8 août 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

3 janvier 2020

Assassinat du général iranien Qassem Soleimani

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

À la fin de 2019, les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’expriment par des frappes sur des cibles réciproques, notamment en territoire irakien. Elles atteignent un sommet avec une démonstration hostile contre l’ambassade américaine à Bagdad, puis l’assassinat d’un personnage clef de l’armée iranienne, le général Qassem Soleimani, le 3 janvier 2020.

La décision du président américain Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, en mai 2018, et d’imposer des sanctions économiques accentue les tensions entre les deux pays. Elles atteignent un nouveau stade à la fin de décembre 2019, alors que des frappes iraniennes sont dirigées contre des bases américaines en Irak. Les États-Unis répliquent en bombardant des sites ennemis en Irak et en Syrie. Le 31 décembre, des miliciens et partisans d’un groupe armé shiite irakien appuyé par l’Iran (Kataeb Hezbollah) prennent d’assaut l’ambassade américaine à Bagdad. Le 3 janvier, les États-Unis frappent un grand coup. À l’aide de drones, ils abattent le général iranien Qassem Soleimani, alors que ce dernier faisait partie d’un convoi à proximité de l’aéroport de Bagdad. D’autres personnes sont tuées à cette occasion, dont Abou Mehdi al-Mouhandis, le leader des Kataeb Hezbollah. La principale cible est néanmoins Soleimani. Ce général commandait la force Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution, depuis 1998. Il était considéré comme une des figures les plus influentes du régime iranien, et même comme un des concepteurs de la stratégie de son pays dans la région. Alors que des obsèques imposantes ont lieu le 4 janvier, l’ayatollah Ali Khamenei nomme Esmaïl Qaani comme successeur de Soleimani. Pour leur part, les parlementaires irakiens s’inquiètent de la possibilité que leur pays devienne un champ de bataille entre l’Iran et les États-Unis et demandent que les troupes étrangères quittent leur territoire. La crainte d’une escalade s’accroit néanmoins le 8 janvier lorsqu’une attaque iranienne s’abat sur un camp américain en Irak et que, peu de temps après, un avion commercial ukrainien est abattu par des tirs iraniens, faisant 176 victimes.

Dans les médias...


Simon Petite, « Le jour où le monde est devenu bien plus dangereux »

«...Face au précipice qui menace d'engloutir toute la région, une chose semble claire: touché au coeur, le régime iranien ne restera pas les bras croisés. Le guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a donné le ton en appelant à la « vengeance » . Des milliers d'Iraniens ont défilé, comme aux grandes heures de la Révolution islamique, au chant de « mort à l'Amérique ». Durs et réformateurs du régime sont comme rarement à l'unisson: la mort du général Soleimani ne restera pas impunie. Mais quelle sera la riposte iranienne? L'Iran n'a pas la puissance militaire nécessaire pour affronter directement les Etats-Unis. Mais, dans ce conflit asymétrique, Téhéran peut compter sur de nombreux relais pour porter le fer contre les intérêts américains au Moyen-Orient et au-delà: à commencer par les milices chiites d'Irak ou le Hezbollah libanais. Le général Soleimani était d'ailleurs régulièrement à Bagdad et à Beyrouth pour soigner les bras armés de l'Iran. Des substituts qui permettent de voiler les actions iraniennes dans la confrontation avec la superpuissance américaine. »

Le Temps (Suisse), 4 janvier 2020, p. 2.

Hélène Sallon, « États-Unis – Iran : les dangers de l’escalade »

«...La mort du général Soleimani, semble en être convaincu Washington, pourrait contrecarrer l'influence exercée par Téhéran dans la région. L'administration américaine est persuadée que l'Iran est déjà dans un état de panique sous la pression des sanctions, mais aussi des mouvements de contestation qui remettent en cause sa domination régionale, au Liban et en Irak, et aussi en Iran, depuis octobre. Le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, s'est d'ailleurs empressé de tweeter une vidéo montrant des manifestants de la place Tahrir, à Bagdad, célébrer la mort du général Soleimani. Ce dernier est régulièrement conspué sur les sit-in pour son rôle dans la répression qui a fait plus de 460 morts et le soutien qu'il déploie auprès des partis et milices chiites pour se maintenir au pouvoir. Avec sa mort, la classe politique irakienne se retrouve désormais seule pour désigner un successeur au premier ministre démissionnaire, Adel Abdel Mahdi. Mais, même pour certains soutiens de la contestation, la joie le dispute au sentiment de vertige de se trouver face au bord du gouffre, et d'une plongée dans une nouvelle guerre. »

Le Monde (France), 4 janvier 2020, p. 2.

Baudouin Loos, « Mort de Soleimani : le régime tire profit de l’émotion »

«...Il s’agit de millions de personnes [aux obsèques de Soleimani]. Il faut sans doute remonter au 1er février 1979, lors du retour d’exil de l’ayatollah Khomeiny, ou à sa mort dix ans plus tard, pour trouver en Iran des mobilisations populaires d’une ampleur semblable. Est-ce à dire que le régime, bien qu’il eût été frappé de plein fouet par le missile qui a tué Soleimani, trouve dans son martyre un regain de popularité inattendu et même inespéré ? [...] L’attitude des foules iraniennes, leur émotion, sera sans nul doute vécue comme un vif soulagement pour le régime. Car dans les allées du pouvoir à Téhéran on mesure bien la perte subie avec la disparition de Qassem Soleimani. Ce n’est rien moins que l’une des principales têtes pensantes du régime qui a été victime de l’ire de Trump. Celui qui a façonné l’expansion de la république islamique en dehors de ses frontières et qui a veillé au musellement de ses ennemis en Iran comme ailleurs. Et cela pendant deux décennies. Son remplacement par son adjoint Ismaël Ghani à la tête de la force Al-Qods, bras armé des Gardiens de la révolution, s’est effectué en moins de 24 heures. Comme pour signaler que rien ne pourrait ébranler le régime. A voir. Si l’on sait peu de chose de Ghani, on sait déjà que son aura pâtira du prestige et de l’efficience de son prédécesseur. »

Le Soir (Belgique), 7 janvier 2020, p. 9.

Tim Stanley, « Trump wants to contain Iran, not go to war »

«...With the Iranians harassing ships, infiltrating Syria, shooting down drones and turning Iraq into a Shia-dominated state, it might have come as a shock that Mr Trump ordered the death of Soleimani, but as hindsight kicks in, it feels less and less surprising. This kind of targeted, limited but very damaging action is all the US has open to it, and the goal is not to start a full-blown conflict but to make one less likely by showing Iran the limits of what it is allowed to do. This doesn't make these events any less frightening, and what ups the ante is Mr Trump's style. He's a difficult man to read. Just as voting for him was a gamble - a bet that an outsider, a businessman, could get things done that a politician couldn't - so there's also an element of gamble on Mr Trump as a man of peace. But this we do know: throughout his public career, Mr Trump has been surprisingly consistent in his view of America's role in the world, which is not as a policeman but a self-interest actor. His central conviction is that the world is taking advantage of his country; that America is overstretched and exploited by its allies. »

Sunday Telegraph (Royaume-Uni), 5 janvier 2020, p. 19.

Gouvernance et gouvernement [ 3 janvier 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Iran
FaibleHassan Rouhaniposte aboli

Irak
IntermédiaireBarham SalihAdel Abdel-Mehdi

États-Unis
ÉlevéDonald J. Trump

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2015 - 2016



avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran


Dans l'actualité


février
2020
Maintien de l'accord sur le nucléaire iranien : une mission impossible?

novembre
2019
L'or noir : la ressource qui détermine le destin de l'économie iranienne?

octobre
2019
Le Moyen-Orient s'enflamme dans une nouvelle guerre froide

septembre
2017
Réélection de Rouhani en Iran : vers l'ouverture et la modération

septembre
2017
Téhéran frappé par le groupe État islamique

février
2017
L'accord nucléaire iranien remis en question

mars
2016
Iran - Arabie Saoudite : des décennies de relations abruptes

février
2016
L'Iran entre réforme et tradition

décembre
2015
L'Iran : une population qui sombre dans la drogue

janvier
2014
Signature d'un accord historique sur le nucléaire iranien


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019