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30 août 2020

Élections législatives au Monténégro

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après avoir dominé la vie politique monténégrine depuis la chute du bloc communiste, le Parti démocratique socialiste (PDS) ne peut obtenir une majorité lors des élections du 30 août 2020. La victoire va à un regroupement de deux coalitions et d’un autre parti qui, avec 41 sièges sur 81, vont réaliser la première alternance dans l’histoire du pays.

Le PDS est le parti de pouvoir au Monténégro qui a proclamé son indépendance en 2006. Cette formation sociale-démocrate favorise le rapprochement avec l’Ouest. En octobre 2016, le président Milo Djukanovic, issu du PDS, fait de l’adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) le thème central des élections législatives. Elles sont remportées par le PDS, alors qu’un coup d'État, préparé par des opposants à cette adhésion, est neutralisé. Le Monténégro joint l’OTAN en 2017 et souhaite entrer dans l’Union européenne (UE). Djukanovic est réélu en avril 2018 et le PDS mène dans les sondages à l’approche des élections du 30 août 2020. Mais depuis 2019, la contestation s’intensifie. Le régime est la cible d’accusations de corruption, tandis qu’une loi sur le patrimoine religieux suscite la grogne de l’Église orthodoxe serbe qui fait campagne contre le PDS. D’autre part, plusieurs partis d’opposition forment deux coalitions : Pour le futur du Monténégro (PFM) et la Paix est notre nation (PNN). Le 30 août 2020, elles obtiennent 31 sièges (27 pour le PFM et 10 pour le PNN). L’appui d’Action réformée unie, et de ses 4 élus, donne à ce regroupement une majorité de 41 sièges sur 81. Elle met fin au règne du PDS qui, avec 35,1 % des voix et 30 sièges, récolte le pire résultat de son histoire. Cette première alternance politique s’annonce mouvementée. On retrouve au sein des coalitions des partis aux visions disparates. Certains sont pro-Europe, d’autres, comme le Front démocratique, pro-russe et pro-serbe. Tous s’engagent cependant à respecter les engagements envers l’Ouest et à poursuivre les démarches d’adhésion à l’UE. Plusieurs points d’interrogation subsistent néanmoins, comme la relation qui existera entre le président Djukanovic, au pouvoir jusqu’en 2023, et le gouvernement « d’experts » qui sera formé. Un taux de participation de 76,7 % témoigne de l’intérêt des Monténégrins pour ce scrutin.

Dans les médias...


Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, « Le renversement de Djukanovic mène à une première alternance »

«...Miodrag Lekic, vétéran de la diplomatie yougoslave puis monténégrine, candidat malchanceux de l'opposition unie à l'élection présidentielle de 2013, a résumé les trois défis du moment. Tout d'abord, il faudrait que le gouvernement sortant présente, avant de quitter les affaires, "des bilans clairs et honnêtes, notamment sur la situation économique et financière du pays". Ensuite, les coalitions victorieuses doivent "être conscientes de leurs responsabilités historiques et faire signer au plus vite un document d'engagement à tous les députés susceptibles de soutenir la nouvelle majorité". Enfin, il faut sans tarder prendre langue avec l'UE, l'Otan, que le Monténégro a rejoint en 2017, et les partenaires internationaux du pays qu'il convient de rassurer. Les risques sont réels, en effet, de voir la majorité sortante, nullement préparée à l'idée de devoir céder le pouvoir, vider les caisses et détruire de précieuses archives sur trente années de gouvernement en étroite "collaboration" avec le crime organisé. Face à ceux qui redoutent que le Monténégro ne plonge dans le "chaos", Daliborka Uljarevic, du Centre pour l'éducation civique de Podgorica, expliquait à Radio Free Europe que le pays vit depuis des années "dans une crise politique et sociale permanente". Pour elle, le seul enjeu est que les institutions et la volonté populaire soient respectées. »

La Libre (Belgique), 1er septembre 2020, p. 16.

Kika Curovic, « Au Monténégro, Djukanovic gagne les législatives mais perd le pouvoir »

«...Les partisans de Djukanovic le considèrent comme un réformiste pragmatique proeuropéen (il a tourné le dos à l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, a présidé l'indépendance du Monténégro vis-à-vis de la Serbie en 2006 et fait entrer le pays dans l'Otan en 2017). Ses opposants au contraire l'accusent d'être un autocrate corrompu ayant trempé depuis trois décennies dans de nombreuses affaires de malversation et de népotisme. En titrant "L'Église orthodoxe serbe et l'opposition plus fortes que l'État", Pobjeda, quotidien pro-Djukanovic, estime pour sa part que "l'immixtion directe de l'Église orthodoxe serbe dans les élections monténégrines, ainsi que le soutien logistique et médiatique que la Serbie a procuré à l'opposition, ont pesé sur le résultat des élections". Adoptée fin 2019, une loi controversée sur la liberté religieuse a été au coeur du débat politique et de la campagne électorale. La puissante Église orthodoxe serbe a vu dans ce texte une tentative de nationalisation de ses biens au Monténégro et, pour tenter de faire déjouer cette initiative, a mobilisé sans relâche ses fidèles pendant des mois. »

Courrier international (France), 31 août 2020.

Jovana Marovic, « Winners and Losers in Montenegro’s Earthquake Election »

«...A government with so many differences between its member parties would normally be doomed at the outset and, given the context, would probably not be the best solution for a country striving to embed pro-Western values. This government, however, will be formed in an extremely difficult political and economic situation for the country, and all three opposition political entities are aware of that. This is why an ‘expert government’ has emerged as the best solution for the current situation in the country. Broad coalitions, although demanding, are good for a system of balance and checks and could prevent a concentration of power in the hands of one party. Hypothetically, this should be good both for the process of democratisation and for the acceleration of Montenegro’s EU accession. After all, such coalitions are good for blocking decisions that are not in line with what is set out in the Constitution. The already agreed principles of the three potential coalition partners (commitment to international contracts signed by the previous government including on NATO membership; commitment to Montenegro’s European path; establishment of an expert government; respect for the rule of law and change of discriminatory laws) should serve as reassurance that Montenegro will not change its foreign policy outlook or stray from pro-Western values. »

BalkanInsight, 2 septembre 2020.

Gouvernance et gouvernement [ 30 août 2020 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Serbie
FaibleAleksandar Vučić Ana Brnabić

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2015 - 2016




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