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15 mai 2020

Démission du ministre de la Santé au Brésil

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Un mois après sa nomination, le ministre brésilien de la Santé, Nelson Teich, quitte son poste. Son départ, ainsi que le congédiement de son prédécesseur Luiz Henrique Mandetta, le 16 avril 2020, mettent en évidence un profond différend entre les autorités sanitaires et le président Jair Bolonaro sur la politique à adopter face à la crise de la covid-19.

Après l’identification d’un premier cas au Brésil le 25 février 2020, la propagation de la covid-19 se précise en mars. Des États frappés durement, comme Sao Paulo et Rio de Janeiro, adoptent des mesures : incitations à rester à la maison, distanciation sociale, fermeture de commerces jugés non-essentiels, d’écoles, etc. Cette approche est toutefois contestée par le président Jair Bolsonaro. Celui-ci minimise l’impact de la crise, s’oppose au confinement et prône une ouverture de l’économie. Un plan de relance de 29 milliards $US est d’ailleurs annoncé le 16 mars. Le 16 avril, Bolsonaro congédie son ministre de la Santé, Luiz Henrique Mendetta, dont il conteste la politique de confinement. Puis le 24, le ministre de la Justice Sergio Moro démissionne en dénonçant « l’interférence » du président dans la police fédérale brésilienne. Celle-ci enquêterait notamment sur des allégations de corruption impliquant les deux fils du président. Le départ de Moro avive les tensions. Des politiciens favorables à Bolsonaro ainsi que des militaires expriment leur opposition à son endroit. Certains parlent même d’une destitution possible. Le 15 mai, c’est au tour du successeur de Mendetta, Nelson Teich, d’annoncer sa démission. Ce dernier avait déjà exprimé des désaccords avec des décisions du président, comme celles d’inclure les salons de coiffure ou les salles de sport dans les services essentiels ou de considérer l’usage de la chloroquine contre la covid-19. L’insatisfaction à l’endroit de Bolsonaro s’exprime dans les rues ainsi que les sondages. Cette crise politique se déroule alors que l’on s’inquiète d’un nombre insuffisant de tests, d’une pénurie d’équipements et d’un effondrement possible du système de santé. D’autant plus que la propagation de la covid-19 s’accélère au Brésil, avec environ 240 000 cas de contamination et 15 000 morts au 15 mai.

Dans les médias...


Chantal Rayes, « Le Brésil, l’effrayant nouveau foyer de la pandémie »

«...Nelson Teich, a claqué la porte, moins d'un mois après le départ de son médiatique prédécesseur, Luiz Henrique Mandetta. Tous deux ont refusé de suivre le leader d'extrême droite dans son déni de la gravité de la pandémie et sa véritable obsession pour la chloroquine, la cure miracle à l'entendre, qu'il souhaite faire administrer dans les hôpitaux publics dès les premiers symptômes. Le prochain titulaire de la Santé devra donc impérativement se plier à cette exigence. Défendre aussi, à l'instar de Bolsonaro, la fin de la quarantaine décrétée par les maires et gouverneurs, alors même que le virus s'emballe dans le pays. Pour le chef de l'Etat, présenté dans un récent éditorial de la vénérable publication médicale The Lancet comme « la plus grande menace à la réponse du Brésil à la pandémie », la stratégie du confinement est une « tyrannie » qui condamnerait le peuple « au chômage et à la faim ». [...] Selon lui, seules les personnes à risque devraient être isolées, alors que, dans les populeuses banlieues des grandes villes, les générations cohabitent. Son modèle? La Suède et sa stratégie contestée d'immunité collective. « Ce virus, c'est comme la pluie: 70% des gens vont l'attraper, c'est alors qu'on en sera débarrassé, déclarait le chef de l'État début avril. » »

Le Temps (Suisse), 19 mai 2020, p. 4.

Jean-Mathieu Albertini, « Bolsonaro abandonne le Nordeste brésilien à son sort »

«...La valse des ministres en désaccord avec le président n'arrange rien : après le limogeage de Luiz Henrique Mandetta le 17 avril, Nelson Teich a démissionné moins d'un mois plus tard. Effacé, il restait pourtant trop réfractaire à la volonté de déconfinement généralisé du président. Au milieu de ce va-et-vient, les technocrates spécialisés du ministère sont peu à peu remplacés par des militaires, sans expérience dans le domaine sanitaire, mais plus disciplinés. [...] Pour Jair Bolsonaro, il s'agit avant tout de se dédouaner de toute responsabilité dans la crise économique massive qui s'annonce. Tout est bon pour diriger la grogne à venir contre les gouverneurs, obligés de prendre seuls des mesures impopulaires de restriction. Mais son attitude brouille les messages de prévention et l'isolement est de moins en moins respecté. « On va au devant de graves ennuis. Même l'aide économique d'urgence, censée aider les plus démunis, s'est transformée en bombe à retardement. L'État fédéral n'a pas organisé la distribution de manière adéquate et ça a créé des files immenses devant les banques », se désole Demetrius Montenegro (infectiologue). Pire, sans mesures de soutien généralisé, la dépression économique peut participer à la propagation de la pandémie au-delà du littoral, où les cas sont aujourd'hui concentrés. »

Mediapart (France), 18 mai 2020.

B. Me., « Jair Bolsonaro s’enfonce dans le déni et la crise politique »

«...La crise se joue aussi sur le terrain politique. Une trentaine de demandes en destitution ont été déposées auprès du président de la Chambre des députés, Rodrigo Maia. Le départ de Jair Bolsonaro est réclamé par le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Lula, mais aussi par des mouvements de droite conservatrice, tel le Mouvement Brésil libre (MBL), très actif lors de la destitution de Dilma Rousseff en 2016. Afin d'éviter une sortie de route, le chef de l'Etat négocie une alliance avec les petits partis dits du « centrao », ventre mou du Parlement brésilien, qui comptent monnayer cher leur soutien, en échange de ministères et de directions d'administration. Contesté chaque soir par des concerts de casseroles, Jair Bolsonaro conserve néanmoins une base fidèle dans l'opinion. Plusieurs enquêtes d'opinion récentes le donnent en tête des intentions de vote au premier tour, en cas d'élection présidentielle. Le pays demeure très divisé : 48 % de la population demeurent opposés à une procédure d'impeachment quand 45 % y seraient favorables, selon l'Institut Datafolha. Surtout : plus d'un Brésilien sur cinq ferait systématiquement confiance aux déclarations du président, qui qualifiait jusque récemment la pandémie de « petit rhume », d' « hystérie » ou de doux « rêve ». »

Le Monde (France), 19 mai 2020, p. 6.

Renaud Goyer, « Le Brésil face au coronavirus : d’une crise à l’autre »

«...ce portrait statistique ne permet pas de rendre compte de l'ampleur réelle de la crise. Comme le rappellent plusieurs experts brésiliens relayés dans les médias, il faudrait multiplier les chiffres par 15 pour avoir une idée plus juste de la propagation au Brésil, surtout parce que très peu de tests par 1000 habitants y sont effectués. Ensuite, le système public de santé, seule solution pour les ménages les plus pauvres alors que les riches ont accès à un système privé de qualité, n'arrive pas à offrir une couverture suffisante pour l'ensemble de la population. Finalement, l'importante présence des favélas dans les villes, ces zones périurbaines où les autorités sanitaires ne se rendent pas, où la densité de la population est très grande et où les conditions de vie rendent difficile la mise en place de mesures de distanciation physique, laisse croire à une présence beaucoup plus importante de cas que le démontrent les statistiques officielles. À cet égard, si ailleurs dans le monde, le coronavirus frappe plus fortement les plus pauvres, il semble en être de même dans une des démocraties les plus inégales au monde. »

Le Nouvelliste (Québec, Canada), 16 mai 2020, p. 46.

Gouvernance et gouvernement [ 15 mai 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Brésil
IntermédiaireJair Bolsonaro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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