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6 mars 2020

Début d’un conflit pétrolier entre l’Arabie saoudite et la Russie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Des représentants de pays producteurs de pétrole réunis à Vienne ne peuvent s’entendre sur une stratégie visant à stabiliser cette industrie en réaction à la baisse de consommation entraînée par la crise de la covid-19. Il en résulte un conflit entre la Russie et l’Arabie saoudite dont la production accrue entraînera une chute importante des prix.

L’essor du pétrole de schiste aux États-Unis permet à ce pays de devenir le premier producteur mondial en 2018. Il entraîne aussi une baisse du prix du baril qui, entre 2014 et 2016, passe de 114 $ à 27 $. En réaction, un groupe de producteurs majeurs – Arabie saoudite, Russie, Émirats arabes unis, etc. – , surnommé l’Organisation des pays producteurs de pétrole + (OPEP+), s’entendent en 2016 pour réduire leur production, ce qui permet de hausser le prix du baril. L’éclosion de la crise de la covid-19, au début de 2020, provoque toutefois une baisse marquée de consommation en Chine, puis dans les pays où des mesures de confinement seront adoptées. Le 6 mars, les représentants de l’OPEP+ se réunissent à Vienne pour définir une stratégie face à cette situation. La Russie étonne en refusant une baisse de production visant à stopper la chute du prix du baril. L’Arabie saoudite réagit en augmentant sa production, qui atteint un record de 12,323 millions de barils/jour le 1er avril, et en offrant des rabais sur ses prix. Cette initiative, conjuguée au ralentissement des transports, fait que le pétrole s’accumule. En conséquence, on estime en avril que le prix du baril aurait baissé de 60 % depuis le début de 2020. Cette situation profite aux consommateurs, mais elle inquiète les producteurs, qui subissent des pertes importantes, et influence les cours boursiers à la baisse. Le président américain Donald Trump décide d’agir comme médiateur entre les pays impliqués. Le 12 avril, ceux-ci s’entendent sur une baisse collective de 10 millions de barils/jour, un nombre nettement plus élevé que l’accord proposé le 6 mars. Selon plusieurs observateurs, la Russie est perçue comme la perdante de ce bras de fer, mais les exploitants de pétrole de schiste et plusieurs producteurs sont aussi en difficulté, peu d’analystes prévoyant une reprise importante de la consommation mondiale à court terme.

Dans les médias...


Martine Orange, « Le marché pétrolier affronte une crise centenaire »

«...Chacun tente de se renvoyer la responsabilité du chaos ambiant. Pour les uns, c'est la faute de la Russie qui a décidé de rompre l'accord passé avec l'Opep depuis 2015. Alors que le gouvernement russe avait plus ou moins suivi toutes les recommandations de réduction de production pétrolière ces dernières années, il a refusé début mars de se joindre au nouveau projet présenté par l'Arabie saoudite et de diminuer à nouveau sa production de 500 000 barils par jour, comme le lui demandait Riyad. Pour Moscou, la situation alors était encore trop incertaine pour établir de nouveaux quotas. Pour d'autres, la faute revient à l'Arabie saoudite. Furieux du refus russe, le gouvernement saoudien, sous l'impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, a décidé de changer radicalement de stratégie. Alors que Riyad, au nom de son rôle traditionnel de garant de l'équilibre du marché pétrolier mondial, proposait jusqu'alors de diminuer la production pour maintenir les prix, il a totalement changé de pied et s'est lancé dans une guerre des prix, comme en 2014. [...] Dans cette guerre des prix, Russes et Saoudiens ont un ennemi commun : les producteurs américains de gaz et d'huile de schiste. Soutenus massivement par la finance américaine, ceux-ci se sont développés tous azimuts depuis 2005. »

Médiapart (France), 30 mars 2020.

Michel Santi, «Pétrole : ton univers impitoyable »

«...Cette fin de non recevoir russe aux demandes saoudiennes lors de la réunion de l'Opep de vendredi dernier est, en réalité, une déclaration de guerre contre l'administration Trump qui ne se gêne pas d'employer le pétrole comme arme économique et politique. [...] Poutine est en effet furieux des sanctions américaines ayant largement contribué à saboter Nord Stream 2, le pipeline reliant le gaz sibérien à l'Allemagne, et en colère vis-à-vis des manoeuvres US à l'encontre des activités de Rosneft (qui produit le pétrole russe et qui en est la propriété) au Venezuela. Excédé par la stratégie américaine, Poutine n'a donc pas hésité à sacrifier l'harmonie (de surface) de l'Opep pour (tenter de) massacrer la production US de pétrole de schiste en cassant les prix. Bien conscient que le coronavirus - qui déprime considérablement la consommation mondiale d'énergie - est une malédiction pour les producteurs classiques et une aubaine pour les exploitants de schiste US ayant des coûts largement moindres, le dirigeant russe n'hésite donc pas à mettre en péril ses propres recettes en optant pour ne pas réduire sa production. Son objectif affiché étant de comprimer davantage les prix dans le seul et unique but de fragiliser les producteurs américains fonctionnant principalement grâce à des financements bancaires qui ne leur seront plus accordés dès lors que les tarifs chuteront en-dessous d'un certain seuil. »

La Tribune (France), 10 mars 2020, p. 149.

Vincent Collen, « La trêve entre la Russie et l’Arabie saoudite stoppe la chute des cours du pétrole »

«...Pourquoi l'Arabie saoudite et la Russie ont-elles accepté de mettre leurs différends de côté ? D'abord parce qu'elles ne pouvaient plus tenir avec des cours aussi bas. « Poutine et MBS ont été pris de court par l'effondrement de la demande mondiale, bien plus violent que ce qu'ils pouvaient prévoir début mars », décrypte Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie de l'Ifri. A ce niveau de prix du brut, les deux puissances souffrent et leurs recettes fiscales chutent au moment où elles doivent affronter, comme toute la planète, les conséquences économiques de la pandémie. Moscou et Riyad ont également subi « un choc d'image », poursuit le chercheur, en apparaissant comme responsables du chaos dans des pays pétroliers pauvres, déjà fragilisés au moment où frappe la crise sanitaire. Les appels de l'Algérie ou de l'Irak ont joué. Enfin, les relations diplomatiques entre l'Arabie saoudite et les États-Unis ont été déterminantes. Le soutien militaire de Washington est indispensable pour Riyad face à l'Iran. Et MBS [Mohammed ben Salmane, le leader saoudien] a tout intérêt à la réélection de Trump, qui veut lui aussi mettre le régime de Téhéran à genoux au moyen de sanctions d'une redoutable efficacité. »

Les Échos (France), 14 avril 2020, p. 28.

Joshua Yaffa, « How the Russian-Saudi Oil War Went Awry – For Putin Most of All »

«...It appears that the latest in the many seemingly immutable systems that the COVID-19 pandemic has undone is global oil markets, and how the world’s largest energy producers measure their own power and profits. On Sunday, after a month-long oil war that saw prices cut in half, the conflict’s two main protagonists—Russia and Saudi Arabia— reached a supposed truce, in which oil-producing nations will cut output by nearly ten million barrels a day. President Trump presented himself as peacemaker and made vague notions that the United States would decrease its oil production, too. This new multilateral oil pact, forged with unprecedented U.S. involvement, would seem to be a new form of energy diplomacy with potentially deep implications, at a time when the global economy is facing great turbulence and a likely recession. But the truth is that the deal may prove little more than a short-term measure—and Russia, the country that, more than any other, provoked the standoff, may end up looking like a gambler who greatly overplayed his hand. »

The New Yorker (États-Unis), 15 avril 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 6 mars 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Arabie Saoudite
FaibleSalmane ben Abdelaziz al-SaoudSalmane ben Abdelaziz al-Saoud

Russie
LimitéVladimir PoutineMikhaïl Michoustine

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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