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7 novembre 2010

Élection d'Alpha Condé à la présidence de la Guinée

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après la mort du président Lansana Conté et l'exil du capitaine Moussa Camara, une première élection présidentielle considérée libre se tient en Guinée en 2010. Elle porte au pouvoir l'opposant historique Alpha Condé, mais les résultats sont assombris par des violences entre les partisans des candidats au second tour.

La mort du président Lansana Conté en 2008 met fin à un règne de 24 ans caractérisé par une gouvernance autoritaire, de la corruption et des manquements aux droits humains. Il est remplacé par une junte militaire dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara. Critiqué à la suite d’une répression sanglante à Conakry lors d'une manifestation prodémocratie le 28 septembre 2009, celui-ci s'exile ensuite après une tentative d'assassinat. Son remplaçant, le général Sékouba Konaté, nomme un premier ministre civil et annonce la tenue d’une élection présidentielle le 27 juin 2010. Selon plusieurs observateurs, il s'agirait du premier scrutin réellement libre depuis l'indépendance du pays en 1958. Au total, 24 candidats, dont aucun militaire ou membre du gouvernement de transition, convoitent la présidence. Deux se détachent, chacun représentant une région géographique et une communauté ethnique. Alpha Condé, un opposant de longue date au régime et ex-candidat à la présidence, est un Malinké. Pour sa part, l’ex-premier ministre Cellou Dalein Diallo est un Peul, la plus grande ethnie du pays, représentant 40 % de la population et 4 millions d'électeurs. Le déroulement du premier tour se fait généralement dans le calme, même si des heurts sont à signaler. Diallo obtient 43,6 % des voix contre 18,3 % pour Condé, entraînant un second tour qui sera reporté et n’aura lieu que le 7 novembre. La seconde phase de la campagne est marquée par des violences entre les communautés ethniques appuyant les deux candidats. Cette fois, Condé l’emporte, obtenant 52,5 % des voix contre 47,5 % pour Diallo. Malgré les appels au calme des deux hommes, dont Diallo qui reconnait sa défaite, les violences continueront, amenant les autorités à proclamer l’état d’urgence.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Tanguy Berthemet, « En Guinée, un duel électoral inédit réveille les passions »

«...pour les Guinéens, cette opposition de style se réduit à une rivalité ethnique entre le Peul Diallo et le Malinké Condé, les deux plus grands groupes du pays. Cet antagonisme tribal a ouvertement empoisonné la campagne. En septembre, Alpha Condé, lors d'un entretien avec Le Figaro, accusait « la mafia peule » de chercher à « accaparer tous les pouvoirs ». Dans le clan Cellou, on répliquait en rappelant les années noires du malinké Sékou Touré, premier chef d'État guinéen et dictateur sanglant. Entre les militants des deux camps, les rixes se sont enchaînées. Début octobre, l'intoxication par de l'eau non potable de militants d'Alpha lors d'un meeting à Conakry a fait courir des rumeurs d'empoisonnement. En retour, des commerçants peuls furent attaqués à l'autre bout du pays. Depuis, les discours se sont adoucis. Sous la pression de la communauté internationale, les deux hommes ont accepté de signer, vendredi, une lettre promettant d'éviter la violence et de se serrer la main. Mais la rencontre fut froide, sans un regard. « Si les engagements sont tenus par tous, cela ira », s'est contenté de dire Alpha Condé. « Je sais que mes militants ne feront pas de provocation », a rétorqué Cellou Dalein Diallo. Aucun des deux n'envisage un seul instant la défaite. »

Le Figaro (France), 8 novembre 2010, p. 8.

Laurent d’Ersu, « En Guinée, les deux candidats à la présidentielle se proclament vainqueurs »

«...Les partisans de Cellou Dalein Diallo ont d'autant plus de mal à admettre une possible défaite de leur candidat que celui-ci, appartenant au premier groupe ethnique du pays, les Peuls, était arrivé en tête au premier tour avec 43 % des voix, contre 17 % à Alpha Condé. Le pays ayant eu à sa tête depuis 1958 un Malinké, Sékou Touré, un Soussou de Basse-Guinée, Lansana Conté, et, pendant onze mois, Moussa Dadis Camara, de l'ethnie forestière Guerzé, les Peuls estimaient que c'était « leur tour » de gouverner. Mais leur emprise déjà grande sur l'économie du pays pourrait avoir fédéré contre Cellou Dalein Diallo les autres communautés, dont les voix s'étaient dispersées au premier tour entre une vingtaine de candidats. [...] Opposé à tous les régimes depuis l'indépendance de l'ex-colonie française, Alpha Condé, 72 ans, s'est présenté comme le candidat du « changement ». Condamné à mort sous le régime de Sékou Touré (1958-1984), il avait été emprisonné deux ans pendant le règne de Lansana Conté (1984-2008). Cellou Dalein Diallo, 58 ans, s'est affiché plutôt comme « le président qui rassure ». Il avait été pendant onze ans au gouvernement sous Conté, comme ministre puis premier ministre, avant de prendre en 2007 la tête d'un grand parti d'opposition. »

La Croix (France), 16 novembre 2010.

Christophe Châtelot, « Second tour de la présidentielle à hauts risques en Guinée »

«...Propulsé au sommet du pouvoir après l'attentat contre le chef de la junte de l'époque, le capitaine Moussa Dadis Camara, en décembre 2009, le général Konaté sait qu'il joue gros, dimanche et dans les jours qui suivront. Dans le scénario idéal d'une élection acceptable et acceptée, ce militaire de 44 ans rentrerait dans l'histoire de son pays. Lui, le parachutiste taiseux surnommé « El Tigre », le colosse baptisé au feu des guerres en Sierra Leone et au Liberia voisins au début des années 2000, s'inscrirait alors comme celui qui aurait rendu le pouvoir aux civils. [...] Mais voilà, ces derniers jours à Conakry, on craint que tout cela déraille. Sékouba Konaté, d'ordinaire déjà peu disert, s'est « bunkerisé ». « Il n'a qu'une envie, c'est de quitter le pouvoir pour sortir à nouveau en boîte et boire avec les copains », selon un de ses amis d'enfance. « Qui dirige la Guinée ? », se demande quant à lui Sydia Touré. Car depuis le premier tour du 27 juin, le rendez-vous prometteur avec l'histoire s'est transformé en un face-à-face intercommunautaire explosif. »

Le Monde (France), 8 novembre 2010, p. 7.

Gouvernance et gouvernement [ 7 novembre 2010 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Guinée
LimitéSékouba KonatéJean-Marie Doré

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2000 - 2016



juin
2002
[Résultats] Élections législatives

décembre
2008
Décès du président guinéen Lansana Conté

juin
2010
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
2010
Élection d'Alpha Condé à la présidence de la Guinée

septembre
2013
[Résultats] Élections législatives

août
2014
Annoce de l'Organisation mondiale de la santé sur le virus Ebola

octobre
2015
Réélection d'Alpha Condé à la présidence de la Guinée

octobre
2015
[Résultats] Élection présidentielle


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Grève générale en Guinée: la présidence sous tension


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