30 octobre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

20 août 1998

Bombardement des États-Unis en territoire afghan et soudanais

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

En réaction à des attaques terroristes contre des ambassades étatsuniennes, le président des États-Unis, Bill Clinton, décide de répliquer avec des frappes militaires. Cette décision est saluée dans son pays, mais décriée par les endroits ciblés, soit l’Afghanistan et le Soudan.

Le 7 août 1998, les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie sont les cibles d'attentats terroristes. Leur commanditaire présumé serait Oussama ben Laden, un multimillionnaire d'origine saoudienne à la tête du réseau terroriste Al-Qaïda. Les attaques causent plusieurs centaines de morts et de blessés parmi les employés et les civils. Le président des États-Unis, Bill Clinton, réagit en autorisant des représailles militaires. Sous le nom de code opération Infinite Reach, 75 missiles tomahawk sont lancés le 20 août depuis des navires de guerre en direction de cibles en Afghanistan et au Soudan. Les frégates situées dans la mer d'Oman frappent un complexe appelé Zhawar Kili al-Badr, dans l'est de l'Afghanistan. Selon les autorités étatsuniennes, il s’agirait d’une base terroriste servant à l'entraînement et à l'entreposage d'armes. Pendant ce temps, d'autres frégates, situées dans la mer Rouge, atteignent une usine pharmaceutique à Khartoum, la capitale du Soudan. Selon les États-Unis, elle serait liée au réseau de ben Laden et servirait à créer des matériaux servant à la production d'armes chimiques, dont du gaz VX. Le gouvernement soudanais nie ces accusations, affirmant que l'usine n'avait pas de telles activités. La réaction ferme de Clinton est saluée par la majorité des élus au Congrès des États-Unis, mais certaines critiques sont aussi soulevées. Outre les réactions négatives des gouvernements afghan et soudanais ainsi que d'une partie du monde arabo-musulman, c’est le cas de sénateurs républicains qui soulèvent l'hypothèse que cette décision a pour principal but de détourner l'attention du public de l'affaire Monica Lewinsky, un scandale impliquant le président. De plus, l'administration a identifié ben Laden comme le responsable des attentats, alors que l'enquête du FBI ne l’a pas encore démontré. Par ailleurs, les frappes ne dissuaderont pas Al-Qaïda d'opérer de nouveau.

Dans les médias...


Paul Sigaud, « Clinton prédit une très longue guerre »

«...les avis se montrent partagés sur les effets de l'opération. Un premier groupe composé des proches conseillers de la Maison-Blanche affirme que les missiles ont atteint deux buts essentiels: d'abord, prouver que la première puissance mondiale ne reste pas inactive lorsqu'on touche à ses établissements ou à ses intérêts en dehors de son périmètre national. Faire preuve de faiblesse serait la pire des attitudes: la vengeance fait partie de ce type de guerre. Ensuite, montrer aux terroristes que l'outil militaire américain peut les atteindre n'importe où et qu'il n'y aura désormais pour eux aucun répit. Leurs vies et leurs installations sont constamment menacées dans la mesure où la CIA a déjà défini le dispositif adverse comme cible potentielle. Joseph Alpher, spécialiste israélien, souscrit à cette analyse en rappelant que son pays obéit à un principe simple: exercer une pression constante sur les terroristes. A l'opposé, d'autres experts affichent leur scepticisme quant à l'utilité réelle des bombardements. Pour trois raisons: malgré la précision des engins, ils n'anéantissent que partiellement ce qu'on veut détruire; ils ne suppriment que rarement les individus qu'on cherche à abattre (ben Laden serait toujours en vie); enfin, dans le cas de victimes civiles, ils fournissent aux terroristes une précieuse occasion de dénoncer l'«aveugle cynisme» des États-Unis. »

Le Temps (Suisse), 22 août 1998.

S.A., « Terrorisme : onde de choc planétaire après les représailles américaines »

«...la réaction la plus violente et la plus véhémente est venue du monde arabo-musulman : non pas des États - hormis le Soudan, l'Afghanistan et le Pakistan directement concernés -, mais d'une multitude d'organisations intégristes de par le monde, des Philippines à la Tchétchénie, en passant par l'Egypte, le Yémen, voire la Grande-Bretagne où nombre d'entre elles ont droit de séjour. Et quoi qu'en dise Bill Clinton, même si son combat n'est pas dirigé contre les valeurs de l'islam, c'est bien ce filon qu'exploitent et exploiteront les intégristes de tous pays. Notamment ceux d'obédience sunnite dans leur combat à peine feutré contre les chiites pour prendre le leadership du combat contre les valeurs occidentales. Ce scénario conforte les thèses d'un stratège en vogue à Washington, Samuel Hungtington, auteur du " Choc des civilisations " ; scénario auquel n'a pas peu contribué l'Amérique de Reagan en soutenant sans considérations dans les années 80 les groupes islamistes les plus durs, dont le seul mérite était de combattre " l'empire du mal " soviétique en Afghanistan. »

Les Échos (France), 24 août 1998.

Clinton Archibald, « La contre-attaque »

«...Les commentateurs ne cessent depuis ces frappes de jeudi de nous bombarder eux aussi de toutes leurs savantes frappes: le président amoché devait trouver les moyens de créer une diversion médiatique, pour éloigner les journalistes et les caméras d'autres frasques, celles de l'enquêteur indépendant Kenneth Starr. En cela, il s'inspirait du scénario du film Wag the Dog, où un chef de la Maison-Blanche déclenchait une guerre pour sauver sa peau et terminer son mandat. Ces spéculations continueront à nous être offertes sur les réseaux de télé américaine, les uns et les autres pavoisant pour être d'accord ou pas avec de tels scénarios décortiqués à la loupe. Et à la re-loupe, comme dirait l'autre! Les bombes ont donc été lancées contre des ambassades américaines précédemment pour provoquer des attaques ultérieures, sous forme de missiles de croisière «contre des fanatiques et des assassins», comme l'a dit le président. Mais cette fabulation ne résiste pas à un examen sérieux. Ce sont des représailles qui sont trop fortes pour n'être que de la diversion. »

Le Droit (Canada), 22 août 1998, p. 24.

Barton Gellman, Dana Priest, « U.S. Strikes Terrorist-Linked Sites in Afghanistan, Factory in Sudan »

«...Yesterday's use of military force was distinguished not only by its scale, among the largest of the Clinton presidency, but by the nature of its target: a stateless confederation of terrorist groups, without strict hierarchy, government or territory. A high-ranking intelligence official said of bin Laden: "He's a transnational actor in and of himself." Senior administration officials involved in planning yesterday's attacks said they signaled the start of what one called "a real war against terrorism," emphasizing that "this is not a one-shot deal here." A high-ranking intelligence official said "the prospect of retaliation against Americans is very, very high." Lawmakers gave the substantial bipartisan support that is traditional immediately after a U.S. military operation. "I think the president did exactly the right thing," said House Speaker Newt Gingrich (R-Ga.). Coming less than three days after Clinton's televised admission that he had misled the American people about his relationship with Monica S. Lewinsky, the U.S. military strikes also drew unusually swift criticisms from a few members of Congress that the president was trying to change the subject in a national conversation dominated by his sexual affair and legal jeopardy. »

Washington Post (États-Unis), 21 août 1998, p. A1.

Gouvernance et gouvernement [ 20 août 1998 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afghanistan
FaibleMullah Mohammad RabbaniAbdul Ghafoor Ravan Farhadi

Soudan
FaibleUmar al-Hasan Omar el-BechirSadiq al-Mahdi

États-Unis
ÉlevéBill Clinton

Kenya
FaibleDaniel arap Moiinformation non pertinente

Tanzanie
FaibleBenjamin William MkapaFrederick Tluway Sumaye

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1988 - 2008



septembre
1996
Prise de Kaboul, en Afghanistan, par les talibans

août
1998
Bombardement des États-Unis en territoire afghan et soudanais


Dans l'actualité


février
2020
Second mandat pour le président afghan Ashraf Ghani

janvier
2020
Difficile d'apprendre à lire en Afghanistan

février
2018
Mission de formation et de sensibilisation en Afghanistan : Reporters sans frontières veut du changement

janvier
2017
L'Afghanistan : un après-guerre marqué par la détérioration de l'environnement

novembre
2016
Afghanistan : talibans 2.0 ?

octobre
2016
Afghanistan : vers la consolidation d'un nouveau système électoral ?

février
2015
Fin de la mission en Afghanistan

janvier
2015
Transition politique en Afghanistan : les ruines de 13 années de gouverne de Karzaï

février
2014
La prison afghane de Bagram « soulagée » de 65 talibans

janvier
2010
Une nouvelle chance pour Hamid Karzai ?


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019