qui n’existait plus. De plus, le président pourrait de nouveau être candidat pour deux septennats consécutifs à partir de 2020. D’autre part, la formule des deux vice-présidents, un pour les Hutus et un pour les Tutsis, est modifiée et le seuil pour adopter des lois passe de 66,6 % à 50 % des élus. Ces changements modifient le rapport entre les deux principaux groupes ethniques du pays, menaçant la paix sociale. Une autre disposition prévoit même une possible remise en question au cours des 5 prochaines années de la représentation de ces groupes définie par l’accord d’Arusha de 2000 (parlementaires, armée, police). L’opposition, regroupée au sein du Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et la restauration de l’État de droit, appelle au boycott du référendum prévu pour le 17 mai 2018. Il se solde par une victoire du projet du gouvernement, à 73,2 % contre 19,3 %, avec 7,5 % de votes blancs ou annulés. Ces résultats suscitent de vives protestations. Devant des irrégularités commises, dont des actes violents, les opposants déposent d’ailleurs un recours en annulation devant la Cour constitutionnelle.

Dans les médias...


Rosa Moussaoui, « Nkurunziza, entre dérive mystique et dictature »

«...Une commission d'enquête onusienne a conclu dans son rapport, le 4 septembre 2017, qu'il y avait des motifs raisonnables de penser que des crimes contre l'humanité avaient été commis depuis avril 2015. Dans la foulée, le Burundi se retirait de la Cour pénale internationale (CPI) pour prémunir le dictateur contre d'éventuelles poursuites. Depuis, face à une opposition plurielle qui conteste son projet politique et non son appartenance communautaire, Pierre Nkurunziza a troqué la manipulation de l'ethnicité contre une vulgate chauvine où les « ennemis de la nation » ont remplacé les Tutsis. Du maquisard au président, dans les méandres d'un parcours marqué par la soif de pouvoir absolu, émergent, chez le dictateur qui rêve de devenir roi, deux constantes : la violence politique et la prédation. Des brasseries Brarudi, la filiale locale de Heineken, à l'exploitation des gisements de nickel ou de terres rares, aucun secteur n'échappe au pillage, à la corruption, aux malversations du clan présidentiel. Pierre Nkurunziza croit en Dieu, au Burundi... et surtout à l'argent. »

L’Humanité (France), 23 mai 2018, p. 2.

S.A., « Référendum à haut risque au pays »

«...Le président Nkurunziza et son parti développent une doctrine qui mélange culte de la personnalité, religion et mythologie historique pour justifier son maintien prolongé au pouvoir. Le président est désormais appelé « chef traditionnel suprême ». Lui et son épouse, tous deux actifs dans les nouvelles églises pentecôtistes des croisades de prière, adhèrent à une vision théocratique qui mélange signes de pouvoir traditionnels burundais et attribution divine ; le projet du gouvernement de construire un large centre de prière à Gitega, où les membres du parti au pouvoir devront participer à de longues retraites, est révélateur. Plus largement, cette doctrine émergente présente une vision manichéenne de l'histoire selon laquelle un Burundi précolonial harmonieux aurait été saccagé par les machinations de puissances extérieures, en particulier la Belgique, même si les termes utilisés pour pointer du doigt les étrangers tendent aussi à contenir des références voilées au rôle joué par leurs prétendus alliés tutsi. »

All Africa, 17 mai 2018.

Tanguy Berthemet, « Au Burundi, la victoire du « guide suprême »»

«...La répression, sans cesse plus brutale, a conduit 400 000 personnes à prendre la fuite, dont presque tous les intellectuels. Pierre-Claver Mbonimpa, un militant associatif qui a fui après une tentative d'assassinat s'inquiète : « Où allons-nous avec ce référendum ? On joue avec le feu . » Selon lui la future Constitution porte un coup aux accords d'Arusha. Ces accords, péniblement négociés par Nelson Mandela, signés en 2000, avaient peu après mis fin à une épouvantable guerre civile qui fit 300 000 morts. Ils avaient apaisé les tensions entre les groupes hutus et tustsis en imposant une savante et complexe répartition des responsabilités politiques et militaires entre les uns et les autres. Ce système de quotas, clé de voûte de la paix, n'est certes pas touché par la nouvelle Loi fondamentale. Mais cette dernière donne la possibilité au Sénat de les modifier dans les cinq ans. « C'est dangereux. Cela conduit au pouvoir d'un seul homme et au refus de l'inclusion des minorités. Le président veut être roi » , soutient Léonidas Hatungimana, ancien porte-parole du président aujourd'hui exilé. »

Le Figaro (France), 23 mai 2018, p. 6.

S.A., « Burundi : avec la nouvelle Constitution, Pierre Nkurunziza s’alloue les pleins pouvoirs »

«...Avec un taux de participation de 96,4 %, le pouvoir a réussi à donner un vernis de légalité à cette consultation. Le oui l'emporte même très largement dans des provinces pourtant entièrement acquises à l'opposition, comme Bujumbura rural (75,7 %), fief de M. Rwasa. Mais pour les opposants à la réforme, c'est surtout la peur qui a conduit les Burundais à voter et à approuver la réforme. L'ancien leader rebelle hutu Agathon Rwasa, chef de la coalition d'indépendants Amizero y'Abarundi (Espoir des Burundais), a annoncé dès samedi qu'il ne reconnaissait pas les résultats. Il entend présenter un recours devant la Cour constitutionnelle, qui n'a aucune chance d'aboutir, celle-ci étant depuis 2015 complètement soumise au pouvoir. Il estime que le processus électoral n'a été « libre, ni transparent, ni indépendant, encore moins démocratique », en raison des « intimidations et (du) harcèlement » dont a été victime la population de la part du CNDD-FDD, selon des propos relayés par l'AFP. Selon son mouvement, des responsables des bureaux de vote membres du CNDD-FDD, ainsi que des Imbonerakure, la ligue de jeunesse de ce parti, ont forcé des électeurs à voter oui. « Le référendum au Burundi a eu lieu dans un climat d'abus généralisés, de peur et de pressions, qui clairement n'est pas favorable au libre choix », avait également estimé au lendemain du référendum Ida Sawyer, directrice pour l'Afrique centrale à Human Rights Watch (HRW). »

Le Point.fr (France), 22 mai 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 17 mai 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Burundi
FaiblePierre NkurunzizaPascal-Firmin Ndimira

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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